Vous avez remis votre lettre de démission en mars pour vous lancer dans une reconversion. Vous vous êtes inscrit à France Travail en avril. Et on vous a répondu que vous n’aviez droit à rien.

C’est le scénario le plus fréquent chez les personnes qui quittent volontairement leur poste avec un projet en tête. Le dispositif qui permet de démissionner en conservant l’allocation d’aide au retour à l’emploi existe depuis 2019 et il fonctionne. Il repose sur un ordre d’étapes que beaucoup inversent, et l’inversion ne se rattrape pas.

Trois portes mènent à l’ARE après une démission : le projet de reconversion validé en amont, la liste des démissions légitimes, et le réexamen après 121 jours. Elles n’ont ni les mêmes conditions, ni les mêmes délais, ni les mêmes chances de succès.

La validation Transitions Pro doit précéder la lettre de démission

La démission-reconversion suit une séquence stricte. Vous sollicitez d’abord un conseil en évolution professionnelle, gratuit, auprès d’un opérateur régional. Le conseiller vous aide à formaliser le projet, à chiffrer la formation ou le plan de création d’entreprise, et à monter le dossier. Il ne décide de rien.

Le dossier passe ensuite devant la commission paritaire interprofessionnelle régionale, portée par Transitions Pro, qui apprécie le caractère réel et sérieux du projet. Cette validation doit intervenir avant que vous ne démissionniez. Une démission posée avant la décision de la commission ferme le dispositif, définitivement, quelle que soit la qualité du projet.

Une fois la validation notifiée, deux compteurs démarrent en parallèle. Vous devez vous inscrire comme demandeur d’emploi dans les six mois qui suivent la notification, et dans les douze mois qui suivent la fin de votre contrat de travail, selon le site officiel du dispositif. Les deux délais courent ensemble et c’est le plus court qui vous contraint.

Les conditions d’accès à la démission-reconversion

Il faut être en contrat à durée indéterminée de droit privé au moment de la démission, et justifier de 1 300 jours travaillés au cours des 60 derniers mois. Ce sont des jours travaillés et non des jours calendaires : le décompte se fait à raison de cinq jours par semaine civile couverte par un contrat, et le temps partiel ne pénalise pas.

1 300 jours représentent environ cinq années d’activité continue. Une interruption longue, un congé sabbatique ou une période de chômage dans les cinq dernières années peuvent vous faire passer sous le seuil. C’est le premier motif de rejet, avant même l’examen du projet.

Deux familles de projets sont recevables : une reconversion passant par une formation, ou une création ou reprise d’entreprise. Notre guide sur la démission pour se reconvertir détaille le contenu attendu du dossier et les pièces qui font la différence devant la commission.

Ce que France Travail vérifie une fois que vous êtes indemnisé

La validation ne clôt pas le sujet. France Travail contrôle la réalité de la mise en œuvre du projet, en général à partir du sixième mois d’indemnisation. Vous devez pouvoir montrer l’entrée en formation, l’immatriculation de l’entreprise, ou à défaut les démarches sérieuses déjà engagées.

Un dossier vide à ce stade expose à une radiation de la liste des demandeurs d’emploi et à l’arrêt du versement. Le contrat d’engagement, qui a remplacé le projet personnalisé d’accès à l’emploi depuis la loi n° 2023-1196 du 18 décembre 2023 pour le plein emploi, sert de cadre à ce suivi.

Le régime de sanctions a été refondu par le décret du 30 mai 2025, applicable depuis le 1er juin 2025. Un premier manquement entraîne une suspension d’au moins 30 % de l’allocation pendant un à deux mois. En cas de persistance, la suspension peut atteindre 100 % pendant un à quatre mois. Le versement reprend dès que vous respectez à nouveau vos obligations, ce que l’ancien régime de radiation sèche ne permettait pas.

Les démissions légitimes, l’autre porte d’entrée

En dehors du projet de reconversion, le règlement d’assurance chômage annexé à la convention du 15 novembre 2024 énumère des situations où la démission ouvre directement droit à l’ARE. La liste est limitative et c’est le règlement en vigueur à la date de fin de votre contrat qui s’applique.

