Chargé de production : missions, formations, salaire et débouchés
Jeudi, huit heures : la comédienne est bloquée à Lyon, le loueur de matériel a augmenté son devis et la mairie n’a pas rendu l’autorisation de tournage. Le chargé de production reprend le plan de travail, renégocie, prévient l’équipe et protège le budget. Ce métier de l’ombre s’apprend du bac + 2 au bac + 5 et s’exerce le plus souvent en CDD d’usage, projet après projet.

Ce que fait un chargé de production
Le chargé de production prépare et suit la fabrication d’un film, d’une série, d’un documentaire, d’une émission ou d’un spectacle. Le répertoire de la branche audiovisuelle le range parmi les métiers associés du responsable de production, aux côtés du directeur de production, de l’administrateur et du responsable du planning. Il travaille en général sous l’autorité du directeur de production ou du producteur, qui garde la responsabilité globale du projet : c’est d’ailleurs ce que précise la grille de salaires de la branche, dont la ligne « chargé de production » exclut la responsabilité globale de la production.
En préparation, il analyse le scénario ou le programme, en déduit les besoins (équipe, décors, matériel, lieux, durée de tournage) et chiffre un devis. Il fait des repérages, demande les autorisations de tournage, négocie avec les loueurs et les prestataires, recrute les techniciens et rédige leurs contrats. Le plan de travail, qui répartit les jours de tournage, est construit avec le régisseur et le réalisateur.
Pendant le tournage, il tient le budget au jour le jour. Une journée qui déborde, un décor indisponible ou un comédien malade obligent à déplacer des scènes, donc des équipes et des locations. Il valide les dépenses, suit les factures et alerte le producteur quand une ligne dérive. En fin de projet, il clôt les comptes, vérifie les droits et prépare les pièces demandées par les financeurs, notamment le Centre national du cinéma et de l’image animée pour les projets aidés.
Un titre, plusieurs métiers : ce que cette fiche traite
« Chargé de production » désigne des postes très différents selon le secteur. Cette fiche traite le poste de production audiovisuelle, cinématographique et de spectacle, celui que décrit la fiche ROME L1302 de France Travail. Trois voisins portent le même titre ou presque, sans faire le même travail.
- En agence de communication ou de publicité, un chargé de production fabrique des supports pour un annonceur : films publicitaires, imprimés, objets. Il fait le lien entre l’agence, le client et les fournisseurs. La convention de la publicité (IDCC 86) couvre une partie de ces agences, selon leur activité.
- En industrie, le titre désigne un poste de planification et de suivi de fabrication en usine. Le métier de directeur de production en industrie a sa propre fiche.
- Dans le tourisme, le « chargé de production » ou forfaitiste assemble les voyages d’un voyagiste : transport, hébergement, prestations. Michael Page lui donne une ligne propre dans son étude 2026.
Deux autres métiers se confondent souvent avec lui. Le régisseur général gère la logistique concrète d’un tournage ou d’un spectacle, sur le terrain. Le chef de projet événementiel conçoit et livre un événement pour un client, sans passer par la fabrication d’une œuvre. Le producteur, lui, cherche les financements et porte le risque : le chargé de production travaille pour lui.
Les compétences attendues
Le cœur du métier est la gestion. Le chargé de production lit un devis poste par poste, compare des offres de loueurs, comprend un contrat de travail et sait dire si un dépassement est rattrapable. La fiche du BTS Métiers de l’audiovisuel option gestion de la production parle de mise en œuvre et de suivi administratif, juridique et financier d’un projet, avec ses ressources matérielles, humaines et financières.
Le droit du travail spécifique au secteur compte autant : contrats de CDD d’usage, durées de travail des techniciens, droits d’auteur et droits musicaux. Il faut aussi maîtriser l’anglais pour les coproductions, et les tableurs de budget ou de planning.
Le reste relève du tempérament : garder son calme quand un plan de travail s’effondre, négocier sans braquer, tenir un cap alors que les demandes des départements se contredisent. Le référentiel ROME cite le management d’équipe, la coordination logistique et la négociation avec les partenaires.
Devenir chargé de production
Aucun diplôme n’est exigé par la loi. Le ROME indique un accès de bac + 2 à bac + 5 en production audiovisuelle ou en gestion culturelle, et par l’expérience dans le cinéma ou la télévision. En pratique, beaucoup débutent comme assistant de production ou secrétaire de production.
- Bac + 2 : BTS Métiers de l’audiovisuel option gestion de la productionFiche RNCP37019, niveau 5, enregistrée du 1er septembre 2022 au 31 août 2027. Elle vise les emplois d’assistant de production, d’attaché de production et de régisseur, avec le chargé de production en évolution.
- Bac + 3 : licence professionnelle Gestion de la production audiovisuelleUn an en alternance après un bac + 2, chez Gobelins avec l’université Gustave Eiffel. Fiche RNCP40183, niveau 6, valable jusqu’au 31 décembre 2029.
- Bac + 5 : grade de master ou La FémisLe grade de master Production audiovisuelle de l’INA dure deux ans après un bac + 3. Le département production de La Fémis dure quatre ans, sur concours.
Le BTS est une formation orientée gestion : selon le lycée des Arènes de Toulouse, c’est l’option la moins scientifique des cinq BTS audiovisuels, où dominent économie, gestion et anglais. La licence de Gobelins est gratuite pour l’apprenti, se prépare de 16 à 29 ans avec un bac + 2 minimum, et annonce 78 % d’emploi sept mois après le diplôme (chiffre de l’école, non audité).
