Scaphandrier : missions, formation et salaire
À douze mètres sous l’eau, visibilité presque nulle, le scaphandrier inspecte une pile de pont ou ressoude une canalisation avant que le courant ne remonte. Chaque intervention suit un protocole strict : certificat médical d’aptitude à l’hyperbarie, classe de profondeur autorisée, équipe en surface prête à intervenir. Voici ce que fait ce métier rare, comment s’y former et ce qu’il rapporte.
Ce que fait un scaphandrier
Le titre professionnel de scaphandrier travaux publics couvre trois familles de travaux immergés : effectuer des relevés et positionner des ouvrages, construire et entretenir des réseaux et ouvrages de maçonnerie sous l’eau, assembler et démonter des structures métalliques immergées. En pratique, cela va du contrôle d’une pile de pont à la pose d’une canalisation, en passant par le découpage, la soudure ou le nettoyage de coque.
Une intervention commence toujours en surface : préparation du matériel, vérification des équipements de plongée, point météo et balisage de la zone. Sous l’eau, le scaphandrier travaille le plus souvent relié à la surface par un narguilé qui l’alimente en air et le relie à la communication, parfois en scaphandre autonome pour les interventions courtes. Chaque geste est contraint par la turbidité de l’eau, le courant et la pression, qui impose des temps de plongée et des paliers de décompression calculés à l’avance.
Une spécialité existe pour les scaphandriers confirmés : l’agent d’inspection scaphandrier, qui contrôle l’état des ouvrages immergés (piles de pont, quais, canalisations) sous la direction d’un inspecteur, relève les côtes et restitue des comptes rendus utilisés pour les diagnostics d’ouvrages d’art.
Les compétences attendues
La maîtrise technique vient en premier : soudure, découpe, maçonnerie ou mécanique sous-marine demandent les mêmes gestes qu’à terre, exécutés en combinaison, avec une visibilité réduite et des outils pneumatiques ou hydrauliques. Un bon niveau en natation et en plongée ne suffit pas : il faut savoir réaliser le même travail qu’un professionnel du bâtiment, sous l’eau.
La rigueur de sécurité conditionne tout le reste. Contrôler son équipement avant chaque immersion, respecter les tables de plongée et les temps de palier, maintenir une communication constante avec l’équipe de surface : un écart engage la vie du plongeur. Le scaphandrier doit aussi savoir porter secours à un collègue en difficulté en milieu immergé ou hyperbare.
L’organisation complète le profil : planifier une plongée selon la mission, gérer l’approvisionnement en air, rédiger un compte rendu d’intervention exploitable par le bureau d’études ou le client. S’y ajoutent la persévérance et le sang-froid, pour des chantiers parfois menés par mauvaise visibilité ou en eau froide.
Devenir scaphandrier
Une seule voie civile mène au métier de façon reconnue : le titre professionnel de scaphandrier travaux publics, certifié par le ministère chargé du Travail, niveau 3, enregistré au RNCP sous le numéro 41910 jusqu’au 25 février 2031. La formation dure 455 heures, dont 385 heures en centre et 70 heures en entreprise, réparties en trois blocs de compétences. Elle est accessible en formation continue, en contrat de professionnalisation ou par la validation des acquis de l’expérience.
- Obtenir une base techniqueCAP ou bac professionnel dans un métier manuel (soudure, mécanique, bâtiment) ou une expérience équivalente, utile pour exécuter les mêmes gestes sous l’eau.
- Décrocher le certificat d’aptitude à l’hyperbarie, mention A, classe IICe certificat médical et technique est un prérequis obligatoire, à détenir en cours de validité pendant toute la formation et l’examen du titre professionnel.
- Suivre les 455 heures du titre professionnelRelevés d’ouvrages, maçonnerie immergée, assemblage métallique, dans un centre agréé.
- Passer devant le jury professionnelL’examen est organisé par la Dreets, avec mise en situation et entretien.
Le certificat d’aptitude à l’hyperbarie (CAH) distingue des classes selon la profondeur, de la classe 0 (jusqu’à 12 mètres) à la classe III (au-delà de 50 mètres), et des mentions selon le domaine d’activité : la mention A couvre les travaux subaquatiques industriels et de BTP, seule valable pour exercer comme scaphandrier professionnel, selon le CIDJ. Les mentions B, C et D concernent d’autres activités : archéologie, science, aquaculture, secours, ou interventions hyperbares sans immersion.
Deux établissements se partagent aujourd’hui l’agrément pour cette formation : l’École nationale des scaphandriers, à Fréjus, et le Centre d’activités de plongée de Trébeurden. L’Institut national de plongée professionnelle (INPP) de Marseille, longtemps cité comme référence, a cessé ses paiements en juin 2024 et reste depuis en liquidation judiciaire, selon l’Info Durable : il ne forme plus personne.
La Marine nationale forme ses propres plongeurs de combat et plongeurs démineurs au Centre d’expertise des plongeurs et hyperbaristes de la Marine (Cephismer), à Toulon, héritier du Gismer créé après-guerre par Cousteau, Tailliez et Dumas. C’est une voie militaire distincte du titre professionnel civil : elle mène à d’autres carrières de la Marine nationale, détaillées dans notre fiche fusilier marin, sans se substituer au scaphandrier des travaux publics.
En reconversion, le titre professionnel se prépare aussi par la validation des acquis de l’expérience pour les plongeurs déjà expérimentés, en candidature individuelle auprès de la Dreets. Le compte personnel de formation, un projet de transition professionnelle ou un accompagnement de France Travail peuvent financer la formation, mais aucun barème national de coût n’a été publié par les deux centres agréés : demandez un devis direct.
