Infirmier scolaire : missions, concours et débouchés

À l’infirmerie du collège, la sonnerie de 10 heures amène son flot habituel : une cheville tordue au gymnase, un élève diabétique venu faire son contrôle de glycémie, une collégienne en larmes qui veut juste parler. L’infirmier scolaire soigne, écoute et oriente, seul professionnel de santé présent à demeure dans l’établissement. Voici comment on devient infirmier de l’Éducation nationale, où l’on exerce et ce que l’on gagne.

AccèsBac + 3diplôme d’État infirmier, puis concours
Formation3 ans + concoursDE infirmier, puis concours sur titre de l’Éducation nationale
Salaire débutant2 186 € brutindice 395 et complément de traitement indiciaire, hors primes
Où travaillerCollège, lycéeparfois école primaire, rarement université

Ce que fait un infirmier scolaire

Le métier est cadré par la circulaire n° 2015-119 du 10 novembre 2015, qui confie à l’infirmier de l’Éducation nationale la mise en œuvre de la politique de santé en faveur des élèves, sous l’autorité du chef d’établissement. Il assure l’accueil et l’écoute de tout élève, quel que soit le motif, et participe aux bilans de santé prévus au cours de la scolarité.

Dans un collège ou un lycée, la journée mêle les petits bobos de la récréation, les crises d’angoisse avant un contrôle et le suivi des élèves atteints d’une maladie chronique : asthme, diabète, épilepsie, allergie alimentaire. L’infirmier est seul professionnel de santé présent à demeure : il évalue seul la situation, sans médecin sur place, et décide s’il faut rassurer, soigner ou appeler les secours.

Au-delà du soin, il anime des actions d’éducation à la santé, sur la sexualité, les addictions, l’alimentation ou le sommeil, souvent avec les enseignants et le conseiller principal d’éducation. La visite médicale obligatoire reste de la responsabilité du médecin de l’Éducation nationale, un métier distinct qui exige le diplôme d’État de médecin, pas celui d’infirmier.

Le diplôme de base est le même que celui de l’infirmier hospitalier, mais l’employeur, le statut et l’exercice diffèrent entièrement : pas de nuit, pas de dimanche, pas de prescription médicale à exécuter sur plusieurs patients à la fois, et un public presque toujours mineur.

Les compétences attendues

La compétence centrale reste l’autonomie clinique. Face à une chute, une crise d’épilepsie ou une tentative de suicide évoquée par un élève, l’infirmier évalue seul la situation et décide d’alerter ou non les secours, la famille ou le rectorat, sans médecin à qui se référer dans l’instant.

Vient ensuite l’écoute, en particulier auprès des adolescents, qui se confient souvent plus facilement à l’infirmerie qu’ailleurs dans l’établissement. Le secret professionnel encadre strictement ce qui peut être rapporté aux enseignants ou aux parents, ce qui suppose du jugement autant que de la rigueur.

L’organisation compte aussi : tenir le dossier médical de chaque élève, suivre les projets d’accueil individualisé (PAI) des élèves à besoins particuliers, et rédiger les comptes rendus demandés par l’académie. Détecter une situation à risque, trouble du comportement alimentaire ou dénutrition par exemple, et orienter vers le bon interlocuteur fait partie du métier au quotidien.

Devenir infirmier scolaire

Une seule voie mène au poste de titulaire : être déjà diplômé d’État infirmier, une formation détaillée dans notre fiche infirmier, puis réussir le concours national de recrutement des infirmiers de l’Éducation nationale et de l’enseignement supérieur. Ce corps, classé en catégorie A, a été créé par le décret n° 2012-762 du 9 mai 2012, dans la foulée de la réforme qui a fait de ce diplôme un grade de licence.

  1. Obtenir le diplôme d’État d’infirmierGrade licence ; voir notre fiche infirmier pour le détail des trois années de formation.
  2. S’inscrire au concoursAuprès de l’académie choisie, ou du service interacadémique des examens et concours pour Créteil, Paris et Versailles.
  3. Constituer un dossier de candidatureDiplômes et curriculum vitæ détaillé, déposés sur la plateforme Cyclades : le concours se joue sur titre, sans épreuve écrite ni orale.
  4. Être affecté comme titulaireDans un collège, un lycée ou, plus rarement, un établissement d’enseignement supérieur de l’académie.

Selon le ministère de l’Éducation nationale, la session 2026 a ouvert 442 postes, avec des inscriptions du 10 février au 12 mars 2026 à midi. Les effectifs du corps remontent depuis 2022, après avoir reculé de 8 535 infirmiers en 2017 à 7 579 en 2021, selon une réponse ministérielle à une question parlementaire.

