Chargé d’études : missions, formations, salaire et débouchés
Un annonceur veut savoir pourquoi ses ventes reculent, un institut interroge un échantillon de Français avant une élection, l’Insee prépare une note sur l’emploi : derrière chaque demande, un chargé d’études. L’intitulé recouvre en réalité plusieurs métiers, du marketing à la statistique publique. Cette fiche décrit leur socle commun, les diplômes, les employeurs, la paie et les métiers voisins.

Ce que fait un chargé d’études
Le chargé d’études répond à une question posée par un décideur : ce client va-t-il acheter ce produit, que pensent les Français de cette réforme, où l’emploi recule-t-il ? Il ne livre pas des chiffres bruts mais une réponse argumentée, fondée sur des données qu’il a collectées ou retrouvées, puis traitées. La fiche M1403 de France Travail, celle du chargé d’études socio-économiques, décrit ce socle : collecter et analyser des données, réaliser des études et des modèles, rédiger des rapports, présenter les résultats aux commanditaires.
Un projet suit presque toujours le même fil. Il commence par le cadrage : reformuler la demande, fixer les indicateurs, choisir entre enquête quantitative (questionnaire, sondage), approche qualitative (entretiens, groupes de discussion) ou exploitation de données existantes. Vient ensuite la collecte, souvent confiée à un prestataire de terrain, puis le traitement avec Excel, R, Python, SPSS ou SAS. Le projet s’achève par la restitution : un rapport, quelques graphiques lisibles et une présentation devant ceux qui décident.
Dans un institut d’études comme Ipsos, Kantar, Ifop ou OpinionWay, le chargé d’études suit plusieurs projets à la fois pour des clients différents. Chez un annonceur, il travaille pour une seule marque et pilote aussi des études confiées à des instituts, ce que décrit la fiche métier de l’Apec sur le chargé d’études marketing. Dans un service statistique public, il produit des analyses sur l’emploi, les prix ou le territoire à partir d’enquêtes nationales.
Un intitulé, plusieurs métiers
« Chargé d’études » ne désigne pas un métier unique, et cela compte quand on cherche une formation ou un salaire. Quatre familles se cachent derrière le titre.
- Études de marché et d’opinion : consommateurs, clients, électeurs, en institut ou chez un annonceur. C’est le sens principal de cette fiche.
- Études statistiques et économiques : conjoncture, emploi, revenus, en administration, banque ou mutuelle. Le rôle se rapproche du statisticien et de l’économiste, traités dans leurs propres fiches.
- Études d’aménagement, d’urbanisme et d’environnement : en bureau d’études, diagnostics de territoire et dossiers réglementaires. Voyez l’urbaniste, l’écologue et le consultant en environnement.
- Études actuarielles, financières ou informatiques : modèles de risque, analyses de portefeuille, outils décisionnels. Le métier voisin est l’actuaire.
Les compétences attendues
Le premier atout est la méthode : savoir construire un échantillon, écrire une question qui n’oriente pas la réponse, repérer un biais avant qu’il ne fausse une conclusion. Le chargé d’études sait dire ce qu’un chiffre prouve et ce qu’il ne prouve pas.
La technique suit : statistiques descriptives et modèles, un ou deux logiciels (R, Python, SPSS, SAS), la lecture de bases publiques comme celles de l’Insee, la visualisation avec un outil de datavisualisation. Un profil qui code automatise ses redressements et ses tableaux.
Le reste tient à la rédaction et à la présentation. Un rapport de quarante pages que personne ne lit ne sert à rien : il faut hiérarchiser, choisir trois messages et les défendre devant un directeur marketing pressé. L’anglais sert à lire et rédiger des rapports techniques. La confidentialité compte aussi : les données des répondants sont protégées, et les études d’un client ne se partagent pas avec un autre.
Devenir chargé d’études
Les employeurs recrutent surtout à bac + 5, avec une spécialité qui dépend de la famille d’études visée. La fiche M1403 cite les masters de mathématiques appliquées et statistique, les masters de sciences économiques et sociales et les diplômes des écoles de la statistique.
- Bac + 5 : master de marketing ou école de commerceMaster « marketing, vente » en IAE ou à l’université, diplôme d’école de commerce ou d’IEP avec une majeure marketing ou études. C’est la voie principale vers les études de marché.
- Bac + 5 : master de statistique ou d’économieMaster mathématiques appliquées et statistique, ou sciences économiques et sociales. Il ouvre les études statistiques et économiques, en administration comme en banque.
- Bac + 5 : sciences socialesUn master de sociologie ou de science politique orienté enquêtes convient aux instituts d’opinion, qui recrutent aussi ces profils.
- Bac + 5 : école d’ingénieurs de la statistiqueL’ENSAI et l’ENSAE forment des ingénieurs statisticiens. L’ENSAI recrute par le concours CCINP (mathématiques, B/L, D2) ou sur titres.
- Bac + 3 : BUT Science des donnéesTrois ans en IUT, parcours « visualisation, conception d’outils décisionnels » : il mène à des postes d’assistant ou de technicien d’études, souvent complétés par un master.
Côté fiches officielles, le BUT Science des données de la première génération relevait de la fiche RNCP35402, enregistrée jusqu’au 31 août 2026 et remplacée par la fiche RNCP41617. Le diplôme d’ingénieur de l’ENSAI, de niveau 7, relève de la fiche RNCP40694. Pour l’État, le concours externe d’attaché statisticien de l’Insee ouvrait en 2026 neuf postes en économie et gestion, quatorze en économie et sciences sociales et vingt-six en mathématiques, avec une scolarité à l’ENSAI.
