Deux de vos techniciens doivent être habilités sur une nouvelle norme avant la fin de l’année. Le devis de l’organisme de formation atteint 9 000 euros, sans compter les huit jours pendant lesquels ils ne seront pas sur les chantiers. Votre expert-comptable vous a dit d’appeler votre OPCO. Vous appelez, et on vous demande dans quel dispositif vous vous inscrivez.
C’est là que la plupart des dossiers s’enlisent. Un OPCO ne finance pas « une formation » : il finance un dispositif précis, avec ses conditions, son formulaire, son délai de dépôt et son barème. Se tromper de porte, c’est perdre six semaines et souvent le financement.
Voici les dispositifs réellement ouverts en 2026, ce que chacun couvre, dans quel délai il faut déposer, et ceux qu’il faut cesser de chercher. Si vous ne savez pas encore de quel opérateur vous dépendez, commencez par identifier votre OPCO : tout le reste en découle.
Trois financements que l’on vous cite encore et qui n’existent plus
La Pro-A est close depuis le 31 décembre 2025. Les avenants signés au plus tard à cette date vont à leur terme, mais aucun nouveau parcours ne peut être engagé. Elle est remplacée depuis le 1er février 2026 par la période de reconversion, détaillée plus bas.
Le FNE-Formation n’accepte plus de dossiers. L’État a cessé de le conventionner en 2025 et le budget 2026 ne prévoit aucun engagement nouveau, seulement des crédits de paiement pour solder les conventions antérieures. Les entreprises qui avaient signé avant l’arrêt terminent leurs actions aux conditions initiales, sans avenant d’élargissement. Notre page sur le FNE-Formation retrace ce qu’était le dispositif et ce qu’il finançait.
Les aides exceptionnelles ont suivi. Les 8 000 euros de la période Covid pour l’embauche d’un apprenti n’existent plus, et l’aide de 2 000 euros au contrat de professionnalisation a été supprimée le 1er mai 2024. Dernier détail qui bloque encore des dossiers : Datadock a fermé. Depuis le 1er janvier 2022, seul un organisme certifié Qualiopi peut être payé sur fonds mutualisés. Vérifiez-le avant de signer le devis, pas après.
L’apprentissage : le circuit le plus balisé
C’est le dispositif où l’OPCO a le plus de moyens et le moins de latitude. Vous transmettez le contrat dans les 5 jours ouvrables suivant le début de son exécution ; l’OPCO a 20 jours pour statuer, et son silence vaut refus (service-public.fr). Il paie ensuite directement le centre de formation, vous n’avancez rien sur la partie pédagogique.
Le montant n’est pas discutable : il figure dans le référentiel des niveaux de prise en charge fixé par les branches et publié par France compétences, qui couvre 3 671 certifications en septembre 2026 pour un montant moyen pondéré de 7 735 euros. Depuis le 1er juillet 2025 et les décrets n° 2025-585 et 2025-586 du 27 juin 2025, ce montant est proratisé au jour près, versé au CFA en quatre échéances (40 %, puis 30 %, 20 % et 10 % après service fait) et minoré de 20 % si la formation se déroule à 80 % ou plus à distance, sans pouvoir descendre sous 4 000 euros. Un contrat préparant un niveau 6 ou 7 laisse 750 euros à votre charge.
L’aide à l’embauche relève de l’État, pas de l’OPCO. Le décret n° 2026-168 du 6 mars 2026 la fixe, pour les contrats commençant avant le 1er janvier 2027, à 5 000 euros aux niveaux 3 et 4, 4 500 euros au niveau 5 et 2 000 euros aux niveaux 6 et 7 en dessous de 250 salariés, contre 2 000, 1 500 et 750 euros au-delà. L’embauche d’un apprenti en situation de handicap ouvre droit à 6 000 euros. L’OPCO dépose le contrat, l’Agence de services et de paiement verse.
Le contrat de professionnalisation, toujours ouvert
Il vise les 16-25 ans révolus, les demandeurs d’emploi de 26 ans et plus, et les bénéficiaires du RSA, de l’ASS ou de l’AAH. En CDD, sa durée va de 6 à 12 mois, portée à 24 voire 36 mois selon le public et la qualification préparée.
Le calendrier diffère de l’apprentissage : vous transmettez le contrat à l’OPCO dans les 5 jours calendaires suivant sa signature, et non après le début d’exécution. L’OPCO a ensuite 20 jours calendaires pour vérifier la conformité, décider de la prise en charge et transmettre à la DREETS (ministère du Travail).
