Vitrailliste : missions, formation, salaire et débouchés

Un chœur de cathédrale, une fenêtre fissurée, un panneau de plomb dont la grisaille s’écaille : le vitrailliste part d’un relevé au crayon et finit sur un échafaudage. Il crée des vitraux neufs et restaure les anciens. C’est un métier d’art rare, accessible dès le CAP, qui se joue autant à l’atelier que sur les monuments historiques.

AccèsCAP à bac + 3CAP, BMA ou DN MADE, selon France Travail
Formation2 à 5 ansCAP 2 ans, puis BMA 2 ans ou DN MADE 3 ans
Salaire débutantSMIC, 1 867 € brutconvention IDCC 1821, temps plein, 2026
Où travaillerAtelier de vitrailchantiers, indépendant, patrimoine

Ce que fait un vitrailliste

Le vitrailliste conçoit ou restaure des vitraux, surtout pour des édifices religieux, selon la fiche ROME B1618 de France Travail. Il dessine une maquette, découpe le verre, le peint si nécessaire, puis sertit les pièces avec des baguettes de plomb, comme un puzzle de grande dimension.

L’Institut pour les savoir-faire français, où le métier figure sous l’entrée « maître verrier », compte une dizaine d’étapes pour un vitrail complet : relevé des mesures, maquette, carton, calque, tracé, découpe, coloration, peinture, cuisson, sertissage et pose. Un même atelier peut passer d’un panneau de salle de bains à la fenêtre d’une église dans la même semaine.

La restauration domine l’activité. Avant de toucher au plomb, on relève l’existant : chaque panneau est déposé, numéroté, photographié, puis nettoyé. Les pièces cassées sont remplacées ou collées, la peinture est consolidée, les plombs sont refaits. Le tout se fait en accord avec le propriétaire, l’architecte et, pour un monument protégé, les services du patrimoine.

La création représente, selon les ateliers cités par l’Institut, environ 20 % du chiffre d’affaires : vitraux d’églises neuves ou de chapelles, mais aussi verrières de maisons, d’hôtels ou de commerces, cloisons, luminaires, panneaux décoratifs. Un client vient avec une idée, le vitrailliste propose une maquette, ajuste les couleurs, puis fabrique.

Vitrailliste, maître verrier, souffleur de verre : ne pas confondre

Les mots se recouvrent. Vitrailliste et maître verrier désignent le même métier dans la pratique : l’Institut pour les savoir-faire français les réunit dans une seule fiche. Nous n’avons trouvé aucun texte qui fasse du titre de maître verrier un grade réglementé.

Le souffleur de verre fabrique des objets en verre chaud, à la canne ou au chalumeau, devant un four : le vitrailliste, lui, découpe des verres déjà fabriqués et les assemble à froid. Le premier travaille la matière, le second compose avec elle. Vous trouverez le premier métier dans notre fiche souffleur de verre. Le verrier au sens industriel produit du verre en série et relève d’une autre convention collective.

Le restaurateur du patrimoine est un autre profil : il suit une formation de conservation-restauration de niveau master, à l’Institut national du patrimoine selon le CIDJ, et intervient sur des œuvres classées. Le vitrailliste de restauration a un CAP ou un BMA et travaille en atelier de vitrail. Enfin, le bijoutier-joaillier sertit des pierres dans du métal : le mot sertissage est commun, le geste et la matière n’ont rien de comparable.

Les compétences attendues

Le dessin et le sens de la couleur ouvrent le métier : il faut savoir tracer un carton, choisir des verres qui vibrent ensemble et déterminer une teinte, ce que la fiche ROME range parmi les compétences de conception. La précision vient ensuite : une découpe se règle au millimètre, et un plomb mal ajusté se voit de loin.

La culture de l’histoire de l’art pèse lourd. Restaurer, c’est dater un vitrail, reconnaître une main, décider ce qu’on conserve et ce qu’on remplace. Le ROME cite aussi des bases de chimie et de physique du verre, utiles pour la peinture, la cuisson et la tenue des couleurs.

