Marin : missions, formation à l’Ensm et salaire en 2026

Sur un porte-conteneurs qui traverse l’Atlantique ou sur un ferry qui enchaîne les traversées, le marin assure la navigation, la sécurité et l’entretien du navire par quarts de jour et de nuit. Matelot ou officier, au pont ou à la machine, il embarque pour des semaines, parfois des mois, loin de son port d’attache. L’accès va du certificat de matelot pont au diplôme d’officier de l’École nationale supérieure maritime.

AccèsCAP maritimeà Bac + 3 pour officier
Formation6 mois à 3 anscertificat matelot pont, ENSM pour officier
Salaire débutant1 867 à 2 746 € brutSMIC matelot, officier long cours
Où travaillerCargos, ferriespaquebots, remorqueurs

Ce que fait un marin

Le marin assure la conduite, la sécurité et l’entretien d’un navire de commerce : porte-conteneurs, pétrolier, ferry ou paquebot de croisière. Le Code des transports distingue deux départements à bord. Le pont regroupe le matelot, le maître d’équipage et les officiers chargés de la navigation, des manœuvres et du chargement. La machine regroupe le matelot machine, les mécaniciens et le chef mécanicien, responsables de la propulsion, des groupes électrogènes et des installations techniques.

Au pont, la journée s’organise en quarts de veille, souvent de quatre heures, de jour comme de nuit. Le matelot surveille la route, participe aux manœuvres d’accostage et d’appareillage, prépare ancres et aussières, et assure le nettoyage et l’entretien du pont. L’officier de quart, lui, répond de la sécurité de la navigation pendant son quart et alerte le capitaine en cas de danger.

À la machine, le travail suit la même logique de quart, mais dans la salle des machines : surveillance des paramètres moteur, maintenance préventive, réparations en mer quand une avarie survient. Sur les paquebots et les grands ferries, un service hôtelier distinct accueille et sert les passagers ; ce n’est pas le rôle du marin au sens strict, mais celui du personnel de restauration et de cabine à bord.

Le rythme d’embarquement varie selon l’armateur et le type de navire : quelques jours sur un ferry transmanche, plusieurs semaines sur un porte-conteneurs long cours, parfois quatre mois sur certains caboteurs internationaux, suivis d’une période de congé à terre de durée comparable.

Le marin ne se confond pas avec le marin-pêcheur, qui capture le poisson et relève de la pêche professionnelle. Les deux cotisent au même régime social, l’Enim, mais les navires, les employeurs et le rythme de vie à bord diffèrent nettement.

Les compétences attendues

La formation de base à la sécurité, obligatoire selon la convention STCW de l’Organisation maritime internationale, couvre la lutte contre l’incendie, les techniques de survie, les premiers secours et la sécurité individuelle à bord. Elle se renouvelle périodiquement et conditionne l’embarquement, quel que soit le poste visé.

Le marin lit une carte marine, utilise le GPS, le radar et l’AIS, et comprend les règles internationales de prévention des abordages. L’anglais maritime, normalisé par les phrases types de communication maritime de l’OMI, sert à communiquer avec les autres navires, les ports et un équipage souvent multinational.

La vie à bord demande aussi une bonne résistance à l’éloignement et à la vie en collectivité pendant des semaines. Le respect strict des procédures, imposé par le code ISM de gestion de la sécurité et par la réglementation Marpol sur la pollution, pèse autant que la technique : une erreur de manœuvre ou un rejet interdit expose le navire et l’armateur à de lourdes sanctions.

Devenir marin

Deux filières mènent au métier, selon le niveau visé. La première, celle du matelot, s’ouvre dès le CAP maritime ou par un stage de formation de matelot pont en centre agréé, après une visite d’aptitude médicale auprès du service de santé des gens de mer. La seconde, celle de l’officier, passe par l’École nationale supérieure maritime (Ensm), implantée au Havre, à Saint-Malo, à Nantes et à Marseille.

  1. Passer la visite médicale des gens de merObligatoire avant toute formation maritime, auprès d’un médecin agréé.
  2. Choisir sa filièreCertificat de matelot pont en centre de formation, ou candidature sur Parcoursup pour l’Ensm après le bac.
  3. Suivre la formationQuelques mois pour le certificat de matelot pont, trois ans pour le diplôme d’officier chef de quart (pont ou machine), grade licence.
  4. Embarquer et accumuler du temps de navigationChaque brevet supérieur exige un nombre de mois de mer validés, en plus d’un examen ou d’une formation complémentaire.

La filière d’officier se double d’un cursus ingénieur en génie maritime, en cinq ans, accrédité par la Commission des titres d’ingénieur depuis septembre 2024, accessible après une classe préparatoire ou en apprentissage. L’Ensm vise 446 diplômés par an en 2027, contre 222 en 2021, pour répondre aux besoins de la flotte française.

En reconversion, le certificat de matelot pont reste accessible en formation continue, parfois financé par un contrat de professionnalisation ou par le compte personnel de formation, avec 150 € de participation obligatoire en 2026. L’accès direct à la filière officier par la validation des acquis de l’expérience n’est pas établi : la voie la plus documentée reste la formation initiale ou continue à l’Ensm.

