Jockey : missions, formation et salaire
Au petit matin, le lad monte un cheval de course sur la piste d’entraînement, bien avant que le public n’arrive sur l’hippodrome. Pour certains, ce travail quotidien mène à la licence de jockey, délivrée par France Galop à seulement 2 à 5 % des candidats. Voici les missions, l’accès au métier, le poids à tenir et ce qu’il rapporte vraiment.
Ce que fait un jockey
Le jockey monte un cheval de course au galop, en plat ou à l’obstacle, sur instruction de l’entraîneur et pour le compte du propriétaire. Son métier se distingue de celui du driver, qui conduit un attelage de trot, et de celui du lad-jockey, qui travaille encore à l’entraînement sans avoir obtenu sa licence de monte en course publique. France Galop délivre cette autorisation de monter sous la forme d’un agrément de jockey professionnel, d’apprenti ou de cavalier, selon le code des courses au galop.
Le jour d’une course commence par la pesée, équipement et casaque compris, puis par les consignes données par l’entraîneur au paddock, devant le propriétaire. Pendant l’épreuve, le jockey choisit la position du cheval dans le peloton, décide du moment de l’accélération et adapte sa monte aux réactions de l’animal. Un même jockey enchaîne parfois plusieurs courses dans la même réunion, et se déplace d’un hippodrome à l’autre selon les engagements de la semaine.
Avant d’obtenir sa licence, le futur jockey travaille comme lad dans une écurie d’entraînement : pansage, alimentation, entretien de la sellerie, et surtout les heures de monte à l’entraînement, tôt le matin, sur la piste de l’entraîneur. C’est cette pratique quotidienne qui prépare au métier, bien avant la première course en public.
Les compétences attendues
Le poids et la taille sont encadrés par le règlement des courses : en plat, un jockey pèse entre 46 et 54 kg pour une taille maximale d’1,55 m, selon le CIDJ ; en obstacle, la limite monte à 60 kg pour 1,60 m. Beaucoup de jockeys surveillent leur alimentation toute leur carrière pour rester dans ces bornes.
La lecture de course compte autant que l’équilibre à cheval : savoir où se placer dans le peloton, anticiper la faute d’un concurrent, économiser sa monture pour l’accélération finale. Cette lecture s’apprend en multipliant les montes, d’abord à l’entraînement puis en course, aux côtés de jockeys plus expérimentés.
Le jockey rend compte à l’entraîneur et au propriétaire après chaque course, sur le comportement du cheval autant que sur le résultat. Le sang-froid compte aussi face à la chute, un risque réel du métier, de même qu’une bonne résistance physique pour tenir des journées qui commencent avant l’aube.
Devenir jockey
La voie la plus directe est le CAPA Lad-cavalier d’entraînement, diplôme agricole de niveau 3 enregistré sous le code RNCP38387 par le ministère de l’Agriculture, préparé en deux ans dans l’une des écoles de l’AFASEC. Il forme aux soins quotidiens du cheval de course et au travail à l’entraînement, en alternance avec une écurie.
- Préparer le CAPA Lad-cavalier d’entraînementDeux ans en école AFASEC, en alternance avec une écurie de courses.
- Travailler comme ladEntraînement quotidien des chevaux, sous la responsabilité de l’entraîneur.
- Demander l’autorisation de monterAgrément d’apprenti délivré par les commissaires de France Galop, après évaluation du niveau.
- Accumuler les victoires en courses réservéesLe nombre de victoires fait progresser le statut, d’apprenti à jeune jockey puis à jockey professionnel.
Selon le CIDJ, seuls 2 à 5 % des lads obtiennent leur licence de monte : la sélection se joue sur le gabarit, le niveau technique jugé en course réservée aux écoles, et les places disponibles chez les entraîneurs. Le Bac professionnel Conduite et gestion de l’entreprise hippique, RNCP38076, prépare plutôt à la gestion d’une écurie ou à l’entraînement, pour qui vise une installation à plus long terme.
La reconversion directe vers le métier de jockey reste rare après l’adolescence : le poids et la taille limitent l’accès à la licence de monte. Les adultes en reconversion s’orientent plutôt vers le CAPA en formation continue, pour devenir lad, palefrenier ou cavalier d’entraînement, avec un financement possible par le compte personnel de formation, un projet de transition professionnelle ou France Travail. Notre fiche palefrenier détaille ce premier accès aux métiers du cheval.