Un infirmier hospitalier qui souhaite rejoindre l’Éducation nationale doit, lui aussi, passer ce concours : son expérience compte dans le dossier, mais ne dispense pas de la sélection sur titre. Les contractuels recrutés directement par les rectorats, quand un poste de titulaire reste vacant, n’ont pas besoin du concours mais doivent détenir le même diplôme d’État.

Où travailler et dans quelles conditions

L’exercice se fait presque toujours en collège ou en lycée, parfois dans une école primaire en zone rurale ou en éducation prioritaire, où l’infirmier partage son temps entre plusieurs établissements. Le même corps couvre aussi, plus rarement, les services de santé étudiante des universités.

Les horaires suivent le rythme scolaire : journée, pas de nuit, pas de dimanche, et les vacances scolaires complètes, ce qui distingue nettement ce poste de l’exercice hospitalier ou même de l’exercice libéral.

Ce qui plaît

  • Des horaires de jour et les vacances scolaires.
  • La stabilité du statut de fonctionnaire.
  • Une relation suivie avec les mêmes élèves sur plusieurs années.
  • Un rôle de prévention reconnu, pas seulement curatif.

Ce qui pèse

  • L’isolement professionnel : un seul soignant par établissement.
  • La responsabilité des urgences sans médecin sur place.
  • Des affectations parfois multi-établissements ou éloignées en début de carrière.
  • Peu de passerelles rapides vers l’hôpital sans repasser un concours.

Combien gagne un infirmier scolaire

Au premier échelon, un infirmier de l’Éducation nationale touche 1 944,50 € brut par mois, auquel s’ajoute depuis le 1er mai 2024 le complément de traitement indiciaire (CTI) issu du Ségur de la santé, 241,22 € bruts, soit 2 185,72 € brut avant toute autre prime. C’est exactement le montant que touche un infirmier hospitalier débutant au même échelon.

2 186 €brut mensuel au premier échelon, CTI compris, en 2026
442postes ouverts au concours national en 2026
7 579infirmiers de l’Éducation nationale en poste en 2021

Salaire infirmier scolaire en 2026Grille indiciaire, complément de traitement indiciaire, primes et calcul du net.Voir les salaires

Emploi et débouchés

Le corps comptait 7 579 infirmiers en 2021 contre 8 535 en 2017, une baisse que le ministère attribue en partie à des départs non remplacés, selon une réponse à une question parlementaire. Depuis 2022, le nombre de postes ouverts au concours progresse chaque année : plus de 400 postes ont été proposés en 2024, en 2025 et en 2026, un rythme présenté par le ministère comme un effort de rattrapage.

Les organisations syndicales du secteur, dont le SNICS, décrivent de longue date un nombre d’élèves par infirmier très supérieur aux recommandations, en particulier dans les lycées professionnels et en zone rurale. Aucune statistique nationale publique et datée sur ce ratio n’a été retrouvée : ce chiffre n’est donc pas établi ici.

Évolutions de carrière

À l’intérieur du corps, le passage au second grade, dit hors classe, se fait par tableau d’avancement après plusieurs années au premier grade, sans concours supplémentaire. Il porte l’indice majoré jusqu’à 727, contre 678 au sommet du premier grade.

Certains infirmiers deviennent conseiller technique, auprès du recteur d’académie ou de l’IA-DASEN au niveau départemental. Ce poste coordonne la politique de santé scolaire du territoire et encadre l’équipe des infirmiers, selon les fiches de poste publiées par Choisir le service public. D’autres rejoignent les services de santé étudiante d’une université, sans changer de corps, ou deviennent formateurs en institut de formation en soins infirmiers.

Métiers proches

Ces métiers partagent le soin ou l’accompagnement des publics fragiles, avec des employeurs et des statuts différents.

Le rattrapage de 2024 avec l’hôpital

Pendant quatre ans, un même diplôme d’État a mené à deux traitements différents. Les infirmiers hospitaliers ont touché le complément de traitement indiciaire du Ségur de la santé dès 2020, tandis que leurs collègues de l’Éducation nationale en étaient exclus, le texte initial le réservant à la fonction publique hospitalière.

Le décret n° 2024-291 du 30 mars 2024 a mis fin à cet écart, sous la pression de syndicats comme le SNICS, en étendant le complément de traitement indiciaire au corps des infirmiers de l’Éducation nationale et de l’enseignement supérieur à compter du 1er mai 2024. L’écart ne disparaît pas entièrement : les primes propres aux conditions hospitalières, nuits et dimanches travaillés, restent hors de portée d’un métier qui s’exerce uniquement en journée et pendant l’année scolaire.

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