Conseiller numérique : missions, formation et débouchés

Dans une médiathèque ou une mairie, une personne de 70 ans vient demander de l’aide pour renouveler sa carte d’identité en ligne. C’est le conseiller numérique qui l’accompagne, sans faire à sa place. Ce métier né en 2021 pour lutter contre l’illectronisme traverse en 2026 une période charnière, son financement par l’État ayant été fortement réduit. Voici ses missions, sa formation et ce qu’il faut savoir avant de postuler.

AccèsAucun diplôme exigésélection sur motivation et test PIX
Formation105 à 420 hfinancée par l’État, avant la prise de poste
Salaire débutantenviron 2 060 € bruten collectivité, SMIC et indemnité de fonction
Où travaillerMairie, France Servicesassociations, CCAS, médiathèques

Ce que fait un conseiller numérique

Le conseiller numérique accompagne les personnes éloignées des outils numériques dans leurs démarches du quotidien : créer une adresse mail, utiliser FranceConnect pour ses démarches administratives, suivre un dossier Caf ou des impôts en ligne, chercher un emploi, se protéger des arnaques. Il anime des ateliers collectifs et reçoit aussi les usagers en rendez-vous individuel. Le principe du métier tient en une phrase reprise sur plusieurs fiches de poste : il ne fait jamais la démarche à la place de l’usager, il lui apprend à la faire seul.

La semaine s’organise rarement dans un seul lieu. Un conseiller peut tenir une permanence en mairie le lundi, animer un atelier en médiathèque le mercredi et intervenir dans un Ehpad le vendredi, selon les besoins repérés sur son territoire. S’ajoutent des tâches moins visibles : recenser l’offre numérique locale, tenir des statistiques de fréquentation et rédiger le bilan d’activité attendu par la structure et par l’État, qui finance le poste.

Les thèmes couverts se sont élargis depuis le lancement du dispositif. Le site officiel conseiller-numerique.gouv.fr cite désormais, aux côtés des démarches administratives, la communication en ligne, la sécurité numérique, l’emploi et la formation, le commerce en ligne et une sensibilisation naissante à l’intelligence artificielle.

L’ampleur du travail accompli se mesure en volume : 4,5 millions d’accompagnements ont été réalisés depuis 2021, selon le site officiel du dispositif. Une évaluation menée par le centre de recherche Askoria pour le compte de l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) relève que 97 % des personnes accompagnées estiment avoir progressé et 93 % réussissent désormais des démarches qu’elles ne savaient pas faire avant, selon Acteurs publics.

Les compétences attendues

La pédagogie prime sur la technique pure : expliquer sans jargon, répéter sans s’agacer, adapter son rythme à une personne âgée, allophone ou en situation de handicap. Les offres de recrutement insistent sur l’écoute, la patience et l’empathie bien avant les compétences informatiques elles-mêmes.

Le conseiller doit aussi connaître les services publics en ligne (impots.gouv.fr, Ameli, Caf, France Travail) suffisamment pour orienter, et savoir reconnaître la limite de son rôle : une situation de surendettement ou un litige administratif complexe relève d’un autre interlocuteur, pas de la médiation numérique.

La discrétion compte beaucoup : les usagers partagent parfois des informations personnelles sensibles pour accomplir une démarche. S’y ajoutent des qualités rédactionnelles pour les bilans d’activité exigés par les financeurs, et une bonne organisation pour gérer un planning réparti sur plusieurs sites, souvent avec un véhicule personnel ou de service.

Devenir conseiller numérique

  1. Candidater sur la plateforme nationaleSur conseiller-numerique.gouv.fr, avec un CV, une lettre de motivation et le résultat d’un test PIX, qui mesure les compétences numériques de base.
  2. Être recruté par une structure labelliséeUne collectivité, une association ou un centre social qui a obtenu un poste financé par l’État auprès de l’ANCT.
  3. Suivre la formation obligatoireDe 105 à 420 heures selon le niveau du candidat, fixée après un entretien par l’un des organismes mandatés, sans frais pour le candidat.
  4. Exercer en CDDD’un an ou deux, renouvelable selon la durée du financement obtenu par la structure d’accueil.

Aucun diplôme n’est légalement exigé : le recrutement se fait sur la motivation et le profil, pas sur un titre. Dans les faits, de nombreuses offres demandent un niveau bac ou bac+2 et apprécient une première expérience en médiation numérique. La formation elle-même a été jugée perfectible par ses bénéficiaires : seuls 36 % des conseillers se disaient satisfaits de son contenu, selon une enquête menée en 2021 et 2022 auprès de 1 071 d’entre eux, relayée par Acteurs publics.

Le dispositif a surtout attiré des personnes en reconversion, sans qu’il soit besoin de mobiliser un CPF ou un projet de transition professionnelle : la formation est intégralement financée par l’État et intégrée au contrat. C’est l’une des rares voies d’accès à un métier de médiation sociale qui ne demande ni diplôme préalable ni financement personnel de la formation.

Où travailler et dans quelles conditions

Fin 2025, les structures publiques (communes, intercommunalités, CCAS, départements) portaient 57 % des postes et les associations 43 %, selon une réponse ministérielle relayée par Weka. Les lieux d’exercice vont de la mairie à la maison France Services, en passant par la médiathèque, le centre social, le CCAS ou l’Ehpad.

