Chauffeur de taxi : examen, licence, statuts et revenus

À 5 heures, un client attend devant la gare pour attraper un vol, à 14 heures une patiente doit rejoindre son service de dialyse, à 23 heures un couple rentre d’un dîner. Le chauffeur de taxi enchaîne ces trajets sous un statut très encadré : carte professionnelle, examen, autorisation de stationnement et tarifs fixés par arrêté. Voici comment y entrer et ce que le métier rapporte.

Chauffeur de taxi au volant de son véhicule à une station en ville, taximètre et lumineux visibles
AccèsAucun diplômepermis B depuis 3 ans, examen de la CMA
FormationQuelques semainespréparation à l’examen, facultative
Salaire débutant1 867 € brutsalarié, SMIC, hors pourboires
Où travaillerArtisan, salariésociétés de taxi, taxi conventionné

Ce que fait un chauffeur de taxi

Le taxi est un transport public particulier de personnes, défini par les articles L. 3121-1 et suivants du Code des transports. Il est le seul, avec le taxi moto, à pouvoir stationner sur la voie publique en attendant les clients et à prendre en charge une personne qui le hèle, ce que le VTC n’a pas le droit de faire. Le chauffeur enclenche son taximètre à la prise en charge, aide avec les bagages, choisit l’itinéraire et remet une note de course.

La journée dépend beaucoup du territoire. À Paris, on attend en station ou on circule en maraude, avec les gares et les aéroports comme points forts. En zone rurale, le taxi assure les trajets que personne d’autre ne fait : un retour d’hôpital, un enfant à conduire à l’école, une personne âgée sans voiture. Selon le SDES, la densité de taxis rapportée à la population est très forte dans les territoires ruraux et en Île-de-France.

Une part de la clientèle est prise en charge par l’Assurance maladie, ce qui donne le taxi conventionné, détaillé plus bas. Le chauffeur gère aussi son véhicule : propreté, révisions, contrôle technique, fonctionnement du taximètre et du terminal de paiement par carte, obligatoire.

Les compétences attendues

La conduite prudente et souple est la première qualité, puisque le client juge le trajet autant que le prix. Le référentiel ROME de France Travail (fiche N4131) ajoute la gestion du stress en forte affluence, l’écoconduite, l’usage du GPS et des applications, l’encaissement électronique et le suivi de la réglementation.

La connaissance du territoire reste testée à l’examen. Savoir qu’un boulevard est fermé le samedi ou qu’un aéroport a une file d’attente distincte fait gagner des courses. Le sens du service compte tout autant : accueillir, rester calme face à un client pressé ou agacé, respecter la confidentialité de ce qui se dit à l’arrière.

Le chauffeur indépendant y ajoute une compétence de gestionnaire : tenir sa comptabilité, provisionner ses cotisations, choisir sa centrale de réservation, décider quand travailler pour rentabiliser un véhicule et une licence.

Devenir chauffeur de taxi

Aucun diplôme n’est exigé. Le ROME indique trois conditions : un permis B depuis au moins trois ans, l’attestation préfectorale d’aptitude à la conduite professionnelle et la carte professionnelle de conducteur de taxi, délivrée par la préfecture. Le dossier comprend aussi un certificat médical d’un médecin agréé, une attestation de secourisme (PSC1) et un casier judiciaire compatible.

  1. Réunir les conditions d’accèsPermis B de plus de trois ans, visite médicale, PSC1, bulletin n° 2 du casier judiciaire.
  2. S’inscrire à l’examenIl est organisé par les chambres de métiers et de l’artisanat (CMA), sur la plateforme exament3p.fr. Frais d’inscription 2026 : 241 € pour l’ensemble, 118 € pour l’admission seule.
  3. Réussir l’admissibilité, puis l’admissionCinq épreuves communes (réglementation, gestion, sécurité routière, français, anglais) et une épreuve propre au taxi, puis une épreuve pratique.
  4. Demander la carte professionnelleLa préfecture la délivre. Elle se renouvelle par une formation continue de 14 heures tous les cinq ans.
  5. Choisir son statutSalarié d’une société de taxi, ou artisan avec sa propre autorisation de stationnement.

