Sexologue : missions, formation et débouchés

Dans un cabinet, une femme n’ose plus parler de douleurs pendant les rapports, un couple cherche à comprendre pourquoi le désir a disparu. C’est le sexologue qui reçoit ces confidences, pose un diagnostic et propose un accompagnement adapté. En France, aucun diplôme unique ne porte ce nom : médecins et psychologues l’obtiennent par des voies différentes. Voici comment, où exercer et ce que cela rapporte.

AccèsBac + 5 au moinsmédecine ou master de psychologie, puis DU-DIU
Formation2 ans de plusDU puis DIU de sexologie, en formation continue
Salaire débutantVariablefixé par la profession de base, médecin ou psychologue
Où travaillerCabinet libéralCeGIDD, service hospitalier, planning familial

Ce que fait un sexologue

Le mot « sexologue » désigne deux pratiques différentes, selon qui le porte. Le médecin sexologue, généraliste ou spécialiste (urologue, gynécologue, endocrinologue), peut examiner le corps, prescrire un traitement hormonal ou un médicament, et chercher une cause organique à un trouble de l’érection, un vaginisme ou une absence de désir. Le sexothérapeute non médecin, le plus souvent psychologue, infirmier ou sage-femme, travaille par l’entretien clinique et des techniques cognitivo-comportementales : il ne pose pas de diagnostic médical et ne prescrit rien.

Une consultation commence presque toujours par une anamnèse longue : histoire du couple, antécédents médicaux, contexte de vie. Le praticien distingue ensuite ce qui relève du corps (douleur, maladie chronique, effet d’un médicament) de ce qui relève du psychisme (anxiété de performance, traumatisme, conflit conjugal), et oriente vers l’autre profession quand le trouble dépasse son champ.

Le suivi peut concerner une personne seule ou un couple. Les motifs les plus courants sont la baisse du désir, les troubles de l’érection ou de l’éjaculation, le vaginisme et les douleurs pendant les rapports, les suites d’un traumatisme sexuel, ou l’adaptation de la vie intime après une maladie, un accouchement ou un cancer. Certains sexologues interviennent aussi en collectivité, pour des séances d’éducation à la sexualité auprès d’adolescents ou de publics en situation de handicap.

Les compétences attendues

La base scientifique vient d’abord de la profession d’origine : anatomie et physiologie pour un médecin, psychopathologie pour un psychologue. S’y ajoute une connaissance fine de la diversité des sexualités, des orientations et des identités, sans jugement ni préjugé, pour que chaque patient puisse parler librement d’un sujet encore entouré de honte.

L’écoute compte plus qu’ailleurs : beaucoup de patients consultent après des années de silence. Le praticien doit mettre à l’aise, poser des questions précises sans être intrusif, et garder une confidentialité stricte sur des informations très sensibles.

Le travail de couple demande une troisième compétence, la médiation : faire s’exprimer deux personnes sur un sujet intime sans prendre parti, et ramener la discussion vers des faits concrets plutôt que des reproches. Enfin, un sexologue sérieux connaît les limites de son champ et oriente vers un confrère, un psychiatre ou un chirurgien quand le trouble le dépasse.

Devenir sexologue

Il n’existe pas de diplôme d’État de sexologue en France. Selon l’information jeunesse du CIDJ, ce titre n’est « ni reconnu par l’État ni réglementé » : n’importe qui peut en théorie l’utiliser, mais les diplômes universitaires qui existent fixent une référence de qualité suivie par la majorité des praticiens serieux.

  1. Obtenir un diplôme de santé de baseDoctorat en médecine, master de psychologie, ou diplôme d’infirmier, de sage-femme, de kinésithérapeute, de pharmacien ou de psychomotricien. Les conseillers conjugaux et familiaux sont admis sur dossier.
  2. Valider le DU Santé sexuelle et droits humainsCe diplôme universitaire est le prérequis commun aux deux DIU suivants, quelle que soit la profession de départ.
  3. Suivre le DIU de sexologie adapté à son profilDeux ans, 183,5 heures : le DIU Sexologie et médecine sexuelle pour les docteurs en médecine, le DIU Sexologie clinique pour les psychologues et les autres professions de santé citées plus haut.
  4. Accoler la qualification à sa profession de baseLe diplôme ne crée pas un nouveau métier : il autorise à ajouter « sexologue » à son titre de médecin, de psychologue ou d’infirmier.

Le programme et les examens de ces deux DIU sont nationaux, organisés par un comité commun à une dizaine d’universités (Paris, Lille, Toulouse, Montpellier, Nancy…). D’après la fiche de Université Paris Cité, mise à jour le 20 mai 2026, les frais de formation sur les deux ans vont de 1 070 € à 2 140 € selon la prise en charge, plus 300 € de frais de dossier.

