Les contrats dans un dossier partagé, les congés dans un tableur, les entretiens annuels sur papier et la paie chez l’expert-comptable : la plupart des PME gèrent leurs RH avec cinq outils qui ne se parlent pas. Chaque information est saisie deux ou trois fois, et personne ne sait laquelle est la bonne.

Un SIRH (système d’information des ressources humaines) réunit ces données dans un seul logiciel : dossier salarié, absences, temps, notes de frais, entretiens, et selon les éditeurs la paie elle-même. Le marché se partage entre les logiciels de paie qui ont ajouté des fonctions RH, les suites RH qui préparent la paie sans la produire, et les plateformes pour ETI qui relient des outils existants.

Nous avons comparé dix SIRH commercialisés en France en octobre 2026, avec leurs prix publics relevés chez les éditeurs. Deux noms de la version précédente ont disparu : isiRH, racheté par Silae, a fermé son site, et KiwiHR s’appelle désormais Tellent HR.

Les 10 SIRH en un coup d’œil

LogicielPour quiPaie inclusePrix public affiché
PayFitTPE et PMEOuiDès 20 € HT par salarié et par mois + abonnement
LuccaPME et ETIPréparationPar module, de 0,61 € à 5,81 € HT par mois
EuréciaPME et ETI de 11 à 500 salariésPréparationDès 4,20 € HT par collaborateur et par mois
KelioPME à grands comptesOui, en optionSIRH modulaire de 11,60 € à 2,95 € HT par salarié et par mois
Silae (ex-isiRH)TPE et PME, via leur expert-comptableOuiSur devis
NibelisPME de 50 salariés et plus, ETIOuiSur devis
Bizneo HRPME et ETINonFormules dès 7 €
FactorialPMEPréparationDès 6,5 € par utilisateur et par mois
Tellent HR (ex-KiwiHR)PME européennesNonSur devis
PeopleSpheresETI et grands groupesNon, connecteursSur devis

Paie incluse ou non : la question qui trie le marché

Un SIRH « qui prépare la paie » collecte les variables (absences, heures, primes, notes de frais) et les transmet à un logiciel de paie ou à votre cabinet comptable, qui produit les bulletins et la déclaration sociale nominative (DSN). Un SIRH « qui fait la paie » calcule lui-même les bulletins et dépose la DSN. La différence pèse sur le prix, sur la responsabilité en cas d’erreur et sur le nombre d’interlocuteurs.

Si vous confiez aujourd’hui la paie à un cabinet, les deux voies restent ouvertes : garder le cabinet et choisir un SIRH qui lui envoie des variables propres, ou internaliser la paie avec un logiciel qui la calcule. Notre article sur l’externalisation de la paie compare les coûts des deux options.

Le sujet va prendre du poids. Le projet de loi transposant la directive européenne sur la transparence des rémunérations, présenté en Conseil des ministres le 10 septembre 2026 et pas encore adopté, prévoit que six des sept indicateurs d’écart salarial soient calculés automatiquement à partir de la DSN, un nouvel index à partir de 2028 et l’obligation d’annoncer une fourchette de salaire avant l’embauche. La qualité des données de paie deviendra une obligation de fait.

1. PayFit

Page d'accueil de PayFit

PayFit est un logiciel de paie français devenu SIRH : il calcule les bulletins, dépose la DSN et les déclarations événementielles, suit les évolutions légales et conventionnelles, et y a greffé les congés et absences, la gestion des temps, le planning, les notes de frais, le dossier salarié, la génération de documents RH avec signature électronique, puis les entretiens, objectifs et enquêtes. Un assistant, Payfit AI, répond aux questions de paie et de RH, et l’éditeur annonce 22 000 entreprises clientes, de la création d’entreprise à plus de 1 000 salariés.

Les prix sont publics et sans engagement : 20 € HT par salarié et par mois pour l’offre Paie, 27 € pour la Paie avancée (temps, absences en libre-service, documents RH, signature), 30 € pour l’offre RH+, chacune plus un abonnement mensuel qui dépend de l’effectif (49 € HT de un à trois salariés, 79 € de quatre à neuf). Une offre Starter à 26 € par salarié vise les entreprises qui embauchent leur premier salarié, et la mise en place est offerte. Le prix par salarié est plus élevé que celui des suites RH qui ne font que préparer la paie, parce que PayFit la produit réellement. Il n’a pas de module de recrutement.

