Accueillant familial : missions, agrément et rémunération

Dans un pavillon de la Sarthe, une femme de 84 ans a sa propre chambre, prend ses repas avec la famille qui l’héberge et profite du jardin commun. Elle n’est pas en Ehpad : elle vit chez un accueillant familial, agréé par le département pour recevoir chez lui des personnes âgées ou des adultes handicapés qui ne peuvent plus vivre seuls. Voici l’agrément, le quotidien et la rémunération de ce métier.

AccèsSans diplômeagrément du département obligatoire
Formation54 heuresavant et pendant l’agrément
Rémunération débutanteenv. 1 410 € brutpar mois, pour une personne accueillie, hors loyer
Où travaillerÀ votre domicilepour un particulier, un département ou un établissement

Ce que fait un accueillant familial

Le cadre est fixé par l’article L. 441-1 du code de l’action sociale et des familles : il définit l’accueillant familial comme la personne, ou le couple, agréée pour « accueillir habituellement à son domicile, à titre onéreux, des personnes âgées ou handicapées adultes » qui ne sont pas des parents proches. La personne accueillie vit dans le foyer de l’accueillant, partage ses repas et ses pièces communes, sans jamais devenir elle-même employeuse d’un établissement : c’est une alternative à l’Ehpad, financée et organisée autrement.

Le quotidien ressemble à celui d’une famille élargie. L’accueillant prépare les repas, aide à la toilette et aux déplacements si nécessaire, veille à la prise des traitements, accompagne aux rendez-vous médicaux et maintient le lien avec la famille d’origine de la personne accueillie. Chaque accueil suit un contrat type réglementaire et un projet d’accueil personnalisé, qui précisent les tâches, les horaires de présence attendus et les conditions de remplacement en cas d’absence.

Un accueillant peut héberger jusqu’à trois personnes en même temps, ou quatre si une dérogation couvre l’accueil d’un couple. L’accueil peut être permanent, temporaire, séquentiel ou à temps partiel, par exemple pour soulager un aidant familial le week-end. Une variante existe pour les patients suivis en psychiatrie : l’accueil familial thérapeutique, organisé par un établissement de santé qui encadre l’accueillant et assure le suivi médical, prévu par l’article L. 443-10 du même code.

Accueillant familial ou famille d’accueil : deux métiers différents

Le terme « famille d’accueil » désigne dans le langage courant un autre métier, l’assistant familial, qui héberge des enfants placés par l’aide sociale à l’enfance. Statut, agrément et rémunération diffèrent : voir notre fiche assistant familial.

Les compétences attendues

La disponibilité vient en premier : une personne accueillie qui se lève la nuit, qui a besoin d’aide pour s’habiller ou qui s’inquiète seule dans sa chambre ne prévient pas à l’avance. C’est cette charge, variable selon l’état de santé de chacun, que rémunère l’indemnité pour sujétions particulières décrite plus bas.

La formation initiale impose une initiation aux gestes de premiers secours avant tout accueil, utile pour une chute ou un malaise. S’y ajoutent des notions sur le vieillissement, le handicap et l’accompagnement de la fin de vie, qui aident à repérer un changement d’état et à alerter le bon interlocuteur, médecin traitant ou service du département.

L’accueillant gère aussi une relation contractuelle, rare dans ce type de métier : il négocie son contrat d’accueil, suit ses indemnités, déclare ses revenus et reste l’interlocuteur du département pour le renouvellement de son agrément. Une bonne organisation administrative compte autant que les qualités relationnelles, l’écoute et la patience face à la perte d’autonomie ou aux troubles du comportement.

Devenir accueillant familial

Aucun diplôme n’est exigé, mais l’agrément du président du conseil départemental est obligatoire avant tout accueil. Il porte sur la personne ou le couple candidat, pas sur un métier appris en formation initiale : c’est le département qui évalue le logement, la motivation et la capacité à accueillir, lors d’un entretien puis d’une visite à domicile.

  1. Déposer un dossier de demande d’agrémentAvec le formulaire Cerfa n° 17564, auprès du conseil départemental de votre lieu de résidence, par lettre recommandée ou sur place contre récépissé.
  2. Passer l’entretien et la visite à domicileLes services du département vérifient la pièce réservée à la personne accueillie : au moins 9 m², ou 16 m² pour un couple, avec une fenêtre sur l’extérieur et un accès proche à une salle d’eau.
  3. Attendre la décisionDans un délai de quatre mois après réception du dossier complet. Sans réponse du département, l’agrément est considéré comme accordé.
  4. Suivre la formation initiale de 54 heuresDouze heures avant le premier accueil, dans les six mois suivant l’agrément, puis le reste dans les vingt-quatre mois, selon le décret n° 2017-552 du 14 avril 2017.
  5. Renouveler l’agrément tous les cinq ansEn déposant la demande au moins six mois avant son échéance, avec douze heures de formation continue minimum par période d’agrément.