En reconversion, la voie la plus solide est un master en formation continue ou en alternance. Le compte personnel de formation finance une certification enregistrée, avec 150 € de participation depuis le 2 avril 2026, et la validation des acquis de l’expérience permet d’obtenir un diplôme sans repasser tous les cours. Un salarié peut aussi demander un projet de transition professionnelle.
Où travailler et dans quelles conditions
Les instituts d’études forment le premier employeur. Le syndicat professionnel Syntec Études Marketing et Opinion réunit plus de soixante sociétés, des plus petites aux plus grandes, qui représentent plus de la moitié du marché français en chiffre d’affaires et en emplois. Les annonceurs (grande distribution, banque, industrie, médias) emploient des chargés d’études en direction marketing ou en direction de la connaissance client. Les administrations recrutent à l’Insee, dans les services statistiques des ministères et dans les collectivités, notamment à la Dares, dont l’équipe compte une forte proportion de chargés d’études statisticiens et économistes.
Selon le ROME, le métier s’exerce en journée, en mode projet, avec des déplacements professionnels : réunions chez le client, présentation d’un rapport, suivi d’un terrain. Les pics d’activité précèdent les restitutions. En administration, les publications suivent un calendrier fixe, alors qu’en institut, plusieurs dossiers se recouvrent.
Ce qui plaît
- La variété des sujets : un projet sur les céréales, le suivant sur les mutuelles.
- Un rôle d’aide à la décision, écouté quand l’étude est bonne.
- Des employeurs variés : privé, public, associations.
- Des passerelles vers le marketing, la data et le conseil.
Ce qui pèse
- Des délais courts imposés par le client.
- Des salaires modestes au démarrage en institut.
- Un marché concentré à Paris et en Île-de-France.
- Des résultats parfois décevants que le client conteste.
- Une concurrence des outils automatisés pour les études simples.
Combien gagne un chargé d’études
Le salaire dépend de la famille d’études, de l’employeur et de la région. Dans une entreprise relevant de la convention Syntec, dont beaucoup d’instituts, le minimum d’un cadre débutant est de 2 135 € brut par mois. Les rémunérations réelles sont plus hautes : l’étude de rémunérations 2026 de Michael Page place le chargé d’études marketing à 28 000 à 32 000 € brut par an avec moins de deux ans d’expérience, et à 38 000 à 50 000 € au-delà de cinq ans. Aucun chiffre unique ne couvre les quatre familles d’études.
Emploi et débouchés
Le marché des instituts est petit et concentré. D’après l’Insee Première n° 1890 (janvier 2022), le secteur des études de marché et sondages employait 23 800 personnes en 2019, soit 25 % de moins qu’en 2010. Il compte 38 % de cadres, près du double de l’ensemble des services marchands. Les filiales de groupes internationaux réalisent 71 % du chiffre d’affaires pour 5 % des unités, et l’Île-de-France concentre 69 % des salariés.
La fiche sectorielle de l’Insee compte 2 281 entreprises et 1,97 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2017, dernière année détaillée. Nous n’avons trouvé aucun chiffre public plus récent ni aucune ligne de l’enquête Besoins en main-d’œuvre propre au chargé d’études : on ne peut donc pas annoncer un nombre de recrutements.
L’IA et les données synthétiques
La question du moment est l’automatisation. Un groupe de travail de la commission Études de Syntec Conseil a publié en juin 2025 une note de position sur les données synthétiques, ces réponses produites par un modèle plutôt que par de vrais répondants. Le syndicat se demande s’il s’agit d’une révolution méthodologique ou d’un risque à manier avec prudence, et note que la terminologie reste instable.
Pour un chargé d’études, la conséquence pratique est double. Les tâches répétitives (tableaux croisés, premiers codages de réponses ouvertes) s’automatisent. Le jugement sur la fiabilité d’un échantillon, la formulation d’une question et la mise en récit des résultats restent à sa charge, et deviennent la vraie valeur du poste.
Évolutions de carrière
En institut, la progression passe par des postes de responsable ou de directeur d’études, selon les appellations de la fiche M1403, qui inclut le chef de projet études socio-économiques et le responsable de veille stratégique. Aucune grille publique de ces échelons n’existe.
Chez un annonceur, la trajectoire mène au poste de responsable des études, puis vers le marketing ou la connaissance client. Les profils très quantitatifs glissent vers la data analyse ou la data science, et ceux qui aiment la recherche vers le doctorat. À l’Insee, le concours d’attaché statisticien principal, ouvert en 2026 à 39 postes aux agents ayant au moins trois ans de services, ouvre le grade supérieur.
Métiers proches
Ces six métiers partagent la collecte, l’analyse et la restitution de données, avec un angle différent.
Institut, annonceur ou administration : choisir son terrain
À diplôme égal, le quotidien diffère beaucoup selon l’employeur. L’institut offre le rythme le plus rapide et la plus grande variété de sujets, avec un premier salaire souvent plus bas et une concentration parisienne : l’Île-de-France emploie 69 % des salariés du secteur. L’annonceur propose un seul univers, en profondeur, et des perspectives vers le marketing, mais des études moins techniques, souvent sous-traitées.
L’administration offre la stabilité et une vraie technicité statistique : à l’Insee, l’attaché statisticien reçoit, selon l’Insee, environ 1 900 € brut par mois pendant les deux années de scolarité, puis environ 3 500 € après titularisation, en échange d’un engagement de huit ans. Une bonne question avant de choisir : préférez-vous défendre une recommandation devant un client, publier un chiffre de référence ou construire un outil que d’autres utiliseront ? La réponse oriente mieux le choix du master que le seul intitulé.
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