2. Lucca

Page d'accueil de Lucca

Lucca, éditeur français revendiquant plus d’un million d’utilisateurs, vend une quinzaine de modules indépendants : socle RH, absences, feuilles de temps, télétravail, entretiens, engagement, formation, recrutement, frais professionnels, factures, rémunération. Chaque module se prend séparément, ce qui permet de commencer petit. Lucca ne produit pas la paie : un assistant prépare les variables et des connecteurs les envoient vers Silae ou Yeap.

Les tarifs sont publics pour les entreprises de plus de 100 salariés, en HT par collaborateur et par mois : 3,21 € pour le socle RH, 3,11 € pour les absences, 3,00 € pour les feuilles de temps, 3,97 € pour la performance, 3,21 € pour le recrutement, 5,81 € par déclarant pour les frais professionnels, 0,61 € pour l’assistant paie. L’addition grimpe vite si vous prenez tout ; faites le calcul sur les modules que vous utiliserez dans les douze mois.

3. Eurécia

Page d'accueil d'Eurécia

Eurécia, éditeur toulousain indépendant créé en 2006, revendique 4 500 entreprises clientes. Sa plateforme couvre l’annuaire et l’organigramme, l’arrivée et le départ des salariés, les congés, les temps, le planning, les notes de frais, la préparation et la vérification de la paie, la formation, les compétences et les entretiens. Elle ajoute en 2026 un module de transparence salariale et un outil d’accompagnement des managers. Le recrutement est fourni en partenariat avec Flatchr.

L’offre Business, de 11 à 500 salariés, démarre à 4,20 € HT par collaborateur et par mois, dégressive et vendue par lots de dix ; un simulateur en ligne estime le prix selon les modules. Les TPE passent par leur expert-comptable, les entreprises de plus de 500 salariés par un devis, et l’essai dure trente jours.

4. Kelio

Page du SIRH de Kelio

Kelio, l’ex-Bodet Software, part de la gestion des temps et des badgeuses, qu’il fabrique en France, pour couvrir tout le SIRH : congés, plannings, notes de frais, signature électronique, recrutement, intégration des nouveaux salariés, compétences, entretiens, formation, coffre-fort et contrôle d’accès. La paie est disponible en logiciel ou en externalisation, grâce au rachat de 123Paie.

Les prix sont publics et dégressifs : le SIRH modulaire coûte 11,60 € HT par salarié et par mois à 50 salariés, 4,99 € à 200 et 2,95 € à 1 000, avec un engagement initial de trois ans ; les badgeuses s’ajoutent. C’est le SIRH des entreprises industrielles et multi-sites pour qui le pointage est le cœur du sujet.

5. Silae (ex-isiRH)

Page d'accueil de Silae

Si vous cherchiez isiRH, c’est ici qu’il a abouti : Silae l’a racheté en 2022, avec Jenji et DSN Plus, puis a fermé son site. L’offre s’appelle désormais mySilae et réunit la paie jusqu’à la DSN, le SIRH (gestion des collaborateurs et des talents), le coffre-fort numérique, les notes de frais et la santé-prévoyance. Silae revendique 8 millions de bulletins par mois et 900 conventions collectives intégrées.

La particularité de Silae est son mode de distribution : il se vend surtout par des experts-comptables et des gestionnaires de paie, sans prix public. Si votre cabinet produit déjà vos bulletins sur Silae, ses modules RH sont la voie la plus simple. À surveiller : Cegid et Silae ont annoncé leur rapprochement le 9 septembre 2026, une opération qui ne devrait se conclure qu’en 2027.

6. Nibelis

Page d'accueil de Nibelis

Nibelis, éditeur français de paie et de SIRH depuis vingt ans, revendique 2 000 clients, surtout des PME de 50 à 250 salariés et des ETI. Sa suite couvre la paie, que vous pouvez produire en interne ou externaliser chez l’éditeur, le recrutement, l’intégration et le départ des salariés, les entretiens et compétences, la formation, la rémunération, les absences, la présence, le télétravail, les délégations des représentants du personnel et un coffre-fort pour les bulletins.

Aucun tarif n’est publié. Nibelis convient aux entreprises qui veulent un interlocuteur unique pour la paie et les RH, avec la possibilité de déléguer la production des bulletins.

7. Bizneo HR

Page d'accueil de Bizneo HR

Bizneo HR, éditeur espagnol avec une équipe en France, assemble près de 38 modules : temps, absences, plannings, performance et objectifs, formation, notes de frais, distribution des fiches de paie, canal de signalement. Son point fort est le recrutement, avec des agents d’IA qui rédigent les offres, trient les candidatures et vont jusqu’à mener un premier entretien téléphonique, et une diffusion sur plus de 100 sites d’emploi.