Où travailler et dans quelles conditions
Les employeurs sont des entreprises de travaux subaquatiques, souvent de petite taille et spécialisées : inspection et réparation d’ouvrages portuaires, pose et maintenance de canalisations, travaux sur barrages hydroélectriques, plateformes offshore ou centrales nucléaires en bord d’eau. Le secteur relève le plus souvent de la convention collective des ouvriers des travaux publics (IDCC 1702). Nous n’avons trouvé aucun décompte officiel et récent du nombre d’entreprises ou de scaphandriers en activité en France : ce chiffre n’est donc pas cité ici.
Le travail s’organise par chantiers, parfois loin du domicile, avec des déplacements fréquents. Les interventions dépendent de la météo, des marées et des autorisations de navigation, ce qui impose une bonne dose d’imprévu dans le planning.
Ce qui plaît
- Un métier rare et recherché, avec très peu de concurrents sur chaque poste.
- Des chantiers variés : ports, barrages, pipelines, ouvrages d’art.
- Une forte technicité, reconnue et valorisée dans les entreprises spécialisées.
Ce qui pèse
- Le risque d’accident de décompression, reconnu au tableau 29 des maladies professionnelles du régime général pour les scaphandriers.
- Des conditions physiques dures : froid, courant, visibilité nulle, charge de l’équipement.
- Des déplacements fréquents, selon la localisation des chantiers.
Combien gagne un scaphandrier
Selon France Travail, 80 % des offres pour le code ROME I1502 proposent entre 1 802 € et 2 048 € brut par mois. Dans la convention des ouvriers des travaux publics (IDCC 1702), la classification officielle d’agent d’inspection scaphandrier, un poste de scaphandrier confirmé, correspond au niveau II position 2, soit 2 289,50 € brut par mois en Île-de-France en 2026. Aucune grille nationale unique n’existe : les minima se négocient région par région.
Emploi et débouchés
Selon les chiffres clés de France Travail pour le code ROME I1502, 920 demandeurs d’emploi étaient inscrits sur les douze derniers mois glissants au deuxième trimestre 2026, en léger recul de 1,1 %. Sur la même période, 1 050 offres ont été diffusées, en net repli de 56 % sur un an, un signe de forte variabilité de l’activité d’une année sur l’autre dans ce métier de chantier.
Le marché reste tendu : la difficulté de recrutement est jugée élevée en 2025, avec une inadéquation géographique marquée entre les postes à pourvoir et les candidats disponibles. France Travail recense 200 embauches au troisième trimestre 2025, en hausse de 33 % sur un an, réalisées à 85 % par des entreprises de moins de dix salariés. Les contrats restent précaires à l’entrée : 64 % des embauches se font en CDD de moins d’un mois, contre 12 % seulement en CDI.
Autre signe de tension : 44 % des demandeurs d’emploi ont au moins quatre ans d’expérience, alors que 69 % des offres visent des candidats ayant moins d’un an d’expérience, et 85 % des offres demandent un niveau bac. Les familles professionnelles proches de l’extraction et des travaux publics affichent, en 2022, un salaire médian compris entre 2 141 € et 2 311 € brut mensuel selon l’Insee, repris par France Travail : l’Insee ne publie pas de statistique isolée pour le scaphandrier.
Évolutions de carrière
La première évolution se fait par la profondeur et la classe d’hyperbarie : un certificat de classe supérieure, obtenu avec de l’expérience et un nouvel examen médical, ouvre des interventions plus profondes et mieux payées. La spécialisation en agent d’inspection scaphandrier, validée par un certificat de qualification professionnelle porté par le Syndicat national des entrepreneurs de travaux immergés et enregistré sous le numéro 019-2001 04 04 auprès des commissions paritaires du bâtiment et des travaux publics, valorise un scaphandrier confirmé sur les diagnostics d’ouvrages d’art.
D’autres scaphandriers se spécialisent dans la soudure sous-marine, un métier à part entière nommé scaphandrier soudeur, ou prennent la responsabilité d’une équipe de plongée sur les chantiers les plus importants. Avec de l’ancienneté, certains évoluent vers l’encadrement de travaux, la formation des futurs scaphandriers dans les deux centres agréés, ou un poste à terre en bureau d’études, par exemple comme technicien de maintenance industrielle une fois la carrière en immersion terminée.
Métiers proches
Ces métiers partagent le travail manuel qualifié, le risque professionnel ou les chantiers de travaux publics, avec des formations différentes.
Scaphandrier, plongeur-pêcheur, moniteur de plongée : ne pas confondre
Trois métiers de la plongée professionnelle se croisent souvent dans les recherches, sans être interchangeables. Le plongeur-pêcheur récolte oursins, algues, coquillages ou autres ressources marines pour la pêche professionnelle : il ne construit ni ne répare aucun ouvrage, et son cadre réglementaire dépend de la profondeur de ses sorties, pas du titre professionnel de scaphandrier travaux publics.
Le moniteur de plongée encadre des plongeurs amateurs à but sportif ou touristique, dans un club ou un centre de loisirs. Il relève d’un brevet d’État ou d’un diplôme fédéral de plongée, délivrés dans le champ du sport, et n’exerce aucun travail immergé pour le compte d’un chantier. Ces deux métiers ne sont pas traités sur ce site à ce jour : seul le scaphandrier des travaux publics, qui exécute un travail technique sous l’eau avec obligation de résultat, est couvert par cette fiche.
Vous souhaitez vous reconvertir ou évoluer dans ce métier ?
Découvrez les formations disponibles près de chez vous et financez votre projet grâce au CPF.