Le détail des frais et des épreuves est publié par la CMA Nouvelle-Aquitaine. La formation continue est fixée par l’arrêté du 11 août 2017, et les centres facturent leur stage entre environ 250 et 390 € selon les offres relevées en 2026. L’ancienne fiche du site parlait de 16 heures : la durée retenue ici est celle de l’arrêté, soit 14 heures.

En reconversion, le métier est ouvert à tous les profils, y compris sans diplôme. Une préparation à l’examen existe dans des centres privés et peut être financée par le compte personnel de formation ou par France Travail, à vérifier centre par centre car l’examen lui-même n’est pas un diplôme. La vraie question est financière : sans licence, l’accès à l’indépendance passe par l’attente d’une autorisation gratuite ou par un rachat coûteux.

Où travailler et dans quelles conditions

Le chauffeur exerce sous trois statuts. L’artisan taxi possède sa licence, son véhicule et sa clientèle. Le locataire loue un véhicule équipé, avec ou sans autorisation, à un artisan ou une société, et travaille à son compte. Le salarié travaille pour une société de taxi, souvent au pourcentage des recettes, et relève de la convention collective nationale des taxis (IDCC 2219), que la fiche salaire détaille.

L’accès à l’indépendance passe par l’autorisation de stationnement (ADS), la « licence de taxi ». Depuis la loi Thévenoud de 2014, les ADS délivrées par les communes sont gratuites mais incessibles, avec parfois de longues listes d’attente. Seules les anciennes autorisations, antérieures à 2014, se revendent. À Paris, les sites professionnels estiment leur prix entre 150 000 et 220 000 € en 2026, contre jusqu’à 240 000 € en 2014 : ce sont des estimations de marché, pas des prix officiels.

La centrale de réservation (G7, Taxis Bleus, ou une coopérative locale) apporte des courses en échange d’un abonnement et d’un cahier des charges. Le taxi peut aussi travailler avec des applications de réservation, y compris celles des plateformes de VTC.

Ce qui plaît

  • L’indépendance de l’artisan : ses heures, son véhicule, sa clientèle.
  • Une clientèle réglementée : la maraude et les stations sont réservées aux taxis.
  • Un accès sans diplôme, avec un examen ouvert à tous.
  • Des débouchés variés : gare, aéroport, santé, tourisme.

Ce qui pèse

  • Les horaires décalés : nuit, week-ends et jours fériés, selon le ROME.
  • La station assise prolongée et l’isolement au volant.
  • Le stress routier et les clients difficiles, avec un risque d’agression la nuit.
  • Le coût d’entrée : véhicule, assurance, licence, redevance de centrale.

Combien gagne un chauffeur de taxi

Le cadre change tout. Le salarié relève de la convention IDCC 2219, dont les minima 2026 vont de 1 865,43 à 1 897,00 € brut par mois pour 151,67 heures, selon l’accord du 28 avril 2026. Le SMIC, 1 867,02 € brut depuis le 1er juin 2026, s’applique quand il dépasse un minimum conventionnel. Le pourboire et le pourcentage sur les recettes peuvent s’y ajouter.

L’artisan, lui, n’a pas de salaire : il a un chiffre d’affaires, dont il déduit carburant, assurance, entretien, redevance de centrale et cotisations. Les tarifs sont plafonnés par l’arrêté du 24 décembre 2025 : 4,48 € de prise en charge, 1,30 € du kilomètre et 42,15 € de l’heure d’attente ou de marche lente. Aucune statistique publique récente de revenu net d’un artisan taxi n’a pu être établie pour cette fiche.

