Serrurier : missions, formation et salaire

Un mardi à 23 heures, une porte claque et les clés restent à l’intérieur : le serrurier-dépanneur arrive, ouvre sans casser et remplace le cylindre si besoin. Son collègue métallier, lui, fabrique en atelier des garde-corps, des portes et des grilles qu’il pose ensuite sur chantier. Deux façons d’exercer un même métier, avec des statuts et des revenus très différents.

AccèsCAP métallierniveau 3, en apprentissage ou en formation continue
Formation2 ansaprès la 3e ; 8 mois en titre professionnel adulte
Salaire débutant1 899 € brutouvrier du bâtiment N2, Île-de-France 2026, hors primes
Où travaillerAtelier, chantierdomicile des clients, à son compte

Ce que fait un serrurier

Le mot recouvre deux métiers qui partagent l’outillage mais pas le quotidien. Le serrurier-métallier fabrique et pose des ouvrages en acier, inox ou aluminium : portes, garde-corps, escaliers, grilles, portails, verrières. Le serrurier-dépanneur intervient chez les particuliers et les commerces pour ouvrir une porte claquée ou bloquée, remplacer un cylindre après un cambriolage, poser une serrure multipoints ou un blindage.

Le métallier partage sa semaine entre l’atelier et le chantier. À l’atelier, il lit le plan, relève les cotes, trace, coupe, perce, plie et assemble les pièces, souvent par soudage. Sur chantier, il fixe l’ouvrage dans le gros œuvre, le règle et vérifie qu’il s’ouvre, se ferme et résiste. Le dossier de France Travail rappelle qu’il peut poser des ouvrages de grandes dimensions et donc travailler en hauteur.

Le dépanneur travaille à l’inverse dans l’imprévu. Il reçoit l’appel, se rend sur place, diagnostique le verrou et choisit entre ouverture sans destruction, perçage ou remplacement. Il doit ensuite établir un devis avant d’intervenir, y compris la nuit : cette règle, détaillée plus bas, est la ligne de partage entre l’artisan sérieux et l’arnaque.

Entre les deux, un troisième profil s’installe : le serrurier de sécurité, qui pose des portes blindées, des serrures certifiées, du contrôle d’accès ou des automatismes de portail chez des copropriétés et des entreprises.

Les compétences attendues

La lecture de plan et le calcul comptent autant que la soudure. Un garde-corps mal coté ne rentre pas dans sa réservation, et un écart de trois millimètres se paie en reprise d’atelier. Le référentiel du CAP organise le métier en trois blocs : étude et préparation, réalisation courante, puis opérations spécifiques comme la maintenance et la réparation, selon la fiche de France compétences.

La dextérité et la mécanique servent surtout au dépanneur, qui doit connaître les mécanismes de dizaines de marques de serrures et de cylindres pour ouvrir sans abîmer. S’y ajoutent des notions d’électricité pour les gâches électriques et les portails motorisés : la fiche officielle du ROME (F1614) précise que des connaissances en électricité et en automatismes peuvent être demandées.

Le sang-froid et l’honnêteté distinguent le dépanneur durable de l’aventurier. On l’appelle quand le client est dehors, parfois avec des enfants, et il détient sur lui un pouvoir de prix énorme. Le métier demande aussi une bonne condition physique : port de charges, postures penchées, travail en extérieur, port de gants et de chaussures de sécurité.

Devenir serrurier

Le chemin classique passe par le CAP métallier, préparé en deux ans après la 3e, en lycée professionnel ou en apprentissage, selon l’Onisep. Ce diplôme a longtemps porté le nom de CAP serrurier-métallier, et l’appellation reste courante chez les employeurs et sur les offres d’emploi. L’enregistrement au RNCP a été renouvelé : la fiche RNCP37897 court jusqu’au 31 août 2026, la RNCP41831 la remplace du 1er septembre 2026 au 31 août 2031.