Le métier demande enfin de la condition physique : le ROME signale le port de charges lourdes ou encombrantes, le travail sur chantier, en atelier et les déplacements. Un panneau de vitrail est lourd, et une dépose se fait parfois en hauteur. S’y ajoutent de la patience et la capacité de présenter une maquette à un client, qui décide souvent sur pièce.

Devenir vitrailliste

Le socle est le CAP Arts et techniques du verre, option vitrailliste, enregistré sous le code RNCP37302 au niveau 3, jusqu’au 31 août 2028. Il se prépare en deux ans après la troisième, en lycée ou en apprentissage. Le CAP existe aussi en option décorateur sur verre. Ne le confondez pas avec le CAP « arts du verre et du cristal », voisin, qui prépare au verre chaud (voir la fiche souffleur de verre) et non au vitrail.

  1. Obtenir le CAPDeux ans après la troisième, en lycée (le lycée Lucas de Nehou à Paris, par exemple) ou en apprentissage, avec un atelier comme employeur.
  2. Poursuivre en BMALe brevet des métiers d’art verrier décorateur dure deux ans après le CAP et propose cinq spécialités : façonnage, décoration, vitrail, peinture sur verre, taille gravure, d’après l’Onisep.
  3. Approfondir la conceptionLe DN MADE mention Ornement, spécialité Vitrail, dure trois ans après le bac. À l’ENSAAMA à Paris, il n’accueille que 6 étudiants.
  4. Entrer en atelierAprès le diplôme, on devient salarié d’un atelier de vitrail.

Les autres voies existent. L’Institut pour les savoir-faire français cite une FCIL peinture sur verre d’un an et des certificats de qualification professionnelle, du CQP1 de base au CQP2A pour la restauration et au CQP2B pour la création. Le Centre international du vitrail de Chartres propose une formation de 1 000 heures en trois modules (400, 400 et 200 heures) : techniques de base, peinture et décor sur verre, restauration. Chaque module donne un diplôme du centre et prépare au CAP en candidat libre, selon le Centre international du vitrail. Le coût et les financements ne sont pas publiés sur la page consultée : demandez un devis.

Pour un adulte en reconversion, trois chemins sont réalistes. Le premier est le CAP en formation continue ou en contrat d’apprentissage. Le deuxième est la VAE : France compétences la liste parmi les voies d’accès du CAP, après une expérience dans un atelier. Le troisième est le module long de Chartres, conçu pour les demandeurs d’emploi et les personnes en reconversion. Le financement par le CPF ou France Travail dépend de l’organisme et de votre situation.

Où travailler et dans quelles conditions

Le ROME liste trois statuts : salarié du secteur privé, salarié du secteur public et travailleur indépendant. Dans les faits, l’essentiel des emplois se trouve dans des ateliers de vitrail de quelques personnes de petite taille. Les institutions culturelles apparaissent aussi dans les contextes de travail du ROME.

Le rythme alterne l’atelier, où l’on dessine, découpe, peint et assemble, et le chantier, où l’on dépose et repose les panneaux.

Ce qui plaît

  • Un métier de la main qui associe dessin, chimie et histoire de l’art.
  • Un patrimoine à sauver : la restauration donne du travail toute l’année.
  • La possibilité de s’installer et de choisir ses commandes.

Ce qui pèse

  • Un salaire d’entrée au SMIC, sans grille propre au métier.
  • Un marché étroit : peu d’ateliers, et une quinzaine seulement qualifiés pour le vitrail ancien.
  • La charge physique : panneaux lourds, dépose en hauteur, postures inconfortables.

Combien gagne un vitrailliste

Le salarié dépend de la convention collective du cristal, du verre et du vitrail (IDCC 1821), qui couvre l’industrie du vitrail depuis la fusion de 2018. Aucune grille ne porte le nom du métier : la paie dépend du coefficient attribué à votre poste. Le CIDJ indique que le débutant est payé au SMIC. Le détail est sur la page salaire.

