Enseignant-chercheur : missions, concours et salaire

Maître de conférences puis, avec une habilitation à diriger des recherches et un nouveau concours, professeur des universités : l’enseignant-chercheur partage son temps entre les cours à l’université et la recherche dans son laboratoire. Après un doctorat et une qualification du Conseil national des universités, chaque poste se joue devant un comité de sélection propre à l’établissement, pas un concours national unique.

AccèsBac + 8doctorat, puis qualification du CNU
Formation8 ans après le baclicence, master, doctorat
Salaire débutant2 358 € brutmaître de conférences, 1er échelon, hors primes
Où travaillerUniversité, IUTgrande école, laboratoire de recherche

Ce que fait un enseignant-chercheur

Le métier se définit par le partage de son temps de travail, fixé par le décret n° 84-431 du 6 juin 1984 : pour moitié l’enseignement, pour moitié la recherche, sur une base annuelle de 1 607 heures. Le service d’enseignement de référence correspond à 192 heures de travaux dirigés, ou 128 heures de cours magistraux, ou toute combinaison équivalente, en formation initiale ou continue.

Devant les étudiants, l’enseignant-chercheur assure des cours magistraux en amphithéâtre, anime des travaux dirigés ou pratiques en plus petit groupe, corrige des copies et fait passer des examens. Il encadre aussi des mémoires de master et, s’il est habilité à diriger des recherches, des thèses de doctorat.

Le reste du temps se passe en laboratoire : mener une recherche, publier dans des revues spécialisées, présenter ses travaux en conférence, monter des projets avec d’autres équipes, parfois à l’étranger. S’y ajoutent des tâches administratives : jurys d’examen ou de thèse, participation aux conseils de l’université, construction des maquettes de formation.

Enseignant-chercheur, professeur ou PRAG : ne pas confondre

Le professeur de collège et de lycée et le professeur des écoles n’ont aucune obligation de recherche. Un professeur agrégé ou certifié peut aussi enseigner à l’université sans faire de recherche, détaché comme PRAG ou PRCE. Les quatre métiers que recouvre le mot « enseignant » sont comparés sur notre fiche enseignant.

Les compétences attendues

La pédagogie s’apprend surtout sur le terrain, dans les premières années de maître de conférences, plus que dans les cours théoriques suivis pendant le doctorat. Expliquer une notion complexe à des étudiants de licence demande une clarté différente de celle attendue dans un article scientifique destiné à des pairs.

La méthode de recherche occupe une bonne partie du profil : formuler une question, concevoir un protocole ou une enquête, analyser des données, rédiger pour une revue à comité de lecture. Ces compétences s’affinent tout au long du doctorat, avant d’être mobilisées de façon autonome.

S’y ajoutent la gestion de projet, pour monter et suivre un financement de recherche, la rédaction en anglais, langue de la plupart des publications scientifiques, et une bonne dose d’autonomie : personne ne fixe d’emploi du temps détaillé à un enseignant-chercheur en dehors de ses heures de cours.

Devenir enseignant-chercheur

  1. Obtenir un doctoratTrois ans de thèse après un master, financés le plus souvent par un contrat doctoral.
  2. Être qualifié par le Conseil national des universitésUn examen du dossier par une section disciplinaire, valable quatre ans.
  3. Candidater devant un comité de sélectionPropre à chaque université, composé à parité de maîtres de conférences et de professeurs des universités de la discipline.
  4. Devenir maître de conférences stagiaire, puis titulaireUne année de stage, validée par le conseil académique de l’établissement.

Le contrat doctoral rémunère au moins 2 300 € brut par mois en 2026 pour un doctorant contractuel enseignant. Beaucoup de candidats enchaînent ensuite un ou plusieurs contrats d’attaché temporaire d’enseignement et de recherche (ATER), d’un an renouvelable, en attendant un poste de titulaire.

La qualification par le CNU est un examen de dossier par une section propre à la discipline, valable quatre ans. Elle ne garantit aucun poste : chaque université recrute ensuite via un comité de sélection propre à l’établissement, composé pour moitié d’enseignants-chercheurs de la discipline, sans concours national unique, selon le code de l’éducation (articles 9 à 9-3).

Devenir professeur des universités suppose d’abord une habilitation à diriger des recherches (HDR), obtenue après la soutenance d’un dossier de synthèse des travaux devant un jury d’au moins cinq membres habilités, la moitié extérieurs à l’établissement. Le maître de conférences habilité candidate ensuite à un poste de professeur, recruté lui aussi par un comité de sélection propre à l’université.

Une reconversion vers ce métier suppose de reprendre un doctorat, une voie longue rarement raccourcie par la validation des acquis de l’expérience. Un professionnel expérimenté qui a publié dans son domaine peut, dans certaines disciplines, valoriser ce parcours dans son dossier de qualification. Le compte personnel de formation peut financer une préparation, avec une participation obligatoire de 150 € depuis le 2 avril 2026.

Où travailler et dans quelles conditions

L’enseignant-chercheur travaille dans une université, un institut universitaire de technologie (IUT), ou une grande école publique ou privée, rattaché à un laboratoire relevant parfois aussi d’un grand organisme comme le CNRS ou l’Inserm. Les chercheurs employés à plein temps par ces organismes suivent un statut de fonctionnaire distinct, sans obligation d’enseignement.

