Sellier : missions, formation et salaire en 2026
Dans l’atelier d’une manufacture de selles ou à son compte, le sellier façonne et répare l’équipement en cuir du cheval : selles, harnais, brides, licols. Un métier à ne pas confondre avec le maroquinier, qui travaille le même cuir mais pour les sacs et les ceintures. Le CAP sellier-harnacheur ouvre la porte à des manufactures françaises reconnues jusque dans la compétition internationale.
Ce que fait un sellier
Le sellier fabrique, répare et ajuste les équipements en cuir du cheval et du cavalier : selles, harnais, brides, licols, sangles et protections. La fiche ROME B1809 de France Travail le décrit comme un artisan de précision qui conseille le client sur les matériaux, sélectionne et découpe le cuir, puis assemble et finit chaque pièce. Le métier porte plusieurs noms : sellier-harnacheur pour l’équipement complet du cheval, bourrelier dans son appellation la plus ancienne, sellier-maroquinier quand l’atelier mêle sellerie et petite maroquinerie.
La fabrication d’une selle commence par la prise de mesures, sur le dos du cheval autant que sur le gabarit du cavalier : une selle mal ajustée blesse l’animal et déséquilibre le cavalier, ce qui fait de cet ajustement un enjeu de sécurité autant que de confort. Vient ensuite la découpe d’un cuir épais, souvent tanné en France ou au Portugal, l’assemblage de l’arçon (la structure rigide de la selle) et des quartiers, puis la couture à la main au point sellier, un point croisé à deux aiguilles qui tient même si un fil casse. La réparation occupe une bonne partie de l’activité d’un atelier indépendant : recoudre une sangle, refaire un passant, changer une boucle.
Le mot « sellier » recouvre des métiers qu’il vaut mieux distinguer avant de choisir une formation.
| Métier | Ce qu’il fait | Diplôme d’entrée |
|---|---|---|
| Sellier (harnacheur) | Fabrique et répare selles, harnais et brides pour le cheval | CAP Sellier-harnacheur |
| Maroquinier | Fabrique sacs, ceintures et petite maroquinerie en cuir | CAP Maroquinerie |
| Sellier-garnisseur | Garnit sièges et habillages intérieurs de véhicules | CAP Sellerie générale |
| Tapissier d’ameublement | Garnit sièges et canapés de la maison, pas les chevaux ni les véhicules | CAP Tapisserie d’ameublement |
La fiche maroquinier de ce site le signale elle-même : le sellier-harnacheur relève d’un code ROME distinct, le B1809, centré sur l’équipement du cheval plutôt que sur le sac ou la ceinture. Les deux métiers partagent le geste et le matériau, rarement le client final.
Les compétences attendues
La dextérité vient en premier, comme pour tous les métiers du cuir : le ROME cite un travail de précision qui demande le sens de la minutie. Le point sellier se coud à la main, aiguille après aiguille, sur des cuirs épais de plusieurs millimètres qui ne pardonnent pas une couture ratée.
Connaître l’anatomie du cheval compte autant que connaître le cuir. Un sellier ajuste une selle à la morphologie d’un dos qui change avec le travail, l’âge ou la musculature de l’animal : il doit repérer un garrot saillant, une asymétrie, un point de pression, avant qu’ils ne deviennent une blessure. Cette lecture du corps du cheval distingue le sellier du maroquinier, qui n’a pas ce client-là à satisfaire en plus de l’humain.
Le relationnel avec le cavalier fait aussi le métier. Beaucoup de selliers reçoivent leurs clients en rendez-vous, discutent de la discipline pratiquée (obstacle, dressage, randonnée), ajustent un modèle existant avant d’en proposer un neuf. L’entretien des outils, couteaux à parer, poinçons, machine à coudre le cuir, et le respect des règles de sécurité en atelier complètent les compétences listées par la fiche ROME.