Le poste implique des déplacements fréquents entre plusieurs sites dans la semaine, parfois avec le permis B exigé, et quelques soirées ou samedis pour les ateliers grand public. Le conseiller est souvent seul sur sa fonction au sein de sa structure, ce qui le pousse à s’appuyer sur le réseau national de pairs animé par la Banque des territoires pour le compte de l’État.

La principale contrainte reste la précarité du financement. Les toutes premières cohortes, recrutées en 2021, bénéficiaient d’une prise en charge de l’État à 100 % du Smic pendant deux ans puis 70 % la troisième année. Les postes ouverts plus récemment suivent des barèmes dégressifs différents selon la date d’attribution, et la poursuite du poste au-delà de la période financée dépend de la capacité de la structure à trouver un relais de financement.

Ce qui plaît

  • Une utilité sociale concrète, visible dès les premières semaines.
  • Une formation financée, sans diplôme préalable requis.
  • Un réseau national de conseillers et de coordinateurs pour échanger.
  • Une passerelle vers l’animation socioculturelle ou la médiation sociale.

Ce qui pèse

  • Un contrat précaire, dépendant d’un financement d’État dégressif.
  • Une rémunération proche du Smic dans la plupart des structures.
  • Un isolement fréquent, souvent seul sur le poste dans sa structure.
  • Un avenir incertain du dispositif lui-même en 2026.

Combien gagne un conseiller numérique

Aucune grille nationale ne fixe le salaire du conseiller numérique : tout dépend du statut de la structure qui l’emploie. En collectivité, il est généralement recruté sur le grade contractuel d’adjoint administratif, au Smic complété d’une indemnité de fonctions. En association, c’est la convention collective de la structure qui s’applique, le plus souvent celle des acteurs du lien social et familial (Alisfa).

1 800 €brut mensuel minimum en association rurale, convention Alisfa, offre d’octobre 2024
2 062 €brut mensuel en collectivité territoriale, Smic et indemnité de fonction, offre de décembre 2025
2 900conseillers numériques en poste en France fin 2025

Salaire conseiller numérique en 2026Grille en collectivité, convention Alisfa en association, primes et net.Voir les salaires

Emploi et débouchés

Le dispositif visait au départ 4 000 postes, lancés fin 2020 dans le cadre du plan France Relance avec 200 millions d’euros sur quatre ans. Il en restait 2 900 en poste fin 2025, et une estimation parlementaire évoque 2 600 à 2 800 postes pour 2026, après une réduction budgétaire sévère : le budget de l’inclusion numérique passe d’environ 41,6 millions d’euros en 2025 à 14 millions en 2026, une baisse de 66 %, selon Acteurs publics.

Le site officiel du dispositif l’annonce sans détour : « en 2026, le dispositif évolue et se transforme en un label » porté par les structures qui emploient déjà un médiateur numérique, selon conseiller-numerique.gouv.fr. Ce label donne accès à de la formation continue et à des outils professionnels, mais ne garantit pas en soi le financement de nouveaux postes. Des amendements visant à maintenir les crédits 2026 ont été rejetés à l’Assemblée nationale, et des réflexions sur une pérennisation durable du dispositif sont en cours, dans le cadre de la feuille de route « France numérique ensemble ».

Malgré ces incertitudes, l’évaluation Askoria pour l’ANCT montre un dispositif qui a trouvé son public : 72 % des personnes accompagnées sont des femmes et 43 % ont plus de 70 ans, et 70 % des structures employeuses disent n’auraient pas pu recruter sans ce financement de l’État, selon Acteurs publics.

Évolutions de carrière

Certains conseillers évoluent vers un poste de coordinateur de conseillers numériques, fonction d’encadrement qui existe dans les structures employant plusieurs médiateurs, en particulier dans les grandes collectivités. D’autres rejoignent l’animation socioculturelle, la médiation sociale en CCAS, ou se dirigent vers la formation pour adultes après une validation des acquis de l’expérience.

Il n’existe à ce jour aucune donnée publique chiffrant précisément le taux de conseillers qui retrouvent un emploi stable une fois leur mission terminée. Les seules données disponibles portent sur le renouvellement des postes eux-mêmes, et non sur le devenir individuel des personnes qui les occupaient.

Métiers proches

Ces métiers partagent la médiation, la pédagogie ou l’accompagnement de publics variés, avec des cadres très différents.

Un métier suspendu à une décision budgétaire

À la différence de la plupart des métiers présentés sur ce site, le principal risque professionnel du conseiller numérique ne tient pas à la charge physique ou à l’usure psychologique, mais à une ligne de budget votée au Parlement. Avant de signer un contrat, mieux vaut demander à la structure recruteuse la durée exacte du financement déjà obtenu et si un relais est prévu à son terme.

Les compétences acquises, elles, restent transférables même si le dispositif change de forme : la médiation numérique, l’animation d’ateliers et l’accompagnement individualisé de publics fragiles sont recherchés dans l’action sociale, les bibliothèques et la formation pour adultes, bien au-delà du nom donné au poste.

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