Scaphandrier-soudeur : missions, formation et salaire

Sur la coque d’un pétrolier en cale sèche ou au pied d’une plateforme offshore, le scaphandrier-soudeur descend avec un poste à souder étanche pour réparer une structure métallique sous l’eau ou dans un caisson hyperbare. Il cumule le titre professionnel de scaphandrier et une qualification de soudage distincte, rarement réunies chez un même professionnel. Voici ce que recouvre cette double compétence, comment l’acquérir et ce qu’elle rapporte.

AccèsDouble qualificationtitre de scaphandrier et qualification de soudage hyperbare
Formation455 h puis qualification de soudagedurée de la qualification de soudage non publiée
Salaire débutant2 289 € brutrepère de la convention des travaux publics, IDCC 1702
Où travaillerRéparation navale, offshoreports, plateformes, pipelines, ouvrages portuaires

Ce que fait un scaphandrier-soudeur

France Travail recense « Scaphandrier soudeur / Scaphandrière soudeuse » comme une appellation du code ROME I1502, au même titre que « scaphandrier » tout court. Dans les faits, ce n’est pas un simple synonyme : c’est le professionnel qui, en plus des missions décrites dans notre fiche scaphandrier, détient une qualification de soudage reconnue pour assembler ou réparer des structures métalliques immergées, et pas seulement les découper ou les boulonner.

Deux situations bien distinctes portent ce nom. En soudage hyperbare humide, le scaphandrier soude directement dans l’eau, en combinaison, sur une coque de navire, une canalisation ou un pieu de quai. En soudage hyperbare à sec, l’intervention se fait dans un habitat ou une cloche remplie de gaz à la pression du fond, asséchée autour de la pièce à réparer : la qualité du cordon de soudure s’en trouve bien meilleure, mais le matériel et la logistique coûtent nettement plus cher à mobiliser.

Un avis d’attribution de marché du Grand port maritime de Marseille, publié le 17 avril 2025, illustre ce travail au quotidien : un accord-cadre de 48 mois pour des « prestations d’ateliers de scaphandriers » couvrant la mise à sec de navires dans les formes de radoub, le contrôle sous-marin d’ouvrages et « de petits travaux sous-marins (oxycoupage, soudage, génie civil, hydropompage) », pour un montant de 1,2 million d’euros.

Le titre professionnel de scaphandrier travaux publics couvre déjà, dans son troisième bloc de compétences, l’assemblage et le démontage d’ouvrages métalliques immergés : tout scaphandrier sait souder de petits éléments basiques. Le scaphandrier-soudeur va plus loin, avec une qualification propre au procédé qui permet de signer des soudures structurelles acceptées par un bureau de contrôle ou une société de classification, sur une coque de navire ou une conduite sous pression.

Les compétences attendues

La maîtrise du geste de soudage dans une eau trouble, à la lampe, parfois par le seul toucher quand la visibilité tombe à zéro, distingue ce métier de la soudure en atelier. Le professionnel doit reproduire, sous l’eau et sous pression, la qualité d’un cordon qu’un soudeur à terre exécute à l’air libre, avec des matériaux qui refroidissent plus vite et des gaz de soudage qui se comportent différemment en milieu hyperbare.

Les compétences générales de plongée professionnelle (sécurité, communication avec la surface, gestion des paliers de décompression) restent celles détaillées dans la fiche scaphandrier : le scaphandrier-soudeur les maîtrise déjà avant d’ajouter le soudage. S’y ajoute une vigilance propre aux travaux à chaud sous l’eau : gestion de l’hydrogène dégagé par l’électrolyse, ventilation de l’habitat en soudage à sec, et respect strict des procédures qui évitent tout risque d’explosion ou d’électrisation.

La rigueur documentaire pèse lourd : chaque soudure structurelle est tracée, parfois contrôlée par ultrasons ou radiographie avant validation, pour les dossiers remis à l’armateur, au port ou à l’exploitant de la plateforme. Un cordon mal exécuté sur une coque ou une canalisation sous pression n’est pas qu’une question de qualité, c’est un risque de sécurité pour l’ouvrage entier.

Devenir scaphandrier-soudeur

  1. Obtenir une base en soudage ou passer le titre de scaphandrierLes deux parcours existent : un soudeur ou chaudronnier qualifié qui ajoute la plongée professionnelle, ou un scaphandrier confirmé qui se forme ensuite au soudage.
  2. Décrocher le titre professionnel scaphandrier travaux publics et le certificat d’aptitude à l’hyperbarieMention A, classe II au minimum, classe III pour les interventions offshore en grande profondeur. Le détail de ce parcours figure dans notre fiche scaphandrier.
  3. Passer une qualification de soudage hyperbareLa norme ISO 15618-1 qualifie le plongeur-soudeur pour le soudage hyperbare humide, la norme ISO 15618-2 pour le soudage hyperbare à sec en habitat.
  4. Entretenir les deux qualificationsLe certificat d’hyperbarie exige un suivi médical régulier, la qualification de soudage un contrôle de pratique périodique : les deux se renouvellent séparément.

Les deux centres aujourd’hui agréés pour le titre de scaphandrier, l’École nationale des scaphandriers à Fréjus et le Centre d’activités de plongée de Trébeurden, n’affichent aucun programme public de qualification au soudage hyperbare : cet ajout de compétence se négocie le plus souvent directement avec un employeur, une entreprise de travaux subaquatiques ou de réparation navale, qui finance la formation complémentaire selon ses propres besoins de chantier. Aucun barème national de coût n’est publié pour cette étape.

