Instituteur : un corps de fonctionnaires en voie d’extinction

Dans une école de campagne, une enseignante proche de la retraite prépare sa classe : elle fait partie des 1 253 instituteurs encore en poste en France en 2021, un corps fermé au recrutement depuis 1990. Le titre a disparu des concours, mais pas des salles de classe ni du langage courant. Voici ce que ce mot désigne réellement aujourd’hui.

AccèsFermé depuis 1990aucun nouveau recrutement
FormationAncienne école normalefilière disparue avec la réforme
Salaire actuelJusqu’à 2 648,46 €brut à l’échelon terminal
Où travaillerÉcole publiquejusqu’à leur retraite

Ce que fait un instituteur

Un instituteur enseigne toutes les matières du programme du premier degré à une classe de maternelle ou d’élémentaire, exactement comme un professeur des écoles. Les deux titres désignent le même travail au quotidien : préparer les cours, faire la classe, évaluer les élèves, recevoir les familles. La différence ne tient pas au métier exercé, mais au statut administratif et à la date de recrutement.

Vous voulez devenir instituteur aujourd’hui ?

Ce n’est plus possible : l’État n’a plus recruté d’instituteur depuis le début des années 1990. Le métier existe toujours, sous le nom de professeur des écoles, recruté par le concours CRPE. Le diplôme requis, le déroulé du concours et le salaire de départ figurent sur notre fiche professeur des écoles, que nous ne répétons pas ici.

Cette fiche retrace ce qu’était le corps des instituteurs, la réforme qui l’a fermé au recrutement, et ce que sont devenus celles et ceux qui portaient ce titre.

Les compétences attendues

Les compétences d’un instituteur ne diffèrent pas de celles d’un professeur des écoles : pédagogie, gestion d’un groupe d’enfants, maîtrise du français et des mathématiques, travail avec les familles. La formation initiale a changé de nom et de niveau, pas le cœur du métier. Le détail de ces compétences, relié à des situations de classe, figure sur la fiche professeur des écoles déjà citée.

Ce qui distingue souvent un instituteur en fin de carrière, c’est l’ancienneté : la plupart ont plus de trente ans de classe derrière eux, une expérience que la formation initiale ne remplace pas.

Devenir instituteur : une histoire, pas un projet

Le mot « instituteur » vient de l’organisation scolaire du 19e siècle : le recrutement passait par une école normale départementale, accessible après le brevet puis le bac, sans diplôme universitaire. Cette filière n’a pas simplement changé de nom : elle a été remplacée par un système de formation universitaire, dans un mouvement engagé à la fin des années 1980.

  1. 10 juillet 1989La loi d’orientation sur l’éducation, dite loi Jospin, crée les instituts universitaires de formation des maîtres pour former les futurs enseignants du premier degré, selon le texte publié sur Légifrance.
  2. 1er août 1990Le décret n° 90-680 crée le corps des professeurs des écoles et ouvre son recrutement par concours, accessible après une licence, selon Légifrance.
  3. Sessions 1990 à 1992Le recrutement d’instituteurs s’arrête : plus aucun candidat n’entre dans ce corps par concours après ces sessions transitoires.
  4. Chaque année depuis 1990Les instituteurs en poste peuvent s’inscrire sur une liste d’aptitude, après cinq ans de service, pour intégrer le corps des professeurs des écoles. Le mécanisme reste actif en 2026 : un arrêté du 3 mars 2026 fixe encore des postes à pourvoir par cette voie, selon Légifrance.

Le passage sur liste d’aptitude n’a rien d’automatique : c’est un choix individuel, et une minorité d’instituteurs ne l’a jamais fait. En octobre 2012, il restait 7 417 instituteurs en fonction ; en octobre 2021, ils n’étaient plus que 1 253, d’après une question écrite à l’Assemblée nationale et sa réponse du 8 mars 2022. Nous n’avons pas trouvé de chiffre officiel plus récent que 2021. Sources : Sénat, Assemblée nationale.

Une partie de ceux qui restent choisit délibérément de ne pas intégrer le nouveau corps, notamment pour conserver un droit au logement de fonction réservé aux instituteurs par l’article L. 212-5 du code de l’éducation. Tant que des instituteurs actifs demeurent, une loi de réforme des retraites de 2003 interdit d’aligner les pensions des instituteurs retraités sur celles des professeurs des écoles : le corps ne peut donc pas être déclaré officiellement éteint, malgré son nom.

Un cas particulier a existé à Mayotte : un corps propre d’instituteurs de la fonction publique de l’État y avait été recréé par le décret n° 2005-119 du 14 février 2005. Il a lui aussi été placé en extinction, à partir de la session 2017, par le décret n° 2016-930 du 6 juillet 2016. Il n’existe donc plus, ni à Mayotte ni ailleurs, de voie de recrutement portant le titre d’instituteur.