La page tarifs affiche des « formules à partir de 7 € » sans préciser l’unité ni la taxe ; les offres plus complètes sont sur devis. Les données sont hébergées en Europe. Bizneo ne calcule pas la paie.

8. Factorial

Page d'accueil de Factorial

Factorial, éditeur espagnol, propose une suite très large : temps, absences, talents, préparation et vérification de la paie, signature électronique, coffre-fort, gestion du parc informatique, notes de frais et cartes de paiement, avec une IA transversale. Le socle (annuaire, arrivée et départ des salariés, documents) est inclus dans tous les plans, les autres modules s’ajoutent.

Le prix d’appel est de 6,5 ou 6,9 € par utilisateur et par mois selon l’endroit de la page tarifs, le devis final dépendant des modules. Sur la paie, l’outil prépare et vérifie mais ne remplace pas le logiciel qui produit les bulletins : vérifiez ce point en démonstration avant de comparer avec PayFit ou Silae.

9. Tellent HR (ex-KiwiHR)

Page de Tellent HR Manage, ex-KiwiHR

KiwiHR, à l’origine français, a rejoint en 2022 le groupe néerlandais Tellent avec Recruitee et Javelo, et s’appelle désormais Tellent HR. Le module HR Manage couvre la base salariés, le temps, les congés et absences, les rapports, les notes de frais et un canal d’alerte ; HR Grow ajoute la performance et l’engagement, issus de Javelo, dont les clients migrent vers Tellent HR en 2026.

Les prix sont sur devis. L’interface reste l’une des plus simples du marché pour une PME, mais le site mentionne une « gestion de la paie » qu’il faut faire préciser : il s’agit de préparer les éléments, pas de produire les bulletins.

10. PeopleSpheres

Page du Core RH de PeopleSpheres

PeopleSpheres ne cherche pas à remplacer vos outils mais à les relier. Ce « Core RH pour ETI » tient une base de données salariés unique, alimentée par des connecteurs prêts à l’emploi vers la paie, le recrutement, la formation ou la gestion des temps, et redistribue les informations à chaque outil. S’y ajoutent des circuits de validation, un portail salarié et des rapports consolidés.

Les données sont hébergées en France, dans un centre certifié, et le déploiement prend environ huit semaines. Pas de prix public. PeopleSpheres s’adresse aux groupes qui ont accumulé des logiciels RH au fil des rachats, pas à une PME qui s’équipe pour la première fois.

Comment choisir votre SIRH

Décidez d’abord de la paie. Produire les bulletins en interne, garder votre cabinet ou externaliser chez l’éditeur : ce choix élimine la moitié de la liste. Un SIRH qui fait la paie (PayFit, Silae, Nibelis, Kelio en option) supprime les échanges de fichiers ; une suite qui la prépare (Lucca, Eurécia, Factorial) laisse votre cabinet en place.

Équipez-vous dans l’ordre de vos irritants. Pour la plupart des PME, ce sont les congés, puis les temps, puis les notes de frais. Commencer par ces modules permet de mesurer l’adoption avant d’ajouter les entretiens ou la formation. Nos comparatifs des logiciels de congés et des logiciels de recrutement détaillent les outils spécialisés, qui peuvent se brancher sur un SIRH.

Faites le calcul complet. Prix par salarié, abonnement fixe, frais de mise en place, durée d’engagement, supplément par établissement : comparez le coût annuel pour votre effectif réel, avec les modules prévus sur deux ans. Un SIRH « dès 3 € » peut dépasser 15 € par salarié une fois complet.

Vérifiez la réversibilité. Demandez comment récupérer vos données (dossiers salariés, historiques d’absences, bulletins) si vous partez. Le marché se concentre, Silae et Cegid en sont l’exemple, et un éditeur racheté peut changer de prix ou de produit en cours de contrat.

Le SIRH ne vaut que par la qualité de vos données

Un SIRH se déploie en quelques semaines ; le nettoyage des données qu’on y verse prend souvent plus longtemps. Dates d’entrée fausses, coefficients de convention approximatifs, soldes de congés hérités d’un tableur : tout cela se retrouve dans les compteurs, dans la paie et bientôt dans les indicateurs d’égalité salariale calculés depuis la DSN.

Avant la mise en route, consacrez une journée à vérifier le dossier de chaque salarié contre son contrat et son dernier bulletin. C’est le travail le moins visible du projet, et celui qui conditionne tous les autres.