Salaire entrepreneur en 2026 : revenu réel et disparités

Il n’existe pas de grille de salaire pour un entrepreneur : son revenu dépend de son chiffre d’affaires, de sa forme juridique et de son secteur. Cette page détaille les montants réels des micro-entrepreneurs et des dirigeants de société, très éloignés de l’image d’un revenu automatiquement supérieur à celui d’un salarié.

340 €revenu mensuel médian des micro-entrepreneurs, hors revenu nul, en 2023
1 570 €revenu mensuel moyen des taxis et VTC non-salariés classiques en 2023
2 610 €revenu mensuel médian des non-salariés classiques du bâtiment en 2023

Un revenu d’entrepreneur, trois réalités à ne pas confondre

Le terme « revenu de l’entrepreneur » recouvre trois situations très différentes : le chiffre d’affaires d’un micro-entrepreneur, dont les cotisations sont prélevées en pourcentage sans déduction de charges réelles ; le revenu net d’une entreprise individuelle ou d’un gérant majoritaire de société, calculé après charges et cotisations sur le bénéfice ; et la rémunération choisie par un président de SASU, qui peut varier d’un mois à l’autre selon la trésorerie disponible. Comparer ces trois montants sans préciser lequel revient à comparer des choses différentes.

Micro-entrepreneur : un revenu réel souvent faible

En 2023, un micro-entrepreneur gagnait en moyenne 680 € par mois au titre de son activité non salariée, selon l’Insee Première n° 2060 (juin 2025). La distribution est très inégale : la moitié des micro-entrepreneurs, hors revenu nul, touchaient moins de 340 €, un quart moins de 80 € et seulement un sur dix plus de 1 780 €. Ce revenu moyen a reculé de 3,5 % en 2023, après une hausse de 1,4 % en 2022, mais reste supérieur à son niveau de 2019 (+2,4 %).

Ce revenu correspond souvent à un complément plutôt qu’à une activité principale : fin 2023, 31 % des micro-entrepreneurs cumulaient leur activité avec un emploi salarié, contre 10 % seulement chez les non-salariés classiques. Les micro-entrepreneurs représentaient alors 51 % de l’ensemble des non-salariés, en progression de 7,2 % sur un an, toujours selon l’Insee.

ActivitéTaux de cotisations 2026
Vente de marchandises12,3 %
Prestations de services artisanales ou commerciales (BIC)21,2 %
Professions libérales relevant de la Cipav23,2 %
Autres professions libérales (BNC non réglementées)25,6 %
Source : service-public.fr, taux 2026. Les cotisations sont calculées sur le chiffre d’affaires encaissé, sans déduction des charges, et nulles en l’absence de recettes.

Prenons un exemple concret. Un micro-entrepreneur en prestations de services qui facture 1 500 € de chiffre
d’affaires dans un mois cotise 21,2 %, soit 318 €, et conserve 1 182 €, avant impôt sur le revenu.
S’il choisit le versement fiscal libératoire, une option distincte des cotisations sociales, un pourcentage
supplémentaire du chiffre d’affaires est prélevé au titre de l’impôt, directement par l’Urssaf. Sans cette
option, le revenu net de cotisations s’ajoute aux autres revenus du foyer pour le calcul de l’impôt classique.

Dirigeant d’entreprise individuelle ou de société : du chiffre d’affaires au revenu net

Hors micro-entrepreneurs, le revenu déclaré dépend fortement du secteur. Dans le bâtiment, les non-salariés classiques touchaient en 2023 un revenu médian de 2 610 € par mois (moyenne 2 990 €), avec un premier décile à 800 € et un dernier décile à 6 050 €, selon l’Insee. Dans la coiffure et les soins de beauté, le revenu des non-salariés atteignait 1 690 € par mois en 2024, après 1 650 € en 2023, pour environ 56 000 personnes.

Les chauffeurs de taxi et de VTC figurent parmi les secteurs les moins rémunérateurs, avec un revenu moyen de 1 570 € par mois en 2023, dans un secteur des transports qui compte 61 000 non-salariés classiques et où 12,5 % déclarent un revenu nul ou déficitaire. À l’inverse, les indépendants de la viticulture déclaraient en 2022 un revenu moyen de 3 970 € hors micro-entreprise agricole (médiane 3 340 €), un secteur nettement mieux rémunéré que la moyenne.

Pour une société (EURL, SASU, SARL ou SAS), le revenu du dirigeant dépend aussi du régime fiscal choisi.
Soumise à l’impôt sur les sociétés, l’entreprise paie d’abord cet impôt sur son bénéfice, puis le dirigeant
décide de se verser une rémunération, des dividendes, ou de laisser le bénéfice en réserve pour financer la
croissance. Cette liberté d’arbitrage, propre aux sociétés, n’existe pas en micro-entreprise, où tout le
chiffre d’affaires encaissé, une fois les cotisations prélevées, revient mécaniquement à l’entrepreneur.