1 867,02 €SMIC brut mensuel, temps plein, depuis le 1er juin 2026
1 891,44 €brut mensuel du coefficient 160, IDCC 1821, accord du 3 mars 2026
Non publiérevenu d’un vitrailliste indépendant : aucune source officielle

Salaire vitrailliste en 2026Convention IDCC 1821, indépendant en micro-entreprise, primes et net.Voir les salaires

Emploi et débouchés

Le secteur est petit et mal chiffré. L’Institut pour les savoir-faire français parle d’un recensement large d’environ 450 entreprises pour 1 100 acteurs. Le ministère de la Culture compte, lui, environ 400 ateliers de vitrail, dont seulement une quinzaine qualifiés pour intervenir sur les vitraux anciens. D’autres sites, dont le CIDJ, avancent 500 ateliers. Ces écarts tiennent aux périmètres retenus et aucun chiffre n’est daté.

La demande vient d’abord du patrimoine. L’Institut estime la surface de vitraux de la France à 90 000 m², la plus importante du monde. Les chantiers sont financés par l’État, les communes, les régions, les diocèses et des mécènes, selon la même fiche. Le ministère de la Culture recense plus de 5 000 notices de verrières classées ou inscrites dans la base Palissy.

Le ROME range le métier parmi les emplois du secteur « artisanat d’art, audiovisuel et spectacle ». Nous n’avons trouvé aucun chiffre de l’enquête Besoins en main-d’œuvre de France Travail propre au vitrailliste : pas de nombre de projets de recrutement, ni de taux de difficulté.

Le statut d’artisan d’art et la restauration des monuments historiques

Un vitrailliste indépendant est un artisan, et souvent un artisan d’art. La Direction générale des entreprises précise que l’arrêté du 24 décembre 2015 fixe la liste des métiers d’art : 198 métiers et 83 spécialités, soit 281 activités. Ce n’est pas un statut juridique à part, mais une reconnaissance professionnelle. Nous n’avons pas pu lire l’arrêté (Légifrance bloque les robots) pour y vérifier la ligne exacte du vitrail, mais l’Institut classe le métier parmi les métiers d’art.

Le titre de maître artisan en métier d’art s’obtient dans les conditions du maître artisan. Le label Entreprise du Patrimoine Vivant et un crédit d’impôt métiers d’art (10 % des dépenses créatives, 15 % pour un EPV, plafonné à 30 000 € par an d’après un relais spécialisé, pour les dépenses jusqu’au 31 décembre 2026) complètent le tableau : vérifiez ces conditions auprès de votre service des impôts avant d’en faire un argument de rentabilité.

Sur les monuments historiques, le propriétaire ne choisit pas librement. Le ministère de la Culture indique qu’une quinzaine d’ateliers seulement sont qualifiés pour les vitraux anciens, et les prescriptions de la DRAC guident la sélection d’un atelier qualifié. Viser ce marché suppose donc des années de références en restauration, souvent au sein d’un atelier déjà reconnu, plutôt qu’une installation immédiate.

Évolutions de carrière

La progression se fait à l’atelier, du travail sur des panneaux à la conduite d’un chantier. La certification CQP2A ou CQP2B, selon la voie de restauration ou de création, formalise cette étape.

L’installation à son compte est l’étape la plus fréquente. Le vitrailliste peut aussi diversifier sa production (luminaires, objets, décors), enseigner en donnant des cours ou des stages, ce qui apporte à la fois des clients et un complément de revenu, d’après Artisanat.fr. Après un DN MADE, on peut viser un DSAA ou un master de restauration du patrimoine, avec l’Institut national du patrimoine pour horizon.

Métiers proches

Le vitrail voisine d’autres métiers du verre, de la pierre et de l’art décoratif.

Tester le métier avant de s’engager

Deux ans de CAP ou un module de Chartres représentent un investissement lourd pour un métier dont le marché est étroit. Le plus sûr est de le tester avant. Le Centre international du vitrail propose des ateliers d’initiation ouverts à tous, à Chartres, tout au long de l’année.

Découper un verre au millimètre, sertir un petit panneau sans le tordre : ce que vous aimerez, ou non, dans ces gestes vous dira si le métier est fait pour vous. Mieux vaut le savoir avant de vous inscrire à deux ans de formation.

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