Salaire de l’imam en 2026 : bénévolat, salariat et Cavimac
La plupart des imams de France exercent bénévolement, en plus d’un autre métier. Les imams salariés sont payés directement par l’association qui gère leur mosquée, le plus souvent autour du Smic, sans grille officielle ni convention collective dédiée. Depuis 2024, les pays d’origine ne peuvent plus rémunérer d’imams détachés sur le sol français. Cette page détaille les chiffres connus et le régime de retraite de la Cavimac.
Bénévolat et salariat : deux réalités juridiques différentes
Aucune enquête officielle ne mesure la part des imams rémunérés en France. Les recoupements de presse, convergents sans être chiffrés avec précision, décrivent une majorité d’imams bénévoles, souvent retraités ou actifs dans un autre métier, et une minorité rémunérée directement par l’association gestionnaire de leur mosquée. Aucune grille salariale nationale ni convention collective ne couvre cette fonction.
Le statut juridique de cette rémunération, quand elle existe, a longtemps été incertain. La Cour de cassation a jugé le 24 avril 2024 qu’un imam salarié par une association qui n’a pas le statut d’association cultuelle peut être reconnu comme titulaire d’un véritable contrat de travail, dès que les conditions de fait montrent un lien de subordination : des horaires fixés, des missions définies et contrôlées par l’association. La cour d’appel de Paris, qui avait jugé l’activité religieuse incompatible par principe avec un contrat de travail, a été censurée sur ce point.
Fin des imams détachés : un financement désormais associatif
Jusqu’au 1er janvier 2024, environ 300 imams exerçant en France étaient envoyés et rémunérés par leur État d’origine : 151 par la Turquie, 120 par l’Algérie et 30 par le Maroc, selon les décomptes relayés par la presse. Le ministre de l’Intérieur a mis fin à ce dispositif par une lettre du 29 décembre 2023, après l’annonce de sa suppression progressive par le président de la République le 18 février 2020. Le but affiché n’était pas d’empêcher les imams étrangers de prêcher en France, mais de s’assurer qu’aucun ne soit plus payé par un État étranger.
Depuis le 1er avril 2024, les imams auparavant détachés doivent être salariés directement par l’association qui les emploie, dans le cadre d’un dispositif spécifique mis en place à cette date. Ce changement déplace la charge financière vers des associations françaises dont les ressources, alimentées par les dons des fidèles, restent elles-mêmes très inégales d’une mosquée à l’autre.
La Cavimac : un régime de retraite peu utilisé par les imams
La Cavimac, caisse d’assurance vieillesse, invalidité et maladie des cultes, a été créée par la loi n° 78-4 du 2 janvier 1978, avec effet au 1er janvier 1979. L’affiliation y repose sur un état cultuel reconnu par l’organisation interne de chaque culte, et non sur une activité professionnelle au sens habituel : chaque association cultuelle est responsable de déclarer et de payer les cotisations de ses ministres.
Au 31 décembre 2013, la Cavimac ne comptait que 23 collectivités religieuses relevant du culte musulman et 108 ministres ou membres de cette obédience affiliés, pour un nombre d’imams en activité alors estimé à 1 800 par une question écrite à l’Assemblée nationale. L’écart s’explique largement par le statut associatif des mosquées, le plus souvent constituées sous la loi de 1901 plutôt que sous celui d’association cultuelle de la loi de 1905 qui ouvre l’accès à la Cavimac.
Pour les pensions liquidées à compter du 28 janvier 2010, le montant est porté au niveau du minimum contributif non majoré, soit 628,99 € par mois au 1er avril 2013. Les carrières antérieures à la création du régime, validées gratuitement, ouvrent un droit plus faible, autour de 382,83 € par mois pour une carrière complète liquidée avant 2010. Aucune donnée plus récente sur ces montants n’a été retrouvée lors de cette recherche.
Aumônerie : le seul cadre où l’État verse une indemnité
Dans les prisons, sept cultes sont représentés, dont le culte musulman. En 2014, l’administration pénitentiaire comptait 169 aumôniers musulmans sur un total de 1 391 aumôniers toutes confessions confondues, un effectif renforcé de 15 postes budgétaires par an en 2013 et en 2014, selon une réponse du ministère de la Justice.
Selon une réponse plus récente, publiée au Journal officiel le 26 avril 2022, 65 % des aumôniers agréés en détention, toutes confessions confondues, exerçaient à titre bénévole, et 35 % percevaient une indemnité calculée sur la base de vacations forfaitaires horaires. Ces vacations ne sont pas soumises à cotisations sociales et n’ouvrent aucun droit à la retraite ni à l’assurance maladie au titre de cette activité. L’aumônerie musulmane était, selon ce document, la plus demandeuse d’une évolution vers un vrai statut salarié.