1 867 €brut mensuel : SMIC, plancher du salarié au 1er juin 2026
1,30 €par kilomètre, plafond du tarif taxi en 2026 (arrêté du 24 décembre 2025)
13 €de prise en charge unique du taxi conventionné depuis l’automne 2025

Salaire chauffeur de taxi en 2026Convention IDCC 2219, artisan, taxi conventionné, charges et net.Voir les salaires

Emploi et débouchés

Le rapport 2026 de l’Observatoire national des transports publics particuliers de personnes, publié par le SDES, recense près de 63 000 taxis en 2024, face à plus de 71 000 chauffeurs actifs de VTC sur plateformes, en hausse de 27 % sur un an. Le même rapport compte près de 36 000 inscrits aux examens taxi et VTC en 2025, contre environ 52 000 en 2024.

L’enquête Besoins en main-d’œuvre 2026 de France Travail ne publie pas de ligne propre aux conducteurs de taxi dans les sources consultées. Elle donne des ordres de grandeur pour l’ensemble : 94 000 projets de recrutement dans le transport et la logistique, dont 43,5 % jugés difficiles. Un taxi recherche surtout un chauffeur fiable pour reprendre un véhicule ou une tranche horaire.

Le débouché le plus solide est le transport de patients. En 2024, les transports sanitaires ont coûté près de 6,74 milliards d’euros à l’Assurance maladie, dont 3,07 milliards pour les seuls taxis conventionnés, selon une question à l’Assemblée nationale. Ces courses pèsent souvent plus de la moitié du chiffre d’affaires d’un taxi conventionné, davantage en zone rurale.

Cette dépendance explique la colère de 2025. Une convention-cadre nationale, signée le 16 mai 2025 et applicable depuis le 1er octobre 2025, impose une prise en charge de 13 € puis un tarif kilométrique départemental. Les taxis ont manifesté devant les préfectures dès le début de mai 2025. La fédération nationale évoquait une perte de chiffre d’affaires de 25 à 30 %, un chiffre de l’organisation professionnelle et non de l’Assurance maladie, qui vise 300 millions d’euros d’économies.

Évolutions de carrière

La première évolution est le passage de salarié à artisan : obtenir une autorisation de stationnement, gratuite en liste d’attente ou rachetée, puis créer son entreprise. Le chauffeur peut ensuite acquérir un second véhicule et employer des salariés, ou devenir gérant d’une petite société de taxi.

Le conventionnement ouvre une spécialisation : transport de patients, dialyses, radiothérapies, parfois en lien avec les ambulanciers. Certains passent le diplôme d’auxiliaire ambulancier pour rejoindre le transport sanitaire salarié, décrit dans la fiche ambulancier.

D’autres se tournent vers le transport de personnes sur mesure : chauffeur de direction, tourisme, transferts d’aéroport. L’expérience du terrain et de la réglementation permet aussi de devenir formateur dans un centre préparant à l’examen, sous réserve des qualifications exigées par l’organisme.

Métiers proches

Ces métiers partagent la conduite de personnes ou de marchandises, avec des statuts et des horaires très différents.

Taxi ou VTC : ce qui change vraiment

Les deux métiers se ressemblent au volant et divergent dans le droit. Le taxi a une autorisation de stationnement, un taximètre, des tarifs plafonnés par arrêté et le droit de charger en station ou en maraude. Le VTC exige une réservation préalable, fixe ses prix avec la plateforme et n’a pas d’autorisation à racheter. La carte professionnelle est distincte, et l’examen comporte un module propre à chaque activité, avec une passerelle taxi vers VTC ou l’inverse (165 à 168 € selon les CMA en 2026).

Le rapport du SDES montre le basculement : 71 000 VTC actifs sur plateformes contre 63 000 taxis en 2024. Entre septembre et octobre 2024, ces chauffeurs affichaient 38 € de chiffre d’affaires par heure avant primes de plateforme, un montant brut qui ne dit rien du revenu net. Pour un candidat, le choix tient à l’argent d’entrée (une licence contre un véhicule), à la dépendance à une application, et à la place du transport sanitaire, qui n’existe pas côté VTC. La fiche chauffeur VTC détaille l’autre voie.

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