Salaire et revenu d’un agriculteur en 2026 : par production
Un agriculteur ne reçoit pas de fiche de paie : son revenu est ce qui reste de l’exploitation une fois les charges payées, et il varie du simple au vingtième selon la production. Voici les résultats 2024 d’Agreste par orientation, les cotisations MSA de 2026, la grille du salarié agricole et le passage du brut au net.
Deux situations n’ont presque rien de commun. Le chef d’exploitation est un non-salarié agricole : il tire son revenu du résultat de son entreprise, et cotise à la MSA. Le salarié agricole reçoit un salaire de son employeur, avec un minimum fixé par la convention collective. Ce sont deux sections distinctes ci-dessous.
Chef d’exploitation : le revenu réel en 2024
L’indicateur de référence est le résultat courant avant impôts (RCAI), calculé par le ministère de l’Agriculture dans son réseau d’information comptable agricole. Il mesure ce que dégage l’exploitation après charges, amortissements et frais financiers, mais avant les cotisations sociales de l’exploitant et avant l’impôt. Il ne se lit donc pas comme un salaire net. En 2024, le RCAI moyen atteignait 40 210 € par exploitation et 29 410 € par unité de travail annuel non salariée, selon l’édition de janvier 2026 d’Agreste. Le champ couvre 290 311 exploitations dont la production potentielle atteint 25 000 €, hors très petites fermes.
| Orientation | Exploitations | RCAI par exploitation | RCAI par actif non salarié | Soit par mois |
|---|---|---|---|---|
| Céréales et oléoprotéagineux | 48 140 | 3 170 € | 2 700 € | 225 € |
| Bovins viande | 35 095 | 32 100 € | 24 670 € | 2 056 € |
| Viticulture | 44 240 | 37 960 € | 29 680 € | 2 473 € |
| Maraîchage | 7 703 | 57 280 € | 39 650 € | 3 304 € |
| Bovins lait | 34 545 | 68 930 € | 41 000 € | 3 417 € |
| Cultures générales | 24 671 | 68 330 € | 52 650 € | 4 388 € |
Le contraste tient à l’année. Selon la DRAAF Hauts-de-France, les rendements des grandes cultures se sont dégradés en 2024 et certains prix végétaux ont baissé, ce qui a frappé d’abord les exploitations de céréales et d’oléoprotéagineux. Sur la période 2010-2022, un article de l’INRAE relevait un RCAI moyen de 48 200 € par exploitation et 34 100 € par actif non salarié, avec une forte variabilité d’une année à l’autre : ne calibrez pas un projet sur une seule campagne.
À retrancher aussi : les cotisations sociales de l’exploitant, en moyenne 14 150 € par exploitation en 2024 dans le même document. Le RCAI par exploitation de 40 210 € ne représente donc pas un revenu disponible. Nous n’avons trouvé, dans les sources publiques consultées, ni la part des agriculteurs sous le seuil de pauvreté, ni de revenu par département : ne les cherchez pas dans ce tableau.
Le poids de la taille et de la dette
| Taille (production brute standard) | Exploitations | RCAI par actif non salarié | Soit par mois | Dette sur actif |
|---|---|---|---|---|
| 25 000 à 100 000 € | 102 752 | 12 290 € | 1 024 € | 30,3 % |
| 100 000 à 250 000 € | 109 560 | 23 580 € | 1 965 € | 38,9 % |
| 250 000 € et plus | 78 000 | 50 610 € | 4 218 € | 47,5 % |
Les petites exploitations de ce réseau gagnent en moyenne l’équivalent de 1 024 € par mois par actif, avant cotisations. Or le SMIC brut est de 1 867 €. Beaucoup de ces exploitants complètent par un autre revenu (conjoint salarié, activité annexe), ce que le RICA ne mesure pas.
Cotisations MSA et micro-BA
Depuis le 1er janvier 2026, les cotisations des non-salariés agricoles reposent sur une assiette sociale unique, avec un abattement forfaitaire de 26 %, selon Web-agri. Le barème 2026 de la MSA fixe, pour un chef d’exploitation, une retraite de base de 17,15 % jusqu’au plafond de la sécurité sociale et 0,72 % au-delà, une cotisation de retraite complémentaire de 4 % (avec une part de 0 à 3 % selon le revenu), une CSG de 9,2 % et une CRDS de 0,5 %.
La maladie est progressive : nulle sous 9 612 €, soit 20 % du plafond annuel de la sécurité sociale, puis de 1,5 % à 8,5 % selon l’assiette. En l’absence de revenu, des assiettes forfaitaires minimales s’appliquent : 600 SMIC horaires pour la maladie, la retraite de base et la CSG. Les jeunes agriculteurs peuvent cumuler l’exonération jeune agriculteur avec le taux réduit.
Côté fiscalité, le micro-BA concerne les exploitations dont les recettes hors taxes, en moyenne sur trois ans, ne dépassent pas 129 200 € pour 2026 à 2028. L’abattement est de 87 % sur les recettes, selon la MSA, qui précisait un seuil de 120 000 € pour 2024 et 2025. Ne le confondez pas avec les seuils du micro-entrepreneur, comme les 83 600 € des prestations de services : ils ne concernent pas les recettes agricoles.
Salarié agricole : la convention de la production agricole et des Cuma (IDCC 7024)
Les ouvriers et employés des exploitations relèvent en général de la convention collective nationale de la production agricole et des Cuma, IDCC 7024. Pour retrouver la vôtre, utilisez notre moteur de recherche de convention collective : les coopératives, les vignobles ou l’horticulture ont parfois d’autres textes.
