Sellier-garnisseur : missions, formation et salaire en 2026
Dans l’atelier d’un carrossier de prestige ou d’un avionneur d’affaires, le sellier-garnisseur découpe une peau de cuir au millimètre avant de la tendre sur l’armature d’un siège. Il façonne aussi bien l’habitacle d’une voiture de collection que la cabine d’un jet privé, un fauteuil de bateau ou une sellerie d’équitation. Un métier de patience, entre le cuir, le textile technique et la mousse.
Ce que fait un sellier-garnisseur
Le sellier-garnisseur conçoit, fabrique et répare des sièges et des habillages intérieurs de véhicules. La fiche ROME B1811 de France Travail liste ses terrains : automobile, aéronautique, construction ferroviaire et construction navale. Il travaille le cuir, le textile technique, la mousse et parfois le bois ou la fibre de verre, pour un siège de voiture de collection comme pour un fauteuil de jet d’affaires.
La journée alterne les relevés dimensionnels sur le véhicule ou le gabarit, la découpe des pièces de cuir ou de tissu selon un patron, le piquage à la machine ou à la main, puis le montage sur l’armature et la mousse. Vient enfin le contrôle : régularité des coutures, aspect de la teinte, tension du matériau. Dans un atelier de luxe ou de restauration, il ajuste aussi le cuir sur mesure et retrouve une teinte d’origine à partir d’un échantillon ancien.
Le mot « sellier » recouvre plusieurs métiers voisins, qu’il vaut mieux distinguer avant de choisir une formation.
| Métier | Ce qu’il fait | Diplôme d’entrée |
|---|---|---|
| Sellier-garnisseur | Garnit sièges et habillages intérieurs de véhicules (auto, aviation, rail, naval) | CAP Sellerie générale |
| Maroquinier | Fabrique sacs, ceintures et petite maroquinerie en cuir | CAP Maroquinerie |
| Cordonnier | Répare chaussures et articles en cuir, fait les clés | CAP cordonnerie multiservice |
| Carrossier | Redresse et répare la carrosserie métallique, pas l’intérieur du véhicule | CAP Carrosserie |
| Tapissier d’ameublement | Garnit sièges et canapés de la maison, pas les véhicules | CAP Tapisserie d’ameublement |
Le ROME range à part le sellier-harnacheur, qui fabrique des selles et des harnais pour l’équitation : c’est le code B1809, distinct du B1811, et sa fiche n’existe pas encore sur ce site. Les deux métiers partagent l’usage du cuir épais et des points de couture sellier, mais l’un garnit des véhicules, l’autre équipe des chevaux.
Les compétences attendues
La dextérité vient en premier : le ROME cite un travail de précision qui demande le sens de la minutie, et le référentiel du CAP Sellerie générale évalue la qualité des finitions à la main. Découper une peau sans gâcher de matière, aligner une couture sur plusieurs mètres de garniture, ajuster un rembourrage sans pli : chaque geste se répète des centaines de fois par pièce.
Il faut ensuite connaître les matériaux. Le cuir de bovin reste le plus utilisé pour les intérieurs de véhicules, mais sa préparation change tout : un cuir teinté dans la masse garde une couleur uniforme, tandis qu’un cuir à tannage végétal ne colore que la surface, ce qui peut faire apparaître une teinte plus claire à l’usure, selon l’étude de l’Institut pour les Savoir-Faire Français et la FFVE (2024). Le sellier-garnisseur règle aussi ses machines à coudre le cuir et en assure l’entretien de premier niveau.
La lecture de plans et le calcul de patrons comptent autant que la couture : le référentiel du CAP organise la formation en deux blocs, la préparation du travail (lire le cahier des charges, proposer un plan de découpe) puis la fabrication elle-même. La vérification finale, aspect et solidité des coutures, engage sa responsabilité vis-à-vis du client ou du donneur d’ordre.
Devenir sellier-garnisseur
Le diplôme de référence est le CAP Sellerie générale, enregistré au RNCP sous le numéro RNCP39037, de niveau 3, actif jusqu’au 31 août 2027. Il couvre la fabrication de sièges, de revêtements et d’aménagements intérieurs pour véhicules automobiles, bateaux ou avions, ainsi que des bâches, des sangles et des voiles de sport, preuve que la formation dépasse le seul cadre automobile.
