Chirurgien : métier, formation et salaire en 2026
Il est 7 h 30 au bloc opératoire. Le chirurgien vérifie une dernière fois l’imagerie avant d’inciser, entouré de l’anesthésiste-réanimateur et de l’infirmier de bloc. Douze ans d’études mènent à cette scène, répétée plusieurs fois par jour entre consultations, gardes et réunions de concertation. Voici le métier, sa formation et ce qu’il rapporte.
Ce que fait un chirurgien
L’exercice de la médecine, et donc de la chirurgie, est réservé aux titulaires du diplôme d’État de docteur en médecine inscrits au tableau de l’Ordre des médecins, en application de l’article L.4131-1 du Code de la santé publique. Cette inscription conditionne le droit d’opérer, en salariat comme en libéral.
Le chirurgien reçoit le patient en consultation, pose l’indication opératoire et explique la procédure et ses risques avant de recueillir un consentement éclairé. Il réalise ensuite le geste au bloc, en coordination avec l’anesthésiste-réanimateur et l’infirmier de bloc opératoire, puis assure le suivi post-opératoire : surveillance des suites, gestion d’une éventuelle complication, décision de sortie. Pour les cancers, il présente le dossier en réunion de concertation pluridisciplinaire avant de trancher sur la stratégie.
La journée alterne consultations, blocs programmés et urgences, avec des gardes et des astreintes qui rythment le planning en dehors des horaires classiques. Un chirurgien viscéral ne suit pas le même rythme qu’un chirurgien orthopédiste confronté aux traumatismes des services d’urgences, mais tous partagent cette alternance entre activité prévue et imprévu.
La chirurgie se décline en plusieurs spécialités : viscérale et digestive, orthopédique et traumatologique, vasculaire, thoracique et cardio-vasculaire, plastique reconstructrice et esthétique, maxillo-faciale, ou encore neurochirurgie. D’autres actes, moins souvent regroupés sous ce terme dans le langage courant, relèvent aussi d’un DES chirurgical, comme ceux de l’urologue ou du gynécologue-obstétricien.
Les compétences attendues
Le référentiel de compétences France Travail pour ce métier cite en premier lieu la dextérité : des activités de motricité fine, exigées en station debout prolongée au bloc, parfois plusieurs heures d’affilée. S’y ajoute la rigueur, indispensable pour tracer chaque acte dans le dossier médical et appliquer les protocoles de sécurité sanitaire sans en omettre une étape.
Le sang-froid compte autant que la technique. Une hémorragie qui s’aggrave en pleine intervention ou un patient qui décompense aux urgences imposent une décision rapide, sans certitude complète sur son issue. Cette gestion du stress s’apprend en stage, aux côtés de chirurgiens expérimentés, bien avant les premières interventions menées seul.
La communication tient une place que l’image du bloc opératoire masque souvent. Annoncer un diagnostic grave, expliquer un risque opératoire à une famille inquiète ou justifier un choix technique en réunion clinique demande du tact autant que des connaissances. Le métier exige enfin une bonne résistance physique et mentale, et une veille continue sur les techniques mini-invasives et robotiques qui transforment plusieurs spécialités chirurgicales.
Devenir chirurgien
Le parcours démarre par une première année de licence accès santé : le parcours spécifique accès santé (PASS) ou une licence avec option accès santé (L.AS). Les étudiants entrés à la rentrée 2026 suivent encore cette organisation mise en place en 2020 ; le gouvernement a annoncé le 17 avril 2026 son remplacement par une licence unique à partir de la rentrée 2027, pour les étudiants qui entament leur première année cette année-là.
- Réussir le PASS ou une L.ASUne seule tentative supplémentaire est possible en cas d’échec, par redoublement en PASS ou poursuite en licence pour une L.AS.
- Valider le deuxième cycleTrois années de DFASM, avec stages hospitaliers renforcés, jusqu’aux épreuves de fin de cycle.
- Passer les EDN puis les ECOSLes épreuves dématérialisées nationales, sur les 367 items du programme, comptent pour 60 % du classement national ; les examens cliniques objectifs structurés, ateliers pratiques en dix stations, pour 30 % ; le parcours de l’étudiant pour 10 %.
- Choisir l’internat de chirurgieLe rang de classement conditionne l’accès à la spécialité et à la ville souhaitées.
- Suivre le DES de sa spécialitéDouze semestres, soit 6 ans, organisés en phase socle, phase d’approfondissement et phase de consolidation en docteur junior.
Cette réforme du deuxième cycle, dite R2C, a remplacé les anciennes épreuves classantes nationales (ECN) à partir de 2023, selon le Centre national de gestion. Toutes les spécialités chirurgicales durent désormais 6 ans d’internat, un allongement récent pour certaines : l’ophtalmologie est ainsi passée de 10 à 12 semestres. Le parcours complet, de la première année post-bac à la thèse de docteur en médecine, totalise donc 12 ans au minimum.
En formation initiale, le coût se limite le plus souvent aux frais universitaires : 178 € de droits d’inscription pour l’année 2026-2027, plus 105 € de contribution de vie étudiante et de campus, deux sommes dont les boursiers sont exonérés, selon Service-public.fr. L’internat est rémunéré comme une activité hospitalière à part entière.
En reconversion, aucune VAE ne donne accès au diplôme de docteur en médecine : il faut suivre l’intégralité du cursus, sauf pour les titulaires de certains diplômes. Le décret n° 2019-1125 du 4 novembre 2019 ouvre une admission directe en 2e ou 3e année sur dossier puis entretien oral, réservée à des titulaires de certains grades scientifiques ou paramédicaux, avec deux candidatures possibles au maximum. En dehors de cette passerelle, le CPF et le projet de transition professionnelle ne couvrent pas un cursus de cette durée : mieux vaut se renseigner sur les bourses sur critères sociaux et, pour un demandeur d’emploi qui retente le PASS ou une L.AS, sur le maintien de ses droits auprès de France Travail.