Où travailler et dans quelles conditions

Le marin est salarié d’un armateur par un contrat d’engagement maritime écrit. En France, CMA CGM domine le transport de marchandises, devant des compagnies comme Marfret ; Brittany Ferries, Corsica Linea et DFDS arment des ferries, et des compagnies comme Ponant ou MSC Croisières exploitent des paquebots. CMA CGM a annoncé en novembre 2025 porter sa flotte sous pavillon français à 40 navires, contre 30 auparavant.

Les navires armés en France sous le registre international français (Rif) doivent compter au moins 25 % de marins ressortissants de l’Union européenne, taux porté à 35 % pour les navires bénéficiant d’un dispositif d’aide à l’investissement. Le Rif ouvre droit à la couverture sociale de l’Enim et à la validation du temps de mer pour les brevets STCW.

Les officiers relèvent de la convention collective nationale des personnels navigants officiers des entreprises de transport et de services maritimes (IDCC 3223) ; une convention distincte couvre le personnel navigant d’exécution (IDCC 5521). Pour vérifier la convention d’un employeur, utilisez notre moteur de recherche des conventions collectives.

Ce qui plaît

  • Le voyage et des escales dans des ports du monde entier.
  • Une progression rapide par les brevets, de matelot à capitaine.
  • Des périodes de congé aussi longues que l’embarquement, selon le navire.

Ce qui pèse

  • L’éloignement familial pendant des semaines ou des mois.
  • La vie en collectivité dans un espace restreint, sans échappatoire.
  • La responsabilité de la sécurité, encadrée par des textes stricts.

Combien gagne un marin

Le matelot débutant perçoit au moins le Smic, soit 1 867,02 € brut par mois depuis le 1er juin 2026, en l’absence de grille officielle publique pour le personnel non officier. L’officier débutant, classé chef de quart pont ou machine, touche au moins 2 746 € brut par mois en long cours selon la grille 2023 de la convention des officiers, revalorisée depuis par deux avenants. Un capitaine ou un chef mécanicien sur un grand navire dépasse 5 000 € brut mensuel minimum conventionnel.

1 867 €brut mensuel minimum, Smic, matelot débutant
2 746 €brut mensuel minimum conventionnel, officier débutant en long cours
5 003 €brut mensuel minimum conventionnel, capitaine d’un grand navire en long cours

Salaire marin en 2026Grille des officiers, salaires forfaitaires Enim, net et fiscalité du marin.Voir les salaires

Emploi et débouchés

L’Ensm formait environ 340 élèves par promotion en 2026, contre 220 en 2020, avec un objectif de 446 diplômés par an en 2027 pour combler les besoins de la flotte de commerce française. Le ministère chargé de la Mer en fait une priorité du contrat d’objectifs et de performance 2023-2027 de l’école.

La flotte de commerce sous pavillon français reste réduite face à la flotte mondiale des grands armateurs. CMA CGM, qui exploite plus de 650 navires dans le monde, n’en immatricule qu’une petite part en France, d’où l’effort de pavillon annoncé fin 2025, qui doit porter sa flotte sous pavillon français de 30 à 40 navires. Les tensions de recrutement portent surtout sur les officiers qualifiés et sur certains postes de spécialistes, selon les réponses du gouvernement à des questions parlementaires.

L’Enim comptait 37 804 marins actifs sur l’ensemble de l’année 2023, toutes activités maritimes confondues (commerce, pêche, plaisance, cultures marines), selon son rapport d’activité, dont le détail par activité n’a pas pu être lu directement. Aucune statistique publique ne permet d’isoler la seule part du commerce et de la croisière : ce chiffre n’est donc pas établi ici.

Évolutions de carrière

Au pont, le matelot devient maître d’équipage (bosco) avec l’expérience, puis peut viser un brevet d’officier par la filière professionnelle de l’Ensm, ouverte à certains profils expérimentés en complément de la voie post-bac classique. L’officier progresse ensuite de lieutenant à second capitaine, puis capitaine, chaque échelon exigeant des mois de navigation validés et un brevet supérieur.

À la machine, la progression va du matelot machine aux brevets de mécanicien, jusqu’au second puis au chef mécanicien. Les deux filières, pont et machine, convergent parfois vers des fonctions à terre : pilotage portuaire, inspection de la sécurité des navires, enseignement dans un lycée maritime ou à l’Ensm, ou postes d’exploitation chez un armateur.

Métiers proches

Ces métiers partagent la mer, le statut Enim ou la vie à bord, avec des univers et des formations différents.

Ce que la fiche de paie ne dit pas

Deux marins au même poste, sur deux navires différents, peuvent toucher le même brut et repartir avec un net très différent. Un marin français embarqué plus de 183 jours sur douze mois consécutifs à bord d’un navire du registre international français, armé commercialement par un employeur établi en France, est exonéré d’impôt sur le revenu sur ce salaire, en application de l’article 81 A du Code général des impôts.

Ce mécanisme, pensé pour soutenir le pavillon français, pèse souvent plus sur le revenu réel que l’écart entre deux grilles conventionnelles. Avant de comparer deux offres sur le seul brut affiché, vérifiez le pavillon du navire et le nombre de jours de mer prévus sur l’année : notre page salaire détaille ce calcul.

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