Pour les adultes en reconversion, le titre professionnel de sellier garnisseur est la voie la plus directe. Sa fiche actuelle, RNCP40218, de niveau 4, est délivrée par le ministère chargé du Travail et reste active jusqu’au 27 février 2030 ; elle remplace une version antérieure (RNCP34499), inactive depuis le 28 février 2025. Elle ouvre vers la sellerie de transport (automobile, nautique, aéronautique, ferroviaire) et la sellerie générale, avec des parcours de 12 à 18 mois selon l’organisme, proposés par l’Afpa, des CFA ou des chambres de métiers.
- Choisir sa voie d’entréeCAP Sellerie générale en lycée ou en CFA après la troisième, ou titre professionnel en formation continue pour les adultes.
- Se former en atelierL’alternance ou les périodes de stage font l’essentiel de l’apprentissage, geste après geste.
- Passer l’examen ou la VAEDiplôme de l’Éducation nationale ou session du ministère du Travail, selon la voie choisie.
- Entrer en atelier ou se spécialiserSous-traitant automobile, artisan indépendant, ou spécialisation dans le luxe et la restauration.
Le CAP Maroquinerie, préparé notamment dans les écoles de maisons de luxe comme celle d’Hermès ou l’Institut des Métiers d’Excellence de LVMH, forme un métier voisin mais distinct : il vise le sac et la petite maroquinerie, pas le siège de véhicule. Certains artisans y font leurs premières armes avant de se spécialiser en sellerie automobile, mais aucune passerelle officielle entre les deux CAP n’a été trouvée dans les sources lues, et aucune mention complémentaire nationale propre à la sellerie automobile n’existe à ce jour.
En reconversion, le titre professionnel se finance par le CPF, le projet de transition professionnelle ou une prise en charge de France Travail. La validation des acquis de l’expérience est ouverte à qui a déjà pratiqué la couture du cuir ou la garniture, en atelier ou à titre personnel.
Où travailler et dans quelles conditions
Le ROME distingue deux statuts : salarié en CDI ou CDD du secteur privé, ou travailleur indépendant. Les employeurs vont du petit atelier artisanal aux sous-traitants des constructeurs automobiles, en passant par les avionneurs d’affaires, les chantiers navals et le secteur ferroviaire. Un sellier-garnisseur peut aussi travailler pour un atelier de restauration de véhicules de collection ou pour une manufacture de mobilier haut de gamme.
Le classement conventionnel dépend de l’activité principale de l’employeur. Un atelier artisanal ou une petite entreprise de sellerie relève en général du code NAF 1512Z, « fabrication d’articles de voyage, de maroquinerie et de sellerie », qui renvoie à la convention collective de la maroquinerie, IDCC 2528. À l’inverse, un poste chez un constructeur automobile ou un équipementier relève le plus souvent de la convention collective de la métallurgie, IDCC 3248, entrée en vigueur le 1er janvier 2024, dont le champ couvre explicitement l’automobile et l’aéronautique. Vérifiez la convention appliquée sur votre contrat, ou avec notre moteur de recherche de convention collective.
L’indépendant qui ouvre son propre atelier de sellerie s’immatricule au Registre national des entreprises (RNE), tenu par l’INPI depuis le 1er janvier 2023 : ce registre unique a remplacé le répertoire des métiers et le registre du commerce et des sociétés pour les artisans.
Ce qui plaît
- Des univers variés : auto de luxe, aviation, nautisme, ameublement.
- Un objet fini qu’on installe et qu’on voit utilisé.
- Une rareté qui ouvre au sur-mesure et à la restauration.
- Une installation possible après quelques années d’atelier.
Ce qui pèse
- Des outils et matériaux dangereux : couteaux, presses, colles.
- Des délais serrés sur les chantiers de série ou de restauration.
- Peu de formations dédiées à la sellerie automobile ancienne.
- Des salaires proches du SMIC à l’entrée de la grille cuir.