L’avenant n° 11, signé le 2 juillet 2026, a établi une grille de douze niveaux selon la FDSEA de la Somme. Il applique le taux horaire du niveau 1 au SMIC de 12,31 € et vaut sous réserve de son extension au Journal officiel. Le brut mensuel ci-dessous est calculé sur 151,67 heures, comme le SMIC.
| Niveau | Coefficients | Brut horaire | Brut mensuel, 151,67 h |
|---|---|---|---|
| 1 | 9 à 11 | 12,31 € | 1 867,02 € (SMIC) |
| 2 | 12 à 16 | 12,40 € | 1 880,71 € |
| 3 | 17 à 24 | 12,57 € | 1 906,49 € |
| 4 | 25 à 35 | 12,84 € | 1 947,44 € |
| 5 | 36 à 51 | 13,37 € | 2 027,83 € |
| 6 | 52 à 73 | 13,99 € | 2 121,86 € |
| 7 | 74 à 104 | 14,79 € | 2 243,20 € |
| 8 | 105 à 143 | 15,79 € | 2 394,87 € |
| 9 | 144 à 196 | 17,07 € | 2 589,01 € |
| 10 | 197 à 270 | 18,87 € | 2 862,01 € |
| 11 | 271 à 399 | 21,44 € | 3 251,80 € |
| 12 | 400 et plus | 24,45 € | 3 708,33 € |
L’avenant n° 10, du 20 janvier 2026, fixait au 1er mai 2026 des taux de 12,02 € à 24,16 € de l’heure, selon Juristique : le taux du niveau 1 était alors inférieur au SMIC actuel. Quelle que soit la grille, le SMIC s’applique quand elle donne moins.
Primes, aides et variables
Pour le salarié, la paie varie surtout avec les heures supplémentaires et les majorations prévues par la convention ou l’accord d’entreprise : vérifiez-les sur votre contrat, nous n’en avons pas trouvé de barème national fiable et sourcé.
Pour l’exploitant, l’essentiel du variable vient des subventions et des aléas. Selon Agreste, les subventions d’exploitation représentaient en 2024 en moyenne 35 300 € par exploitation, et 44 280 € en bovins lait. L’institut prévient que leur montant est à interpréter avec prudence, car la classification des aides a été révisée cette année-là. La dotation jeune agriculteur s’y ajoute en début de carrière : de 16 000 à 56 000 € en Auvergne-Rhône-Alpes, par exemple, selon le recensement des aides, les montants variant selon les régions.
Évolution selon l’expérience, la spécialisation et la région
| Situation | Repère | Source |
|---|---|---|
| Salarié débutant, niveau 1 à 3 | 1 867 à 1 906 € brut par mois | Avenant n° 11, 2026 |
| Salarié qualifié, niveau 6 à 8 | 2 122 à 2 395 € brut par mois | Avenant n° 11, 2026 |
| Exploitant, petite structure | 12 290 € par an et par actif, avant cotisations | Agreste, 2024 |
| Exploitant, grande structure | 50 610 € par an et par actif, avant cotisations | Agreste, 2024 |
La spécialisation change tout : de 2 700 € en céréales à 52 650 € en cultures générales par actif en 2024. La région joue via les productions dominantes, mais nous n’avons pas trouvé de données publiques départementales de même qualité. Pour un salarié, la grille est nationale : elle ne varie pas selon la région.
Du brut au net
Prenons un salarié au niveau 3 de la grille, à 1 906,49 € brut par mois. Avec le taux salarial du site de 21,00 % sous le plafond de la sécurité sociale, la retenue est d’environ 400 €, soit un net d’environ 1 506 € avant impôt à la source. Le régime agricole applique ses propres taux : ce chiffre est un ordre de grandeur, à affiner avec le calculateur.
Le calculateur de salaire brut en net donne le détail pour votre situation. Pour l’exploitant, il n’existe pas de brut ni de net : partez du RCAI, retirez les cotisations MSA de l’exercice, puis l’impôt sur le revenu du foyer.
Comparaison avec les métiers proches
| Statut | Repère | Source |
|---|---|---|
| Agriculteur, moyenne toutes orientations | 2 451 € par mois avant cotisations et impôt | Agreste, RICA 2024 |
| Ouvrier agricole, niveau 3 | 1 906,49 € brut par mois | Avenant n° 11, IDCC 7024 |
| Jardinier, entreprise du paysage, O.1 | 1 838,24 € brut par mois à la grille, SMIC en pratique | IDCC 7018, avenant n° 46 |
| Retraite minimale de chef d’exploitation | 1 214,40 € brut par mois | MSA, 1er janvier 2026 |
Agriculteur : la fiche métierMissions, formations, installation, aides et débouchés.Voir la fiche
Négocier et se renseigner
Si vous visez un poste de salarié, montez d’un niveau plutôt que de négocier le taux : passer du niveau 3 au niveau 5 rapporte 121 € brut par mois d’après la grille ci-dessus.
Si vous visez l’installation, calculez d’abord un scénario sans subvention et avec une année de rendement dégradé. La chambre d’agriculture de votre département, le centre de gestion et la MSA accompagnent le plan d’entreprise et le calcul des cotisations. Quant aux chiffres à suivre, l’Agreste publie chaque année les résultats du RICA, et la MSA met à jour son barème en janvier.
Sommaire
- Chef d’exploitation : le revenu réel en 2024
- Le poids de la taille et de la dette
- Cotisations MSA et micro-BA
- Salarié agricole : la convention de la production agricole et des Cuma (IDCC 7024)
- Primes, aides et variables
- Évolution selon l’expérience, la spécialisation et la région
- Du brut au net
- Comparaison avec les métiers proches
- Négocier et se renseigner
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