Primes, indemnités et variables
En dehors des vacations d’aumônerie, les compléments de ressources d’un imam ne font l’objet d’aucune statistique publique. Le logement est parfois fourni par la mosquée pour un imam permanent, sans que son montant soit jamais publié. Les dons ponctuels versés pendant le ramadan ou à l’occasion de la zakat al-fitr complètent parfois les ressources d’un imam bénévole, sans constituer un salaire ni figurer dans une comptabilité type.
Le barème des indemnités d’aumônerie a été revalorisé par un arrêté du 22 mars 2017, qui a relevé le taux horaire des vacations et le plafond annuel pouvant être versé à un même aumônier. Le montant actualisé de ce barème n’a pas été retrouvé lors de cette recherche : seule son existence est confirmée par les réponses ministérielles consultées.
Évolution selon l’expérience, la spécialisation et la région
Il n’existe pas de grille d’évolution comparable à celle d’un salarié ou d’un fonctionnaire : l’ancienneté d’un imam ne fait progresser ni un traitement ni un échelon. Ce qui distingue le plus deux imams tient au statut de leur association et au cadre dans lequel ils exercent.
| Situation | Rémunération | Source |
|---|---|---|
| Imam bénévole d’une mosquée | Aucune rémunération | Situation majoritaire selon les recoupements de presse, aucun décompte officiel |
| Imam salarié par l’association gestionnaire | Autour du Smic, selon les ressources de l’association | Estimations de presse, aucune grille officielle publiée |
| Aumônier musulman agréé, vacation horaire | Indemnité forfaitaire horaire, hors cotisations sociales | Assemblée nationale, question écrite n° 39132, réponse du 26 avril 2022 |
| Ancien imam détaché, avant 2024 | Rémunéré par son État d’origine, hors droit français | Lettre ministérielle du 29 décembre 2023, relayée par la presse |
La région joue indirectement, par la taille et les ressources des associations locales : une grande mosquée urbaine, avec davantage de fidèles et de dons, salarie plus souvent son imam qu’une petite salle de prière rurale qui dépend d’un bénévole.
Du brut au net
Pour la minorité d’imams salariés par une association qui n’a pas le statut cultuel, le régime est celui d’un salarié classique non cadre, affilié à l’Urssaf comme n’importe quel employé associatif : les cotisations suivent les mêmes règles que pour tout contrat de travail de droit commun, sans particularité propre à la fonction religieuse. Le calculateur de salaire brut en net donne alors un ordre de grandeur fiable.
Pour les imams affiliés à la Cavimac au titre de ministre du culte, les cotisations sont calculées sur une assiette forfaitaire fixée chaque année, et non sur la rémunération réelle versée par l’association : ce régime spécifique ne correspond à aucun des calculateurs de ce site. Pour les aumôniers vacataires, l’indemnité horaire forfaitaire n’est pas soumise à cotisations sociales et n’ouvre aucun droit à la retraite ni à l’assurance maladie au titre de cette activité, selon la réponse ministérielle du 26 avril 2022 déjà citée.
Comparaison avec les métiers proches
Aucune enquête de rémunération ne permet de comparer le revenu d’un imam à celui d’un médiateur ou d’un assistant social sur une base équivalente : l’absence quasi générale de salaire change la nature même de la comparaison. Le tableau ci-dessus réunit les seuls repères chiffrés établis pour la fonction elle-même.
Le Smic, à 1 867,02 € brut par mois en 2026, reste le repère le plus souvent cité par la presse pour qualifier le niveau de rémunération d’un imam salarié, sans que cette équivalence repose sur une enquête officielle dédiée à la profession.
Fiche métier imamMissions, formation, statut et évolutions de carrière.Voir la fiche
Ce qui ferait vraiment évoluer la rémunération des imams
Le principal levier n’est pas la négociation individuelle, impossible quand l’activité repose sur le bénévolat, mais le statut de l’association qui gère la mosquée. Une association cultuelle de la loi de 1905, affiliée à la Cavimac, ouvre des droits à la retraite que la majorité des mosquées, organisées en association loi de 1901, n’offrent pas à leur imam.
La fin des imams détachés, en obligeant les associations à salarier elles-mêmes leur imam depuis le 1er avril 2024, pourrait à terme pousser certaines d’entre elles vers une véritable fiche de paie, avec cotisations sociales. Rien n’indique aujourd’hui l’ampleur de ce mouvement, faute de statistiques nationales publiées depuis la réforme.
Pour connaître la situation exacte d’une mosquée donnée, seule l’association elle-même, à travers son conseil d’administration et ses comptes annuels, peut répondre : aucune administration ne centralise ces informations.
Sommaire
- Bénévolat et salariat : deux réalités juridiques différentes
- Fin des imams détachés : un financement désormais associatif
- La Cavimac : un régime de retraite peu utilisé par les imams
- Aumônerie : le seul cadre où l’État verse une indemnité
- Primes, indemnités et variables
- Évolution selon l’expérience, la spécialisation et la région
- Du brut au net
- Comparaison avec les métiers proches
- Ce qui ferait vraiment évoluer la rémunération des imams
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