Salaire livreur Deliveroo en 2026 : garantie et revenu réel

Pas de fiche de paie ni de treizième mois : le livreur Deliveroo facture ses courses et son revenu varie chaque semaine. Depuis le 1er septembre 2026, un plancher horaire s’applique pour la première fois. Voici ce que garantit ce plancher, ce que rapporte réellement une course, et ce qui reste à la charge du livreur indépendant.

19 €brut garantis par heure d’activité, depuis le 1er septembre 2026
25,7 €revenu horaire brut en course chez Deliveroo en 2025, hors attente et charges
21,2 %de cotisations sociales sur le chiffre d’affaires, micro-entreprise BIC services

Un revenu à la course, pas un salaire

Le livreur Deliveroo est un travailleur indépendant au sens de la loi d’orientation des mobilités du 24 décembre 2019 : il n’y a pas de bulletin de paie, mais un chiffre d’affaires déclaré à l’Urssaf. Son revenu dépend du nombre de courses acceptées, de leur distance et des bonus affichés par l’application.

Depuis l’accord du 20 avril 2023, une garantie de revenu minimal existe pour ce secteur, sous l’égide de l’Autorité des relations sociales des plateformes d’emploi (ARPE). Elle fixait alors 11,75 € brut par heure d’activité. L’avenant du 10 juillet 2026, applicable au 1er septembre 2026, la porte à 19 € brut par heure, calculée par semaine civile et non plus par mois.

Trois précisions comptent pour comprendre ce plancher. Le temps pris en compte va de l’acceptation de la course à sa remise au client : l’attente entre deux commandes n’entre pas dans le calcul. Les pourboires restent exclus du revenu garanti et s’ajoutent en plus. Si la rémunération réelle d’une semaine est inférieure au plancher, Deliveroo doit verser un complément dans les sept jours suivant la semaine échue.

Ce texte a été signé par l’Association des plateformes d’indépendants, par UNION-Indépendants et par la FNAE, des organisations reconnues représentatives à l’issue des élections professionnelles organisées par l’ARPE. Il ne couvre que la livraison à deux ou trois roues, motorisée ou non : un livreur qui travaille en voiture ou en utilitaire pour un prestataire de e-commerce relève d’autres règles, plus proches de celles du chauffeur-livreur salarié. L’avenant prévoit lui-même une demande d’homologation par les pouvoirs publics, une étape dont l’issue n’était pas connue au moment de la rédaction de cette page : la garantie de 19 € reste donc, en toute rigueur, un engagement des signataires avant d’être un texte homologué.

Combien rapporte une course

Deliveroo ne publie aucune grille tarifaire officielle par course en France : le montant dépend d’un calcul interne à l’application, qui combine une base fixe, la distance jusqu’au client et des bonus de zone ou d’heure de pointe. Plusieurs guides commerciaux destinés aux livreurs avancent une fourchette de 3 à 5 € par course, sans méthodologie publiée ni source primaire vérifiable : à traiter comme une estimation, pas comme un tarif établi. Une négociation sur un revenu minimal par course, fondé sur la distance et le temps de trajet, doit s’ouvrir dans les deux mois suivant la signature de l’avenant du 10 juillet 2026 : si elle aboutit, elle donnerait enfin un tarif plancher officiel par livraison, ce que le secteur n’a jamais eu jusqu’ici.

La donnée officielle disponible porte sur le revenu horaire brut en course, publié chaque année par l’ARPE. En 2025, il s’élevait à 21,5 € chez Uber Eats (en hausse de 4,7 %), 25,7 € chez Deliveroo (en baisse de 2,4 %) et 22,7 € chez Stuart (en baisse de 5 %). Ce chiffre ne déduit ni le temps d’attente entre deux commandes, ni les cotisations sociales, ni les frais de véhicule : il surestime largement ce qui reste au livreur en fin de mois.

PlateformeRevenu horaire brut en course, 2025Évolution sur un an
Deliveroo25,7 €-2,4 %
Stuart22,7 €-5,0 %
Uber Eats21,5 €+4,7 %
Source : ARPE, analyse 2026 des indicateurs d’activité du secteur de la livraison, données 2025, relayées par franceinfo le 25 avril 2026. Sur 2021-2025, le revenu horaire brut en course a reculé de 15,0 % à 22,4 % selon la plateforme.

Cotisations et régime micro-social

Le livreur relève de la catégorie des prestations de services BIC, taxée à 21,2 % du chiffre d’affaires en 2026, tous prélèvements sociaux compris, selon Service-public.fr. Le plafond de chiffre d’affaires pour rester en micro-entreprise est de 83 600 € par an sur cette activité.