Où travailler et dans quelles conditions
Le jockey est salarié de l’entraîneur qui l’emploie, sous la convention collective nationale des personnels des activités hippiques (IDCC 7026), qui a fusionné depuis le 1er juin 2024 les anciennes conventions du galop, du trot et des centres équestres. Les écuries d’entraînement se concentrent autour de quelques pôles : Chantilly et Maisons-Laffitte pour le galop en région parisienne, Grosbois pour le trot.
Les journées commencent tôt, souvent avant 7 heures, pour les lots d’entraînement, puis se poursuivent par les déplacements vers les hippodromes les jours de course, le soir en semaine comme le week-end. Selon un avis du Conseil d’État de 1979, rappelé par une réponse ministérielle du 4 janvier 2022, le jockey relève du régime de protection sociale des salariés agricoles, géré par la Mutualité sociale agricole.
Ce qui plaît
- Le contact quotidien avec les chevaux et la compétition.
- Une rémunération liée à la performance, en plus du fixe.
- Un petit monde, soudé autour des écuries et des hippodromes.
Ce qui pèse
- Le poids à surveiller en permanence, toute la carrière.
- Le risque de chute, inhérent à la monte en course.
- Des horaires matinaux et des week-ends souvent travaillés.
Combien gagne un jockey
Chez l’entraîneur, le jockey perçoit un salaire fixe encadré par la convention collective des activités hippiques, qui ne dépasse pas le SMIC aux premiers coefficients. L’essentiel du revenu d’un jockey qui monte régulièrement vient des courses elles-mêmes : un bon de monte par course disputée, puis un pourcentage du prix en cas de victoire. Ce système explique l’écart très fort entre un lad qui monte peu et un jockey régulièrement sollicité par plusieurs écuries.
Emploi et débouchés
France Travail regroupe les cavaliers d’entraînement, lads et jockeys sous le code ROME L1403. Sur les douze mois précédant le deuxième trimestre 2026, 800 offres ont été diffusées sur francetravail.fr et 2 510 demandeurs d’emploi étaient inscrits en catégories A, B, C, selon Data Emploi France Travail. Au troisième trimestre 2025, 840 demandeurs ont été embauchés, 72 % en CDD de moins d’un mois et 13 % en CDI, et 87 % des embauches ont eu lieu dans des entreprises de moins de dix salariés, des écuries individuelles pour l’essentiel.
Ce code ROME ne distingue pas les jockeys licenciés du reste des lads et cavaliers d’entraînement, bien plus nombreux. La filière elle-même reste active : la France a compté 17 989 courses en 2024, dont 4 913 en plat et 1 946 en obstacle, pour 211 586 partants, selon le bilan statistique 2025 de l’IFCE. Un peu plus de 9 100 chevaux de galop étaient à l’entraînement en 2024, auprès de 10 121 propriétaires.
Évolutions de carrière
La licence progresse par paliers fixés par les commissaires de France Galop : apprenti, puis jeune jockey, avant l’agrément de jockey professionnel, chaque niveau ouvrant des courses réservées et des remises de poids différentes. Un jockey qui accumule les victoires chez un même entraîneur en devient souvent le cavalier attitré, prioritaire sur les montures de l’écurie dans les épreuves importantes.
Le poids qui augmente avec l’âge met souvent fin à la carrière de jockey avant la quarantaine. Beaucoup basculent alors vers l’entraînement, en préparant le Bac professionnel CGEH ou un brevet d’entraîneur, ou vers le pilotage à l’attelage au trot, dont la contrainte de poids est moins stricte. D’autres deviennent commissaires de courses, conseillers d’achat ou formateurs dans une école AFASEC.
Métiers proches
Ces métiers partagent l’univers du cheval ou celui de la compétition sportive, avec des formations et des statuts différents.
Le statut social du jockey, encore incomplet hors de son écurie
Depuis un avis du Conseil d’État de 1979, le propriétaire du cheval est en principe considéré comme l’employeur du jockey, qui relève donc du régime agricole. Au trot, la règle est plus nette : le jockey monté ou le driver attelé est, pendant la course, salarié de l’entraîneur qui l’engage pour cette monte, selon une réponse du ministère de l’Agriculture publiée le 4 janvier 2022.
La difficulté porte sur la monte extérieure, quand un jockey monte pour un entraîneur qui n’est pas son employeur habituel. Sa couverture sociale pendant cette course reste incertaine, et les courses de chevaux étant classées comme activité agricole, le jockey ne peut pas se déclarer micro-entrepreneur pour sécuriser ces montes ponctuelles. Une nouvelle question posée en février 2026 sur ce sujet est restée sans réponse, retirée fin avril 2026 à la fin du mandat de sa rédactrice : le flou persiste pour les jockeys qui multiplient les écuries.
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