En reconversion, un soudeur industriel déjà titulaire d’une qualification ISO 9606 part avec un avantage réel : il maîtrise déjà le geste et la lecture des procédures de soudage, et n’a plus qu’à ajouter le titre de scaphandrier et le certificat d’hyperbarie. À l’inverse, un scaphandrier confirmé qui ajoute le soudage valorise une expérience déjà solide de la plongée professionnelle. Le compte personnel de formation, un projet de transition professionnelle ou l’accompagnement de France Travail peuvent financer la partie plongée du parcours.

Où travailler et dans quelles conditions

Les employeurs sont des entreprises de travaux subaquatiques et de réparation navale, souvent de petite taille, qui interviennent pour des ports comme celui de Marseille, des chantiers navals, des exploitants de plateformes offshore ou de pipelines, et plus récemment des parcs éoliens en mer. Le secteur relève le plus souvent de la convention collective des ouvriers des travaux publics (IDCC 1702), la même que pour le scaphandrier généraliste ; une entreprise filiale d’un chantier naval peut aussi relever de la convention de la métallurgie (IDCC 3248).

Les missions se déroulent par chantiers, souvent loin du domicile : mise à sec d’un navire en forme de radoub, intervention sur une canalisation offshore depuis un navire support, réparation d’un ouvrage portuaire. Les rotations peuvent être longues sur les sites offshore, avec un hébergement sur place, et dépendent fortement de la météo et des fenêtres d’intervention autorisées.

Ce qui plaît

  • Une double compétence rare, très recherchée sur les chantiers de réparation structurelle.
  • Des missions techniques, où le travail ne se limite pas à l’inspection ou au nettoyage.
  • Une forte valeur ajoutée face à un scaphandrier qui ne détient que les bases du soudage.

Ce qui pèse

  • Deux qualifications à entretenir, hyperbarie et soudage, chacune avec ses propres exigences.
  • Le risque des travaux à chaud sous l’eau, en plus des risques déjà connus de la plongée professionnelle.
  • Des déplacements fréquents, parfois de longues rotations offshore.

Combien gagne un scaphandrier-soudeur

Aucune classification officielle ne distingue le scaphandrier-soudeur du scaphandrier généraliste : les deux relèvent de la même convention des travaux publics (IDCC 1702), qui classe le poste occupé, pas l’intitulé du métier. Une double qualification hyperbarie et soudage pèse logiquement vers les niveaux les plus élevés de cette grille, sans qu’aucune source publique ne fixe de coefficient précis pour cet intitulé.

2 289,50 €brut mensuel, niveau II-2 (agent d’inspection scaphandrier), IDCC 1702, 2026
2 657,17 €brut mensuel, niveau III-2 de la même convention, 2026
2 880,75 €brut mensuel, niveau IV-1, le plus qualifié de cette grille, 2026

Salaire scaphandrier-soudeur en 2026Grille des travaux publics, marché offshore et naval, primes et passage au net.Voir les salaires

Emploi et débouchés

Le code ROME I1502, qui regroupe tous les scaphandriers, qu’ils soudent ou non, comptait selon France Travail 920 demandeurs d’emploi sur les douze derniers mois glissants au deuxième trimestre 2026, et 1 050 offres sur la même période, en net recul de 56 % sur un an. Ces chiffres ne permettent pas d’isoler la part des professionnels qualifiés en soudage : aucune statistique ne les compte à part.

Le goulet d’étranglement vient surtout de la formation : avec deux centres agréés seulement pour le titre de base, et aucune filière publique de qualification au soudage hyperbare, le nombre de professionnels qui cumulent réellement les deux compétences en France reste très réduit. Les entreprises de travaux subaquatiques qui en ont besoin forment elles-mêmes leurs scaphandriers déjà qualifiés, ou recrutent un soudeur industriel pour le faire plonger.

Les familles professionnelles voisines de l’extraction et des travaux publics affichent, selon l’Insee, un salaire médian compris entre 2 141 € et 2 311 € brut mensuel en 2022, sans statistique isolée pour le scaphandrier ni pour sa spécialité soudage.

Évolutions de carrière

La progression passe d’abord par la classe du certificat d’hyperbarie : une classe III, au-delà de 50 mètres, ouvre les chantiers offshore les plus profonds et les mieux rémunérés. S’y ajoutent des qualifications de soudage supplémentaires, par procédé, position et épaisseur de métal, qui élargissent le champ des interventions acceptées.

Avec l’expérience, certains scaphandriers-soudeurs encadrent une équipe de plongée sur les chantiers de réparation navale ou offshore les plus importants, ou deviennent responsables qualité pour le contrôle des soudures. D’autres rejoignent la formation, dans l’un des deux centres agréés, pour transmettre cette double compétence rare, ou terminent leur carrière à terre, par exemple comme technicien de maintenance industrielle.

Métiers proches

Ces métiers partagent la plongée professionnelle, le travail du métal ou les chantiers de travaux publics, avec des périmètres plus larges ou plus spécialisés.

Pourquoi si peu de professionnels cumulent les deux qualifications

Le métier reste rare parce qu’il additionne deux filières qui ne se croisent presque jamais dans la formation initiale : la plongée professionnelle, enseignée dans deux centres seulement, et le soudage qualifié, enseigné dans des centres industriels qui ne proposent pas d’option hyperbare. La double compétence se construit donc toujours en deux temps, financée par un employeur qui a un besoin de chantier précis à couvrir.

Avant de confier une réparation structurelle à un scaphandrier-soudeur, qu’il soit salarié ou sous-traitant, demandez à voir sa qualification de soudage à jour, précisée par procédé et par type de soudage, humide ou à sec, en plus de son certificat d’aptitude à l’hyperbarie. Les deux documents se renouvellent séparément, et l’un n’implique jamais l’autre.

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