La prise en charge est forfaitaire et fixée par votre branche. Elle couvre les frais pédagogiques, parfois les frais annexes et la fonction tutorale. La rémunération minimale du salarié va de 55 % du SMIC pour un moins de 21 ans peu qualifié à 100 % du SMIC ou 85 % du minimum conventionnel à partir de 26 ans, et elle reste à votre charge.
Le plan de développement des compétences sous 50 salariés
C’est la voie pour tout ce qui n’entre dans aucune case d’alternance : habilitation, langue, logiciel métier, sécurité, management. L’article L6332-1-3 du code du travail réserve cette enveloppe aux entreprises de moins de cinquante salariés, et France compétences l’a dotée de 521 millions d’euros pour 2026 (délibération du conseil d’administration du 2 avril 2026).
Aucun plafond national ne s’applique. Chaque OPCO arrête ses barèmes sur proposition des branches et les republie généralement au 1er janvier : taux horaire maximum, plafond annuel par salarié, liste d’actions prioritaires. Deux entreprises de trente salariés relevant de branches différentes obtiendront des montants sans rapport pour la même formation. Notre article sur le plan de développement des compétences détaille la construction du plan côté employeur.
Une règle ne souffre aucune exception : la demande se dépose avant le premier jour de formation. Un OPCO ne rembourse pas rétroactivement.
La période de reconversion, qui remplace Pro-A et Transitions collectives
Créée par la loi n° 2025-989 du 24 octobre 2025 et les décrets n° 2026-39 et 2026-40 du 28 janvier 2026, elle est entrée en vigueur le 1er février 2026 et absorbe les deux dispositifs à la fois. Tout salarié en CDI ou en CDD y est éligible, sans condition d’âge ni de niveau de qualification, ce qui élargit nettement le public par rapport à la Pro-A.
Elle organise soit une reconversion interne, le salarié changeant de métier chez vous, soit une reconversion externe, son contrat étant suspendu le temps qu’il en signe un avec une entreprise d’accueil. Elle ne s’impose pas : un accord écrit entre le salarié et l’employeur est obligatoire, formalisé sur un Cerfa en trois exemplaires.
La formation dure de 150 à 450 heures sur douze mois au plus, un accord de branche ou d’entreprise pouvant porter ces bornes à 2 100 heures sur trente-six mois. En l’absence de niveau fixé par la branche, la prise en charge est de 9,15 euros de l’heure, et le montant moyen par opérateur est arrêté à 5 000 euros. Le dossier complet part à l’OPCO au plus tard 30 jours calendaires avant le début, et l’OPCO répond sous 20 jours (ministère du Travail).
Ce qui reste quand rien ne colle
Le CPF n’est pas géré par l’OPCO mais par la Caisse des dépôts. Vous pouvez néanmoins abonder le compte d’un salarié, ou lui rembourser la participation obligatoire portée à 150 euros par le décret n° 2026-234 du 30 mars 2026. Le mécanisme est expliqué dans notre guide pour faire financer une formation par le CPF.
Restent deux leviers moins connus. Le versement volontaire permet de confier à votre OPCO une somme au-delà de l’obligation légale, qu’il gère ensuite pour vous, avec l’avantage de fluidifier les dossiers. Les actions collectives de branche, elles, sont des formations déjà achetées et déjà financées par votre OPCO : il ne reste qu’à inscrire un salarié, parfois sans reste à charge. Elles figurent dans le catalogue en ligne de chaque opérateur et personne ne les regarde.
Le coût que votre dossier ne couvrira pas
Tous ces dispositifs financent des heures de formation. Aucun, ou presque, ne finance l’absence du salarié. La prise en charge de la rémunération pendant une période de reconversion suppose un accord collectif ou une décision unilatérale de l’employeur, et le plan de développement des compétences ne couvre le salaire que si votre branche l’a expressément prévu.
Pour deux techniciens absents huit jours, le salaire chargé pèse souvent plus lourd que les 9 000 euros de devis. C’est ce chiffre-là qui décide, en pratique, si la formation a lieu en mars ou jamais. Le calculer avant d’appeler l’OPCO change la conversation : vous ne demandez plus un financement, vous arbitrez un calendrier. Et si la réponse est non, notre panorama des solutions de financement de formation ouvre les autres portes.