En reconversion, ce métier attire d’anciennes aides-soignantes, aides à domicile ou personnes ayant accompagné un parent âgé, souvent en deuxième partie de carrière, dans un logement assez grand pour accueillir. La formation initiale est en général organisée et prise en charge par le département : il n’existe pas de financement par le compte personnel de formation, puisque l’accueillant n’est pas salarié au sens classique du terme. Les accueillants déjà en activité avant le 1er juillet 2017 restent dispensés de cette formation initiale.

Où travailler et dans quelles conditions

Dans plus de 98 % des cas, l’accueil se fait de gré à gré : la personne accueillie, ou sa famille, signe directement le contrat et devient l’employeur qui verse la rémunération, via le Cesu accueil familial géré par l’Urssaf. Le département reste garant de l’agrément et du suivi, sans être l’employeur.

Une personne morale, publique ou privée, qui gère un établissement pour personnes âgées ou handicapées peut aussi employer des accueillants familiaux, avec l’accord du président du conseil départemental, selon les articles L. 444-1 à L. 444-9 du code de l’action sociale et des familles. Un contrat de travail distinct s’ajoute alors au contrat d’accueil signé avec chaque personne hébergée, mais cette situation reste rare : moins de 2 % des accueillants familiaux ont ce statut salarié.

Ce qui plaît

  • Vivre et travailler chez soi, sans trajet quotidien.
  • Une relation suivie avec une ou plusieurs personnes, loin du rythme d’un établissement.
  • Un accueil choisi : nombre, profil et rythme se négocient dans le contrat.

Ce qui pèse

  • Aucune assurance chômage entre deux contrats d’accueil.
  • La vie de famille envahie par une présence continue, de jour comme de nuit.
  • Des démarches administratives à gérer seul, sans service des ressources humaines.

Combien gagne un accueillant familial

La rémunération se compose de plusieurs lignes fixées par le contrat d’accueil : une rémunération pour services rendus, une indemnité de congés payés, une indemnité pour sujétions particulières et une indemnité d’entretien, auxquelles s’ajoute un loyer librement négocié pour la pièce mise à disposition. Les trois premières lignes suivent un minimum légal, revalorisé avec le Smic ; le loyer et l’indemnité d’entretien dépendent du logement et des besoins réels de la personne accueillie.

30,78 €rémunération minimale brute par jour, pour une personne accueillie, depuis le 1er juin 2026
73,58 €brut maximum par jour et par personne avec les indemnités de sujétions et d’entretien les plus élevées
4 240 €brut mensuel minimum pour trois personnes accueillies, hors loyer

Salaire accueillant familial en 2026Composition de la rémunération, cotisations, net et comparaison avec les métiers proches.Voir les salaires

Emploi et débouchés

La France comptait près de 8 000 accueillants familiaux en 2026, un chiffre tombé sous cette barre dès 2023 et en baisse continue depuis plus de 9 700 en 2013, selon une question écrite à l’Assemblée nationale. Ils accueillaient environ 13 500 personnes, dont 68 % d’adultes handicapés et 32 % de personnes âgées.

La profession vieillit elle-même : 46 % des accueillants familiaux ont 60 ans ou plus, ce qui annonce des départs à la retraite dans les années qui viennent, sans relève suffisante pour les remplacer. Le vieillissement de la population et la saturation des Ehpad poussent pourtant la demande à la hausse.

Face à ce recul, la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie soutient depuis 2024 un programme d’actions mené avec 68 départements pour relancer les agréments et mieux accompagner les accueillants en poste. Plusieurs propositions de loi sur la généralisation du salariat ont été déposées depuis 2022 sans aboutir à ce jour.

Évolutions de carrière

Peu de grilles automatiques font progresser la rémunération d’un accueillant familial : chaque renouvellement de contrat est l’occasion de renégocier le loyer ou le nombre de personnes accueillies, dans la limite de trois, ou quatre avec une dérogation pour un couple. Accueillir une deuxième ou une troisième personne reste le levier le plus direct pour augmenter son revenu mensuel.

Certains accueillants se spécialisent dans l’accueil familial thérapeutique, lié à un établissement psychiatrique, qui suit une grille et un encadrement différents. D’autres rejoignent le statut salarié d’une personne morale gérant un établissement, ou, à l’inverse, quittent l’accueil familial pour une formation d’aide-soignant ou d’accompagnant éducatif et social, qui ouvre un parcours plus classique en établissement.

Métiers proches

Ces métiers partagent l’accompagnement de personnes âgées ou handicapées, à domicile ou en établissement, avec des statuts et des formations différents.

Un métier qui recule faute de rémunération revalorisée

Le nombre d’accueillants familiaux baisse depuis plus de dix ans alors que les besoins augmentent : c’est le signe d’un modèle resté peu attractif financièrement, malgré des indemnités indexées sur le Smic. Plusieurs propositions de loi sur la généralisation du salariat ont été déposées à l’Assemblée nationale depuis 2022, chaque trimestre selon certains parlementaires, sans qu’aucune n’ait abouti.

Avant de vous engager, contactez le service accueil familial de votre département : les délais d’instruction, l’accompagnement proposé et le nombre de places disponibles varient fortement d’un territoire à l’autre, bien plus que les montants minimaux fixés par la loi.

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