L’INA demande un bac + 3 dans n’importe quel domaine et un anglais de niveau B1 ; la première année coûte 1 829 €, la seconde est en alternance. La Fémis recrute par concours, avec deux années d’études supérieures minimum et moins de 27 ans au 1er janvier 2026 pour le concours de cette année ; les inscriptions 2027 courent du 8 décembre 2026 au 8 janvier 2027.
Titres privés : vérifiez la fiche RNCP
Certaines écoles vendent un titre « chargé de production ». Celui de 3IS SUP (RNCP34708, niveau 6) est inactif depuis le 29 juin 2025 selon France compétences, qui le dit remplacé par la fiche RNCP41113. Avant de payer une formation, contrôlez que la fiche est active.
En reconversion, le plus court est le BTS ou la licence professionnelle en alternance, ouverts aux adultes par l’alternance et la formation continue. La fiche du BTS accepte aussi la validation des acquis de l’expérience. Le compte personnel de formation finance une certification enregistrée, avec une participation de 150 € en 2026. Le ROME admet l’accès par l’expérience, sans diplôme particulier : un poste d’assistant de production est une porte d’entrée.
Où travailler et dans quelles conditions
Le ROME cite pour ce poste les sociétés de production audiovisuelle et les institutions culturelles. On le trouve aussi chez les chaînes de télévision, les prestataires de post-production, les producteurs de spectacle vivant et les festivals. Les statuts se répartissent entre CDI, CDD et contrat intermittent, avec parfois l’exercice en indépendant.
Les horaires suivent le projet. Le ROME relève le travail de nuit, en horaires décalés, le week-end et un rythme irrégulier avec des pics d’activité, ainsi que des déplacements en extérieur, en studio et parfois à l’international. Un tournage de trois semaines occupe presque tous les jours, une période de préparation ou de clôture est plus calme.
Ce qui plaît
- Voir naître un projet de l’idée à l’écran ou à la scène.
- Une grande variété : chaque production a son équipe et ses défis.
- Des responsabilités rapides pour qui montre sa fiabilité.
Ce qui pèse
- Des horaires débordants en tournage : nuits et week-ends.
- L’irrégularité : les contrats se terminent avec le projet.
- La pression du budget, que le chargé de production défend seul face aux imprévus.
Combien gagne un chargé de production
La branche de la production audiovisuelle fixe des minima, et la fiche de paie indique la convention appliquée. Dans la grille de l’Union syndicale de la production audiovisuelle, le chargé de production est classé en filière production, niveau II. Le détail, avec le cinéma, le spectacle vivant et le brut-net, est sur la page consacrée aux salaires.
Ces valeurs viennent de la grille de l’USPA et de l’avenant salaires du spectacle vivant privé applicable au 1er septembre 2025. Ce sont des minima : la paie réelle dépend de la production et n’a pas de statistique publique fiable.
Emploi et débouchés
Le métier n’a pas de chiffre d’effectif national publié : aucune source lue ne compte les chargés de production. L’activité qui les emploie se mesure. En 2025, le CNC a agréé 290 films, dont 228 d’initiative française, contre 309 films l’année précédente, pour 1,37 milliard d’euros d’investissements.
L’audiovisuel aidé recule aussi : le CNC a soutenu 4 157 heures de programmes en 2025, soit 4,3 % de moins qu’en 2024, pour un total de devis de 1,9 milliard d’euros (moins 7,5 %). La fiction reste stable à 1 135 heures, le documentaire baisse de 9,4 %.
Côté recrutement, l’enquête de l’Afdas de janvier 2026 auprès de 9 380 entreprises de la culture, des médias et de la communication indique qu’un répondant sur trois prévoit d’embaucher en 2026, contre 51 % en 2024, et que 41 % des recrutements sont jugés difficiles. Le chiffre est large, il ne concerne pas que la production audiovisuelle.
Évolutions de carrière
La progression se lit dans la grille de la branche : assistant de production, chargé de production, puis directeur de production, qui a la responsabilité globale. Le BTS cite aussi le régisseur général comme évolution. Un chargé de production peut passer à l’administration de production, plus juridique et financière, ou à la post-production.
Certains créent leur société pour devenir producteur : c’est un autre métier, où l’on porte le risque financier et où l’on cherche les financements. D’autres passent du côté du spectacle vivant, de l’événementiel ou de la communication, où la gestion de projets est recherchée.
Métiers proches
Ces fiches couvrent la mise en scène, la logistique de plateau et l’événementiel, autour du même type de projets.
Trois questions à poser avant de signer
Le contrat de chargé de production varie beaucoup, et trois questions évitent les mauvaises surprises. La première : quelle convention s’applique ? Production audiovisuelle (IDCC 2642), cinéma (IDCC 3097), spectacle vivant privé (IDCC 3090) ou publicité (IDCC 86) donnent des minima et des durées de travail différents. Notre outil pour trouver sa convention collective retrouve le numéro à partir du nom de l’employeur.
La deuxième : quel contrat, pour combien de temps ? Un CDD d’usage se paie au jour ou à la semaine avec un barème plus élevé qu’un CDI, mais s’arrête avec le projet. L’assurance chômage des intermittents demande 507 heures selon les annexes 8 et 10. La troisième : qui porte la responsabilité globale ? Si personne ne l’assume au-dessus de vous, le poste est celui d’un directeur de production, payé comme tel.
Sommaire
- Ce que fait un chargé de production
- Un titre, plusieurs métiers : ce que cette fiche traite
- Les compétences attendues
- Devenir chargé de production
- Où travailler et dans quelles conditions
- Combien gagne un chargé de production
- Emploi et débouchés
- Évolutions de carrière
- Métiers proches
- Trois questions à poser avant de signer
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