Devenir sellier
La seule certification nationale active en 2026 est le CAP Sellier-harnacheur, enregistré au RNCP sous le numéro RNCP37905, de niveau 3, actif jusqu’au 31 août 2028. Créé par un arrêté du 15 juillet 1981 et reconstruit par un arrêté du 29 avril 2014, il forme à la fabrication, la réparation, la transformation et la vente d’articles de sellerie-harnachement, à l’unité ou en petite série, avec douze semaines de formation en milieu professionnel.
Deux autres certifications ont existé pour ce métier, et aucune n’est active aujourd’hui. Le titre professionnel de sellier harnacheur (RNCP34737, ministère du Travail), destiné aux adultes en reconversion, a expiré le 2 mai 2025 sans être renouvelé. Un diplôme de niveau 4 « Sellier », délivré par l’Institut français du cheval et de l’équitation (IFCE) lui-même, a expiré le 7 août 2022, sans remplacement trouvé dans les sources consultées. En reconversion, le CAP reste donc la seule voie certifiante reconnue, même si des ateliers forment aussi hors diplôme, par transmission directe.
- Choisir sa voie d’entréeCAP Sellier-harnacheur en lycée professionnel ou en CFA après la troisième, ou en un an en centre pour adultes.
- Se former en atelierDouze semaines de stage minimum, souvent complétées par une alternance plus longue selon le centre.
- Passer l’examen ou la VAEÉpreuves de l’Éducation nationale, ou validation des acquis pour qui pratique déjà la couture du cuir.
- Entrer en atelier ou se spécialiserManufacture de selles, maison de luxe, artisan indépendant, ou réparation pour écuries et centres équestres.
Certaines manufactures forment en interne leurs meilleurs profils. Selon un portrait de l’Onisep relayé par les moteurs de recherche (le site de l’Onisep bloque les robots, son contenu n’a pas été lu directement), la maison Hermès emploie une dizaine d’artisans selliers à l’atelier du 24 Faubourg Saint-Honoré, où chaque selle est façonnée par un seul maître sellier en 30 à 35 heures de travail, un atelier complété depuis par un second site en Normandie, à la Maroquinerie de Louviers.
En reconversion, le CAP se finance par le CPF, le projet de transition professionnelle ou une prise en charge de France Travail. La VAE est ouverte à qui a déjà pratiqué la couture du cuir, le travail du harnais ou l’équitation à un niveau professionnel.
Où travailler et dans quelles conditions
Le ROME distingue, comme pour les autres métiers du cuir, le salarié du secteur privé en CDI ou CDD et le travailleur indépendant. Le sellier travaille en atelier, manipule des outils tranchants et des presses, et porte les équipements de protection individuelle adaptés : gants, chaussures de sécurité, protections auditives près des machines à coudre industrielles.
Les manufactures françaises de selles d’équitation emploient la majorité des salariés du métier. Le groupe LIM, basé à Nontron en Dordogne et propriétaire des marques CWD, Devoucoux et Butet, emploierait environ 800 salariés pour plus de 110 millions d’euros de chiffre d’affaires selon un article du Journal des Entreprises (chiffre de presse, non recoupé avec un bilan officiel), contre 455 salariés en 2015 selon un rapport plus ancien. Plus au sud, Antarès Sellier, près de Saintes en Charente-Maritime, emploierait environ 180 salariés selon Businesscoot, chiffre daté du 5 janvier 2024.
Les maisons de luxe gardent aussi un atelier de sellerie : c’est le cas d’Hermès, qui a démarré en 1837 comme atelier de harnais avant de devenir une maison de maroquinerie. En dehors de ces manufactures, le sellier travaille pour une écurie de courses, un centre équestre, un détaillant d’équipement du cheval, ou à son compte, pour la réparation et le sur-mesure auprès des cavaliers de sa région.
Un atelier de sellerie classé au code NAF 1512Z relève, comme la maroquinerie, de la convention collective IDCC 2528. L’indépendant s’immatricule au Registre national des entreprises (RNE), tenu par l’INPI depuis le 1er janvier 2023, qui a remplacé le répertoire des métiers pour les artisans. Vérifiez la convention appliquée par un employeur avec notre moteur de recherche de convention collective.