Primes, aides et compléments au démarrage

Ces dispositifs n’augmentent pas le chiffre d’affaires, mais réduisent les charges ou apportent un capital de départ. L’ACRE exonère une partie des cotisations sociales la première année : son taux a été ramené à 25 % des cotisations dues pour les micro-entrepreneurs créés à compter du 1er juillet 2026, contre 50 % auparavant, et le dispositif est désormais réservé aux demandeurs d’emploi indemnisés ou inscrits depuis six mois, aux bénéficiaires du RSA ou de l’ASS et aux 18-25 ans, selon un relais du décret du 6 février 2026.

L’ARCE permet à un demandeur d’emploi de percevoir 60 % de ses droits restants à l’allocation de retour à l’emploi sous forme de capital, en deux versements à six mois d’écart, selon service-public.fr. Les réseaux Initiative France et Réseau Entreprendre, ainsi que l’Adie pour les projets les plus modestes, complètent ce financement par des prêts à taux zéro ou à taux réduit.

Évolution selon l’ancienneté, le secteur et le statut social

Le statut social choisi à la création pèse directement sur le revenu net disponible. À titre d’ordre de grandeur, et à défaut de barème officiel unique, des cabinets juridiques en ligne évaluent les cotisations d’un gérant majoritaire TNS à environ 45 % de son revenu net, contre des charges patronales et salariales qui peuvent représenter 70 à 80 % de la rémunération nette d’un président de SASU assimilé salarié.

StatutRégime socialOrdre de grandeur des cotisations
Micro-entrepreneurTNS12,3 à 25,6 % du chiffre d’affaires
Gérant majoritaire d’EURL ou de SARLTNSenviron 45 % du revenu net
Président de SASU ou de SASAssimilé salarié70 à 80 % de la rémunération nette
Sources : service-public.fr (micro-entreprise, taux 2026) ; estimations de cabinets juridiques en ligne (Legalstart, Keobiz) pour les sociétés, à défaut de barème officiel unique et consolidé.

L’ancienneté joue aussi un rôle important : les revenus des toutes jeunes activités sont structurellement plus bas, le temps de constituer une clientèle, et les statistiques de l’Insee sur la pérennité à cinq ans montrent que les activités qui passent ce cap dégagent, en moyenne, des revenus plus stables que celles de leur première année.

Du chiffre d’affaires ou de la rémunération au net

Pour un micro-entrepreneur, le revenu net se calcule simplement : chiffre d’affaires moins le taux de cotisation de son activité, sans autre charge déductible. Le calculateur de charges auto-entrepreneur du site permet de simuler ce montant selon l’activité choisie.

Pour un président de SASU assimilé salarié qui se verse une rémunération, l’ordre de grandeur du net est proche de celui d’un cadre salarié, sans la cotisation chômage : le calculateur brut en net pour cadre donne une estimation approximative, à affiner avec un expert-comptable selon la structure exacte des cotisations choisies.

Comparaison avec le salariat classique

SituationRevenu mensuel
Smic brut, 35 heures (1er juin 2026)1 867,02 €
Micro-entrepreneur, médiane hors revenu nul (2023)340 €
Micro-entrepreneur, moyenne (2023)680 €
Non-salarié classique du bâtiment, médiane (2023)2 610 €
Sources : code.travail.gouv.fr (Smic) ; Insee, revenus des non-salariés (2023).

Cette comparaison montre qu’une majorité de micro-entrepreneurs se situent largement sous le Smic, tandis qu’un dirigeant de société installé dans un secteur porteur peut le dépasser nettement. L’écart entre les deux situations tient moins au statut lui-même qu’à la maturité de l’activité et à son secteur.

Fiche entrepreneurStatuts, régime social, financement et risques de la création d’entreprise.Voir la fiche

Lire ces chiffres sans se tromper

Les statistiques de revenu des non-salariés ne portent que sur les activités déclarées et encore en vie au moment de l’enquête : elles ne disent rien du revenu, souvent nul, des mois précédant une fermeture, ni des projets jamais immatriculés après une étude de marché décevante. Un revenu médian de 340 € ne signifie pas qu’un micro-entrepreneur type en vit, mais que la moitié des activités recensées, parfois très récentes ou très ponctuelles, n’atteignent pas ce seuil.

Avant de quitter un emploi salarié, mieux vaut donc constituer une trésorerie personnelle couvrant plusieurs mois de charges fixes, et tester son activité en cumul, en micro-entreprise ou en portage salarial, plutôt que de se fier à un revenu moyen calculé sur l’ensemble d’un secteur.

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