À titre d’exemple, pour 25 heures d’activité par semaine au tarif plancher de 19 € brut, un livreur facture environ 2 058 € par mois (475 € par semaine, rapportés au mois). Les cotisations de 21,2 % en retiennent environ 436 €, avant impôt sur le revenu et avant les frais réels du véhicule, de son entretien et de son assurance, qui restent à sa charge. À 35 heures hebdomadaires, la base mensuelle monte à environ 2 882 € brut, et environ 611 € de cotisations. Simulez votre situation avec le calculateur de charges d’auto-entrepreneur.

Le régime micro-social ne permet pas de déduire les frais réels : l’abattement forfaitaire intégré au taux de 21,2 % est censé les couvrir, quel que soit le montant réellement dépensé en carburant, en recharge électrique de batterie ou en réparation du véhicule.

Protection sociale limitée

La couverture accident du travail n’est pas automatique. L’article L. 7342-2 du Code du travail permet au livreur de souscrire une assurance volontaire contre les accidents du travail et les maladies professionnelles ; la plateforme en prend en charge la cotisation, dans la limite d’un plafond fixé par décret, si son chiffre d’affaires annuel sur l’application atteint 13 % du plafond annuel de la Sécurité sociale (article D. 7342-1), soit environ 6 248 € en 2026 sur la base d’un plafond annuel de 48 060 €. En dessous de ce seuil, l’adhésion reste possible mais à la charge du livreur. Un salarié, lui, est couvert dès le premier jour de travail par la branche accidents du travail de la Sécurité sociale, sans condition de chiffre d’affaires : ce n’est pas le cas du livreur indépendant.

L’assurance chômage classique ne s’applique pas non plus : un indépendant ne cotise pas à ce régime. Le livreur peut, sous conditions strictes, prétendre à l’allocation des travailleurs indépendants (ATI) : au moins 10 000 € de recettes sur l’une des deux dernières années d’activité, une cessation involontaire (liquidation judiciaire, ou baisse de plus de 30 % du revenu déclaré constatée par un tiers de confiance), et des ressources personnelles sous le seuil du RSA, selon l’Unédic. Elle verse environ 800 € par mois pendant six mois au maximum, une fois tous les cinq ans. Les cotisations retraite d’un micro-entrepreneur se calculent en outre sur une assiette forfaitaire, réduite par un abattement propre à son activité : à chiffre d’affaires apparent égal, elles ouvrent en général moins de trimestres validés qu’un salaire soumis aux cotisations de droit commun.

Comparaison avec les métiers proches

Le statut change tout autant que le montant. Un salarié perçoit un revenu fixe garanti dès le premier jour, primes et cotisations retraite comprises ; l’indépendant assume seul les périodes creuses. Le tableau ci-dessous rapproche des revenus mensuels bruts qui ne se comparent pas terme à terme : celui du salarié est régulier et garanti dès le premier mois, celui du livreur Deliveroo dépend des heures réellement connectées et reste avant déduction des frais de véhicule. Il donne malgré tout un ordre de grandeur utile avant de choisir un statut.

MétierStatutRevenu brut mensuel
Chauffeur-livreurSalarié, SMIC à 35 h1 867 à 2 134 €
FacteurSalarié La Poste, niveau II.31 916 €
Livreur AmazonSalarié d’un partenaire de livraisonnon officiel, sources secondaires
Livreur DeliverooIndépendant, plancher horaire2 058 à 2 882 € selon les heures
Sources : SMIC et grille IDCC 16 (metiers/FAITS_COMMUNS.md) pour le chauffeur-livreur ; grille La Poste 2026 pour le facteur ; le montant du livreur Amazon ne repose sur aucune source officielle, seulement des guides spécialisés, à ne pas retenir comme une donnée établie.

Devenir livreur DeliverooInscription, statut, missions et débat sur la requalification en salariat.Voir la fiche métier

Ce qui fait vraiment varier le revenu

La zone géographique pèse lourd : un centre-ville dense multiplie les commandes courtes, tandis qu’une périphérie impose de longs trajets à vide entre deux courses. Les horaires comptent tout autant : les créneaux de midi, du soir et des jours de pluie ou de match concentrent les bonus.

Le choix du véhicule change aussi la donne. Un scooter électrique permet d’enchaîner davantage de courses qu’un vélo classique sur une même plage horaire, au prix d’un investissement et d’une assurance plus coûteux. Se connecter à plusieurs plateformes en parallèle, une pratique autorisée pour un indépendant, reste le principal levier pour lisser un revenu qui varie d’une semaine à l’autre. Cela exige toutefois un arbitrage constant : accepter une course sur une application impose de refuser, ou d’ignorer, les sollicitations des autres pendant sa durée.

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