Ce qui plaît
- Un objet qui protège le cheval et le cavalier, utilisé pendant des années.
- Des manufactures reconnues à l’international, jusque dans la compétition olympique.
- Un savoir-faire rare, qui ouvre au sur-mesure et à l’installation.
- Une clientèle passionnée, souvent fidèle sur plusieurs années.
Ce qui pèse
- Peu de centres de formation en France pour ce CAP spécifique.
- Des outils et matériaux dangereux : couteaux à parer, presses, colles.
- Une responsabilité de sécurité : une selle mal ajustée blesse l’animal et le cavalier.
- Des salaires proches du SMIC à l’entrée de la grille cuir.
Combien gagne un sellier
Un sellier salarié débutant touche le minimum de la grille cuir, au niveau du SMIC. La progression suit ensuite le classement de la convention collective, de l’ouvrier au cadre d’atelier, ou le chiffre d’affaires pour un artisan indépendant, sans aucune statistique officielle de revenu disponible pour ce dernier cas.
Salaire sellier en 2026Grille cuir, artisan indépendant, primes et net.Voir les salaires
Emploi et débouchés
Aucune statistique nationale n’isole les effectifs du sellier-harnacheur. L’Observatoire économique et social du cheval (IFCE-OESC) comptait 31 856 entreprises spécialisées dans la filière équine en France en 2022, dont une catégorie à part de 78 « artisans équestres », sans détail métier par métier dans la source consultée : une proportion infime des entreprises équines, qui donne un repère de rareté plutôt qu’un effectif précis du seul sellier (brève éco de janvier 2026).
Le cheptel national donne la mesure du marché final : la France comptait 995 700 équidés fin 2024 selon l’IFCE-OESC, chacun susceptible de porter une selle ou un harnais à entretenir ou à remplacer. Le portrait de branche de l’Observatoire Compétences Industries de la maroquinerie, daté du 21 septembre 2026, cite le sellier-harnacheur comme un métier associé à la branche, aux côtés du sellier-garnisseur, sans lui donner d’effectif propre.
Aucune enquête Besoins en main-d’œuvre de France Travail ne détaille la sellerie équestre à part : le métier est trop restreint pour apparaître isolément dans les statistiques nationales de recrutement.
Évolutions de carrière
Dans une manufacture, la progression passe par la spécialisation sur une discipline (selle d’obstacle, de dressage, d’endurance) ou un type de pièce (arçon, finition, sur-mesure), puis par des fonctions de formateur ou de chef d’atelier. Les manufactures françaises exportent une grande partie de leur production vers les cavaliers de compétition internationale, ce qui ouvre des postes liés au contrôle qualité ou au service après-vente export.
L’autre voie est l’installation en artisan indépendant, pour la réparation et le sur-mesure auprès des écuries et des cavaliers d’une région, souvent après plusieurs années d’atelier. Quelques selliers se spécialisent dans la restauration de selles et de harnais anciens, pour des musées ou des attelages de collection.
Métiers proches
Le travail du cuir et l’exigence de précision relient le sellier à plusieurs métiers de l’artisanat et de la mode.
Une maison de luxe qui a commencé par le harnais, pas par le sac
Hermès, aujourd’hui une référence mondiale de la maroquinerie de luxe, a ouvert son premier atelier en 1837 pour fabriquer des harnais et des selles, pas des sacs. Le virage vers la maroquinerie de mode n’est venu que plus tard, avec le recul du cheval comme moyen de transport quotidien face à l’automobile, selon la propre histoire de la maison publiée sur hermes.com. Le sellier d’aujourd’hui travaille dans la lignée la plus ancienne d’un geste que la mode a ensuite adapté à d’autres usages, pas l’inverse.
Ce que l’histoire ne change pas, c’est l’étroitesse du marché. À peine une certification nationale subsiste pour ce métier en 2026, et deux autres ont disparu en trois ans sans être remplacées. Se former au CAP Sellier-harnacheur revient donc à entrer dans un métier recherché par des manufactures en croissance, mais à la filière de reconversion formelle réduite à un seul diplôme.
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