Combien gagne un sellier-garnisseur
Dans un atelier relevant de la convention de la maroquinerie (IDCC 2528), la grille 2026 place un ouvrier de niveau I à 1 867 € brut par mois, au niveau du SMIC, et un cadre de niveau VI à 4 130 €, selon Juristique. Dans une entreprise relevant de la métallurgie (IDCC 3248), la grille 2026 va de 21 980 € à 88 985 € brut par an, soit environ 1 832 € à 7 415 € brut par mois, mais aucune source lue ne précise le classement exact d’un sellier-garnisseur dans cette grille : il dépend du poste et de l’entreprise.
Emploi et débouchés
Aucune statistique nationale ne compte spécifiquement les selliers-garnisseurs. Le portrait de branche de la maroquinerie, daté du 21 septembre 2026, cite le sellier-garnisseur comme un « métier associé » à cette branche, aux côtés du sellier-harnacheur et du prototypiste, sans lui donner d’effectif propre.
Le secteur de la restauration de véhicules d’époque donne un indice de la taille du marché le plus proche du métier. Selon l’étude de l’Institut pour les Savoir-Faire Français et la FFVE (2024), ce secteur pèse 3,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires, dont 1,3 milliard pour la restauration elle-même, et emploie 24 000 professionnels qui y consacrent tout ou partie de leur temps. Parmi eux, l’étude estime à une dizaine seulement le nombre de selliers consacrés exclusivement à l’automobile de collection, un chiffre qui donne la mesure d’un savoir-faire rare, à distinguer de la sellerie d’ameublement ou d’équitation, bien plus répandue.
L’enquête Besoins en main-d’œuvre 2026 de France Travail recense près de 2,3 millions de projets de recrutement, dont 43,8 % jugés difficiles, tous métiers confondus : elle ne donne aucun chiffre propre à la sellerie de véhicules.
Évolutions de carrière
Dans un atelier ou une manufacture, la progression passe par la polyvalence des matériaux et des véhicules, puis par des fonctions de formateur ou de chef d’équipe, jusqu’au poste de chef d’atelier ou de responsable de fabrication. Certains selliers-garnisseurs rejoignent des bureaux d’études pour participer au prototypage de nouveaux intérieurs, aux côtés de designers et d’ingénieurs, une activité que cite la fiche ROME du métier.
L’autre voie est la spécialisation rare : restauration de véhicules de collection, personnalisation d’intérieurs de très haut de gamme, ou sellerie d’exception pour l’aviation d’affaires. Elle s’appuie sur plusieurs années d’atelier plutôt que sur un diplôme supplémentaire, faute de cursus dédié identifié dans les sources lues. L’installation en artisan indépendant reste la dernière étape pour beaucoup, avec l’immatriculation au Registre national des entreprises.
Métiers proches
Le travail du cuir, la précision manuelle et l’univers du véhicule ou du luxe relient le sellier-garnisseur à plusieurs métiers.
La sellerie de collection : un savoir-faire rare, sans diplôme dédié
Aucun diplôme d’État ne cible spécifiquement la restauration de véhicules anciens, sellerie comprise. Selon l’étude de l’Institut pour les Savoir-Faire Français et la FFVE, les deux certificats de qualification professionnelle créés en 2020 pour ce secteur, réparateur mécanicien et tôlier, ne couvrent pas la sellerie : ce savoir-faire s’apprend surtout auprès d’un professionnel expérimenté, par transmission directe.
Cette même étude relève que les métiers liés aux habillages intérieurs, dont la sellerie, restent moins connus et moins mis en avant que la mécanique ou la carrosserie, alors que le vieillissement des artisans menace leur transmission : peu de jeunes s’y forment, et certains partent à la retraite sans avoir pu former de successeur. Pour un candidat à la reconversion prêt à viser cette niche, l’atout est réel : la rareté du savoir-faire pèse plus lourd, à l’embauche, que la lenteur habituelle d’un parcours artisanal.
Vous souhaitez vous reconvertir ou évoluer dans ce métier ?
Découvrez les formations disponibles près de chez vous et financez votre projet grâce au CPF.