Pour devenir enseignant du premier degré aujourd’hui, la seule voie est le concours de recrutement de professeurs des écoles, le CRPE, accessible dès la licence depuis la session 2026. Nous ne détaillons pas de nouveau ici ce parcours, déjà couvert sur notre fiche professeur des écoles.

Où travailler et dans quelles conditions

Les instituteurs encore en activité exercent dans une école publique, en classe ou en direction d’école, au même titre que leurs collègues professeurs des écoles. Leur employeur, leurs horaires et leur calendrier scolaire sont identiques : rien ne distingue un instituteur d’un professeur des écoles dans l’organisation d’une école, seul le statut administratif diffère.

Ce qui reste propre à ce statut

  • Un droit au logement de fonction, réservé par le code de l’éducation, que le passage en professeur des écoles fait perdre.
  • Une grande ancienneté, avec une classe souvent tenue depuis des décennies.

Ce qui pèse

  • Une grille de traitement plus basse que celle des professeurs des écoles, à ancienneté comparable.
  • Une pension figée tant que le corps compte des membres actifs, par effet de la loi de 2003.

Combien gagne un instituteur

Le corps des instituteurs suit sa propre grille indiciaire, plus basse que celle des professeurs des écoles : un seul grade, onze échelons, de l’indice majoré 373 à 538 en 2026, selon RDV Emploi Public. Le brut mensuel s’obtient en multipliant cet indice par le point de la fonction publique, 4,922783 € depuis le 1er juillet 2023.

1 253instituteurs encore en poste en France en octobre 2021
2 648,46 €brut mensuel à l’échelon terminal, hors primes, en 2026
1 867,02 €Smic brut mensuel, plancher réel des deux premiers échelons

Salaire instituteur en 2026Grille complète d’un corps en extinction, primes et brut au net.Voir les salaires

Emploi et débouchés

Il n’y a plus de débouché à proprement parler : aucun poste d’instituteur n’est ouvert au recrutement, et ce corps disparaîtra avec le départ à la retraite de ses derniers membres. L’effectif a été divisé par près de six en neuf ans, de 7 417 en octobre 2012 à 1 253 en octobre 2021, selon les questions parlementaires déjà citées. Nous n’avons pas trouvé de chiffre officiel postérieur à 2021 pour prolonger cette tendance.

Le débouché réel du premier degré aujourd’hui passe par le concours de professeur des écoles, dont le nombre de postes ouverts chaque année figure sur notre fiche dédiée. Aucun chiffre équivalent n’existe pour les instituteurs, puisqu’aucune session de recrutement n’est plus ouverte à ce titre.

Évolutions de carrière

La seule évolution de statut ouverte à un instituteur reste l’intégration au corps des professeurs des écoles par liste d’aptitude, avec un reclassement sur la grille plus favorable de ce corps. Une fois intégré, l’ancien instituteur suit ensuite le même déroulé de carrière qu’un professeur des écoles recruté par concours : classe normale, puis hors classe, puis classe exceptionnelle, selon l’ancienneté et l’avis de l’inspection.

Comme leurs collègues, les instituteurs peuvent aussi accéder à la direction d’une école, sans changer de corps. Les autres passerelles, vers l’inspection, la formation de futurs enseignants ou l’enseignement spécialisé, restent en principe ouvertes, mais nous n’avons pas trouvé de données propres aux instituteurs sur ce point : elles sont détaillées, pour les professeurs des écoles, sur la fiche dédiée.

Métiers proches

Ces métiers accompagnent des enfants ou des familles, à l’école ou autour d’elle.

Pourquoi le mot « instituteur » reste si présent

Trente-six ans après la fermeture du recrutement, le mot n’a pas disparu du langage courant : on continue de dire « l’instituteur » ou « la maîtresse » pour parler d’un professeur des écoles, dans la vie de tous les jours comme dans les moteurs de recherche. La fiche officielle du métier, tenue par France Travail, garde d’ailleurs « instituteur » et « maître d’école » parmi les anciennes appellations du métier, aux côtés du nom actuel.

Cet écart entre le mot et le statut n’a rien d’exceptionnel dans la fonction publique française : plusieurs corps changent de nom sans que l’usage courant suive tout de suite. Pour ce métier précis, la bascule administrative est achevée depuis 1990. Seul l’usage du mot met plus de temps à s’effacer que le corps lui-même.

Vous souhaitez vous reconvertir ou évoluer dans ce métier ?

Découvrez les formations disponibles près de chez vous et financez votre projet grâce au CPF.