L’emploi du temps s’organise d’abord par semestre universitaire, avec des semaines denses en cours pendant les périodes d’enseignement, et davantage de temps pour la recherche en dehors. Un enseignant-chercheur se déplace aussi pour des colloques, parfois à l’étranger, et travaille souvent en soirée ou le week-end pour préparer ses cours ou avancer sur ses publications.

Ce qui plaît

  • La liberté de choisir ses sujets de recherche.
  • La stabilité du statut de fonctionnaire, une fois titulaire.
  • La diversité des tâches, entre cours, recherche et encadrement.

Ce qui pèse

  • Une charge réelle supérieure aux seules heures de cours comptées.
  • Un recrutement long et incertain avant la titularisation.
  • Une pression à publier, qui pèse sur l’avancement de carrière.

Combien gagne un enseignant-chercheur

Le traitement d’un enseignant-chercheur titulaire dépend de son grade, maître de conférences ou professeur des universités, et de son échelon, tous deux calculés à partir de la valeur du point d’indice, 4,922783 € par mois depuis le 1er juillet 2023. S’y ajoute depuis 2022 le régime indemnitaire des personnels enseignants et chercheurs (RIPEC), versé à tout titulaire qui remplit ses obligations de service.

2 358 €brut mensuel au 1er échelon d’un maître de conférences, hors RIPEC
3 308 €brut mensuel au 1er échelon d’un professeur des universités, 2e classe, hors RIPEC
4 800 €par an, composante statutaire du RIPEC (C1) en 2026

Salaire enseignant-chercheur en 2026Grilles du maître de conférences et du professeur des universités, RIPEC et net.Voir les salaires

Emploi et débouchés

La France comptait 34 314 maîtres de conférences et 20 816 professeurs des universités au 31 décembre 2022, filière hospitalo-universitaire comprise, selon une réponse du ministère à une question parlementaire. Ce total recoupe une donnée plus récente : 55 420 enseignants-chercheurs titulaires en 2024, sur 94 000 enseignants du supérieur public au total, le reste se partageant entre contractuels et enseignants du second degré affectés dans le supérieur.

Le recrutement reste sélectif. En 2024, 8 500 candidats ont déposé 12 977 dossiers de qualification auprès du Conseil national des universités, et 6 385 ont été qualifiés, soit un taux de 64 %. La même année, 2 500 postes ont été publiés, en hausse de 9 % sur 2023, et 2 250 pourvus : 1 335 postes de maître de conférences, à un âge moyen de 35 ans, et 680 postes de professeur, à un âge moyen de 47 ans, d’après le ministère de l’Enseignement supérieur.

En face, la France délivre environ 14 700 doctorats par an, en baisse de 3 % en 2024 après une forte hausse en 2023, selon le service statistique du ministère (SIES). Trois ans après leur thèse, 94 % des docteurs de la promotion 2020 étaient en emploi, mais seulement 74 % dans un poste de recherche, tous domaines confondus : devenir enseignant-chercheur n’est donc qu’une des issues possibles après un doctorat.

Évolutions de carrière

La carrière d’un maître de conférences avance par échelon, puis par grade : neuf échelons en classe normale, jusqu’à l’indice majoré 835, puis une hors classe et un échelon exceptionnel accessibles au choix, sur dossier. Le passage à la hors classe s’ouvre dès le 7e échelon de la classe normale et cinq ans d’ancienneté.

Devenir professeur des universités demande une habilitation à diriger des recherches, puis un nouveau recrutement par un comité de sélection, sans lien automatique avec l’ancienneté de maître de conférences. Une fois professeur, la carrière progresse de la 2e classe à la 1re classe, puis à une classe exceptionnelle réservée à des fonctions particulières : direction d’unité de recherche, d’école doctorale ou de composante universitaire.

D’autres évolutions mènent à des responsabilités électives ou de direction : président d’université, directeur d’unité de formation et de recherche (UFR), directeur de laboratoire, ou vice-président d’un conseil. Certains enseignants-chercheurs se tournent aussi vers l’expertise, comme consultant pour des entreprises ou des administrations, ou vers la valorisation de la recherche.

Métiers proches

Ces métiers partagent avec l’enseignant-chercheur la transmission d’un savoir, la production d’une expertise, ou les deux.

Enseignant-chercheur ou professeur agrégé à l’université : deux voies distinctes

Un professeur agrégé ou certifié peut enseigner à l’université sans jamais devenir enseignant-chercheur, en étant détaché sur un poste de PRAG (professeur agrégé) ou de PRCE (professeur certifié). Le décret n° 93-461 fixe son service annuel à 384 heures équivalent travaux dirigés, soit le double d’un enseignant-chercheur, mais sans obligation ni évaluation de recherche.

Ce choix se pose souvent à un enseignant du secondaire qui veut travailler avec des étudiants sans repartir dans une thèse. Il reste réversible : un PRAG qui engage un doctorat en cours de carrière peut ensuite se qualifier et candidater comme n’importe quel autre docteur, sans passerelle automatique liée à son ancienneté d’enseignement.

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