En reconversion, la voie dépend du point de départ. Devenir médecin ou obtenir un master de psychologie reste un parcours long, inchangé par l’envie de se spécialiser en sexologie. Un professionnel de santé déjà diplômé (infirmier, sage-femme, kinésithérapeute) ou un conseiller conjugal en exercice peut en revanche viser directement le DU puis le DIU, en formation continue, financée selon les cas par l’employeur, un fonds de branche ou sur fonds propres : vérifiez l’éligibilité exacte auprès du service de formation continue de l’université visée avant de vous engager.

Où travailler et dans quelles conditions

Le répertoire des métiers de France Travail classe le sexologue en profession libérale, en cabinet, dans un établissement de santé ou une structure médico-sociale. Dans les faits, l’exercice se partage entre le cabinet privé, les services hospitaliers de gynécologie, d’urologie ou de psychiatrie, les centres gratuits d’information, de dépistage et de diagnostic (CeGIDD) et les centres de planification familiale.

La plupart des praticiens ne consacrent pas tout leur temps à la sexologie. Selon une enquête menée en 2019 auprès d’anciens participants des Assises françaises de sexologie, publiée dans la revue Sexologies, plus de 60 % des répondants y consacraient au plus la moitié de leur activité, le reste étant occupé par leur profession de base. La même enquête, menée sur un échantillon de personnes déjà engagées dans des congrès de sexologie et non représentatif de l’ensemble des praticiens, relevait 83 % de femmes et 67 % de non-médecins parmi les répondants.

Ce qui plaît

  • Une pratique complémentaire, qui enrichit un métier de soin déjà choisi.
  • Une grande autonomie en cabinet libéral, sur ses propres horaires.
  • Un sentiment d’utilité sur des souffrances longtemps taboues.

Ce qui pèse

  • Peu de confrères à proximité pour échanger ou passer la main.
  • Aucun tarif encadré hors consultation médicale classique.
  • Des sujets intimes qui demandent une solidité émotionnelle réelle.

Combien gagne un sexologue

Il n’existe aucune grille ni aucun revenu moyen propre au mot « sexologue » : aucune caisse ni aucun institut statistique ne suit cette qualification à part. Le revenu dépend entièrement de la profession de base et de son mode d’exercice, salarié ou libéral.

4 066,22 €brut mensuel au sommet de la grille d’un psychologue hospitalier, hors primes
30 €tarif d’une consultation de médecin généraliste conventionné secteur 1 depuis fin 2024
97 099 €revenu net moyen d’un médecin généraliste libéral en 2024

Salaire sexologue en 2026Grille hospitalière, consultations libérales et revenus selon la profession de base.Voir les salaires

Emploi et débouchés

Aucune statistique officielle ne compte les sexologues en France : n’étant pas un titre protégé, la profession n’apparaît pas comme telle dans les recensements de la DREES ou de l’Insee, qui comptent les médecins et les psychologues sous leur diplôme de base. Le code ROME J1138 de France Travail lui consacre pourtant une fiche à part, signe d’une activité identifiée sur le marché du travail malgré l’absence de dénombrement national.

Les praticiens qui animent les congrès de sexologie constatent régulièrement davantage de demandes de consultation que de professionnels formés pour y répondre, notamment hors des grandes villes universitaires. Cette tension se lit aussi dans la répartition des profils : d’après l’enquête de 2019 déjà citée, les médecins, minoritaires parmi les sexologues, continuent d’occuper une place importante comme formateurs et intervenants dans les congrès.

La demande est soutenue par deux évolutions de société : la libération de la parole sur les violences et les traumatismes sexuels, et le vieillissement de la population, qui amène davantage de patients à consulter pour une sexualité affectée par une maladie chronique ou un traitement.

Évolutions de carrière

La sexologie elle-même se spécialise. Un DIU complémentaire d’oncosexologie existe pour accompagner la vie intime après un cancer, et d’autres formations courtes couvrent la sexualité des personnes handicapées, des personnes âgées ou des couples infertiles. Un médecin ou un psychologue sexologue peut aussi se tourner vers l’enseignement universitaire, la formation continue d’autres professionnels de santé, ou la recherche en santé sexuelle.

Dans un service hospitalier, l’évolution suit celle de la profession de base : un médecin progresse dans la grille des praticiens hospitaliers, un psychologue dans celle de son corps de catégorie A, indépendamment de sa qualification en sexologie. En libéral, l’expérience se traduit surtout par une patientèle plus large et, pour certains, par une activité de formateur auprès des DIU qui les ont eux-mêmes formés.

Métiers proches

Ces métiers partagent le soin, la santé ou la communication autour du corps, avec des formations et des responsabilités différentes.

Ce que l’absence de titre protégé change pour le patient

Avant un premier rendez-vous, mieux vaut vérifier qui l’on consulte. Un médecin sexologue est inscrit au tableau de l’Ordre des médecins et possède un numéro RPPS ; un psychologue sexologue doit détenir le numéro Adeli ou RPPS réservé à sa profession, obtenu avec son master. Ces deux numéros se vérifient facilement auprès de l’Ordre ou de l’agence régionale de santé, alors que le mot « sexologue » seul, affiché sur une plaque, ne garantit par lui-même aucune formation.

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