Y figurent le déménagement pour suivre un conjoint ou un partenaire de Pacs qui change de résidence pour un nouvel emploi, le changement de résidence rendu nécessaire par des violences conjugales avec dépôt de plainte, le non-paiement des salaires constaté par une ordonnance de référé, et la démission consécutive à un acte susceptible d’être qualifié de crime ou de délit subi dans le cadre professionnel, plainte à l’appui.

D’autres cas visent des enchaînements de contrats. Quitter un emploi pour un nouveau CDI auquel l’employeur met fin rapidement, ou cesser une activité créée après une démission pour une cause indépendante de votre volonté, entrent dans la liste sous conditions de délai. Le mariage ou le Pacs entraînant un changement de résidence, le contrat de service civique et le suivi d’un enfant handicapé admis dans une structure éloignée en font également partie.

Chaque cas exige une pièce précise. Une attestation du nouvel employeur du conjoint, une ordonnance de référé, un récépissé de plainte. Sans le justificatif prévu par le texte, le motif ne sera pas retenu, même quand la situation est réelle et documentée par ailleurs.

Le réexamen après 121 jours

Si votre démission n’entre dans aucune de ces cases, il reste une voie. Passé 121 jours suivant la date de radiation de la liste des demandeurs d’emploi, vous pouvez demander à l’instance paritaire régionale de réexaminer votre situation.

L’instance regarde vos recherches d’emploi, vos éventuelles reprises de contrats courts et vos démarches de formation. Justifier d’au moins 65 jours travaillés ou 455 heures depuis la démission pèse favorablement dans le dossier. En cas d’avis positif, l’allocation est versée à compter du 122e jour suivant la radiation, jamais rétroactivement.

Rien n’est automatique. L’instance rend une décision discrétionnaire, et un dossier sans preuve de recherche active est refusé. Construisez votre trésorerie sur l’hypothèse de quatre mois sans aucun revenu de remplacement, pas sur celle d’un accord probable.

Combien, et à partir de quand

Les conditions générales d’indemnisation s’appliquent en plus. Il faut 130 jours ou 910 heures travaillés au cours des 24 derniers mois, portés à 36 mois à partir de 53 ans, selon la convention du 15 novembre 2024 applicable jusqu’au 31 décembre 2028.

L’allocation journalière est le plus élevé des deux calculs suivants : 40,4 % du salaire journalier de référence augmentés de 13,18 €, ou 57 % de ce salaire journalier. Le plancher est de 32,13 € par jour et le plafond de 75 % du salaire journalier de référence. Ces montants sont ceux publiés par l’Unédic après la revalorisation du 1er juillet 2025, et le conseil d’administration n’a pas revalorisé les allocations au 1er juillet 2026. Notre calculateur d’allocation chômage reprend cette formule.

Entre la fin du contrat et le premier versement s’intercalent un délai d’attente de 7 jours, un différé lié à l’indemnité compensatrice de congés payés plafonné à 30 jours, et un différé spécifique pouvant atteindre 150 jours si vous avez perçu des sommes supérieures au minimum légal. Vérifiez ce que contient votre solde de tout compte avant de dater votre budget : ce sont ces lignes qui déterminent la longueur du différé.

La question à poser avant de démissionner

Un salarié qui remplit les 1 300 jours remplit aussi, mécaniquement, les critères d’ancienneté qui rendent une rupture conventionnelle intéressante. Avant d’engager six à huit semaines de montage de dossier avec Transitions Pro, demandez un entretien à votre employeur.

Une rupture conventionnelle ouvre le droit à l’ARE sans validation préalable, sans contrôle de projet au sixième mois, et elle s’accompagne d’une indemnité au moins égale à l’indemnité légale de licenciement. Notre page sur le calcul de l’indemnité de rupture conventionnelle vous donne l’ordre de grandeur à mettre sur la table.

Si l’employeur refuse, vous n’avez rien perdu et vous lancez la procédure Transitions Pro. S’il accepte, vous économisez plusieurs mois de démarches et vous encaissez une indemnité que la démission-reconversion ne prévoit pas. Poser la question coûte un rendez-vous.