Où travailler et dans quelles conditions
Le chirurgien exerce à l’hôpital public comme praticien hospitalier ou, dans un CHU, comme hospitalo-universitaire partageant soin, enseignement et recherche. En clinique privée, l’exercice reste très majoritairement libéral : le chirurgien facture ses actes en honoraires, même s’il pratique dans un établissement privé. Des postes salariés existent aussi dans les établissements privés à but non lucratif.
Le rythme combine consultations, blocs programmés, gardes de nuit, d’astreinte, de dimanche et de jour férié, avec des pics d’activité liés aux urgences. Le port d’équipements d’hygiène et la station debout prolongée en salle d’opération s’ajoutent à cette charge, quel que soit le statut.
Ce qui plaît
- Des revenus élevés, en libéral comme à l’hôpital public en fin de carrière.
- Une pratique technique qui évolue avec la chirurgie mini-invasive et robotique.
- Une forte autonomie, surtout en exercice libéral.
- Un métier en tension, qui facilite l’installation dans de nombreux territoires.
Ce qui pèse
- Les gardes et astreintes, qui s’ajoutent à une activité de jour déjà dense.
- La responsabilité médico-légale attachée à chaque intervention.
- Une formation longue, sélective dès la première année.
- De fortes disparités territoriales entre CHU attractifs et hôpitaux périphériques en tension.
Combien gagne un chirurgien
À l’hôpital public, un praticien hospitalier débute au premier échelon à 4 634 € brut par mois, hors gardes et hors indemnité d’engagement de service public exclusif, selon l’arrêté du 29 juin 2023 modifiant celui du 8 juillet 2022. En libéral, la CARMF situe le revenu net moyen des chirurgiens à 189 700 € en 2023, l’une des rémunérations les plus élevées parmi les spécialités médicales.
Emploi et débouchés
La DREES comptait 14 139 chirurgiens en chirurgie générale en 2024, en hausse de 187 par rapport à 2023, sur un total de 22 901 praticiens toutes spécialités chirurgicales confondues, orthopédie, urologie, gynécologie-obstétrique et ophtalmologie comprises. Au 1er janvier 2025, la DREES recensait 237 200 médecins en activité en France, toutes spécialités réunies.
Le recrutement hospitalier reste tendu. Sur environ 10 000 postes de praticien hospitalier ouverts lors d’un même tour de recrutement en 2026, un peu plus de 3 000 candidatures seulement ont été déposées, soit près de 6 000 postes durablement vacants, selon le Centre national de gestion cité par Le Quotidien du médecin. Les CHU restent attractifs, tandis que de nombreux établissements périphériques peinent à recruter.
Cette tension s’explique aussi par le renouvellement des générations : selon l’Atlas de la démographie médicale 2025 du Conseil national de l’Ordre, 23,1 % des spécialistes chirurgicaux en exercice détiennent un diplôme obtenu à l’étranger. L’enquête Besoins en main-d’œuvre de France Travail, qui interroge les employeurs sur leurs intentions de recrutement, ne détaille pas ce métier précis, dont le recrutement passe surtout par les tours du Centre national de gestion et les offres directes des établissements.
Évolutions de carrière
À la sortie de l’internat, plusieurs voies s’ouvrent avant, ou en dehors, du titre de praticien hospitalier titulaire.
| Évolution | Voie d’accès | Ce que cela change |
|---|---|---|
| Chef de clinique-assistant | Poste hospitalo-universitaire de 2 à 4 ans après l’internat | Combine soin, enseignement et début de recherche |
| Assistant des hôpitaux | Contrat de 2 à 6 ans, hors filière universitaire | Consolide l’expérience avant un poste de titulaire |
| Praticien hospitalier titulaire | Inscription sur la liste d’aptitude du Centre national de gestion | Statut protégé, grille nationale à 13 échelons |
| Professeur des universités-praticien hospitalier | Qualification par le Conseil national des universités puis concours | Carrière hospitalo-universitaire, direction de service possible |
| Installation en libéral | Cabinet ou association en clinique privée | Rémunération liée au volume d’actes et au secteur d’honoraires |
La spécialisation continue après le DES : les formations spécialisées transversales permettent d’approfondir un geste ou une technique, comme la chirurgie robotique ou la cancérologie, sans repartir sur un internat complet. L’encadrement mène à la chef ou au chef de service, nommé par le directeur sur proposition de la commission médicale d’établissement, puis à la direction d’un pôle.
Métiers proches
Ces métiers médicaux partagent le bloc opératoire, l’imagerie ou le suivi des patients avec le chirurgien, avec des formations et des responsabilités différentes.
Ce qu’implique la responsabilité chirurgicale
Chaque médecin doit souscrire une assurance de responsabilité civile professionnelle, obligation posée par l’article L.1142-2 du Code de la santé publique. Contrairement à d’autres professions de santé, dont les assureurs publient un tarif fixe, comme MACSF pour les infirmiers, les spécialités chirurgicales font l’objet d’une tarification individualisée : le risque, et donc la prime, varie fortement selon la spécialité et le volume d’actes.
En cas d’aléa thérapeutique, c’est-à-dire un accident médical grave survenu sans faute démontrée, l’indemnisation du patient relève de l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux (ONIAM), et non de l’assurance personnelle du chirurgien. Cette distinction pèse dans le choix d’un exercice : elle explique pourquoi le consentement éclairé, documenté avant chaque intervention, protège autant le patient que le praticien en cas de litige.
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