  1. Passer le CAP métallierDeux ans après la 3e, en lycée professionnel ou en apprentissage. Il donne le niveau 3 (RNCP) et suffit pour être embauché comme ouvrier qualifié.
  2. Poursuivre si vous visez l’encadrementLe brevet professionnel métallier se prépare en deux ans après le CAP en apprentissage, le bac pro Ouvrages du bâtiment : métallerie (niveau 4) mène à la conduite de chantier, selon l’Onisep.
  3. Choisir le bureau d’études ou le chantierAprès le bac, le BTS Constructions métalliques ouvre vers le dessin et l’étude de prix, d’après le dossier de France Travail.
  4. Se spécialiserContrôle d’accès, portes blindées, ferronnerie d’art ou dépannage : ces spécialités s’acquièrent en entreprise ou en stage court plus qu’en diplôme dédié.

La reconversion passe d’abord par le titre professionnel de métallier (niveau 3). L’Afpa le prépare en environ 8 mois, soit 1 190 heures, pour un tarif affiché de 18 900 € financé en tout ou partie par l’employeur, le compte personnel de formation ou France Travail ; son bilan 2025 annonce 95,8 % de réussite et 75 % d’accès à l’emploi à six mois. La validation des acquis de l’expérience (VAE) reste ouverte pour qui a pratiqué le métier sans diplôme, et France Travail cite l’aide individuelle à la formation pour les demandeurs d’emploi.

S’installer à son compte : un diplôme ou trois ans de pratique

Le serrurier est une activité artisanale réglementée. Selon Bpifrance Création, il faut un CAP, un BEP ou un titre enregistré au RNCP, ou travailler sous le contrôle permanent d’une personne qui le détient. Le décret du 2 avril 1998 prévoit aussi l’équivalence de trois ans d’expérience. La garantie décennale et la responsabilité civile professionnelle sont obligatoires.

Où travailler et dans quelles conditions

Les employeurs du serrurier-métallier sont surtout de petites entreprises de métallerie et de bâtiment. Le dossier de France Travail dénombre plus de 18 600 entreprises et environ 65 000 salariés dans la métallerie-serrurerie, sans en préciser la date. Une entreprise dont l’activité principale est la menuiserie métallique et la serrurerie (code APE 4332B) applique le plus souvent la convention collective des ouvriers du bâtiment, IDCC 1596 : c’est le cas de 29,6 % des déclarations sociales du code, d’après Tripalio. Les ateliers de constructions métalliques relèvent plutôt de la métallurgie (IDCC 3248). Notre moteur de recherche de convention tranche selon l’employeur.

Le dépannage se pratique de trois façons : salarié d’une entreprise de serrurerie, sous enseigne en franchise, ou indépendant en micro-entreprise ou en société. Aucune statistique publique sur les revenus de chaque statut n’existe à notre connaissance, et nous n’avons pas retenu les fourchettes des blogs et des sites d’annonces, faute de source vérifiable.

Ce qui plaît

  • Un travail concret : on voit l’ouvrage fini, posé et qui fonctionne.
  • La mise à son compte accessible avec un simple CAP.
  • Des débouchés variés : atelier, chantier, dépannage, sécurité.

Ce qui pèse

  • Les astreintes : nuits et week-ends pour le dépannage.
  • La charge physique : charges lourdes, hauteur, postures.
  • Un secteur miné par les fraudes, qui abîme la confiance des clients.

Combien gagne un serrurier

La paie dépend d’abord du statut. Un salarié du bâtiment est payé selon une grille régionale, un salarié de la métallurgie selon une grille nationale, et un indépendant selon son chiffre d’affaires, dont il retire ses charges. Le détail figure sur notre page consacrée.

1 899 €brut mensuel, ouvrier du bâtiment N2 (coefficient 185), Île-de-France 2026
2 042 €brut mensuel, classe C5 de la métallurgie, minimum conventionnel 2026
21,2 %de cotisations sur le chiffre d’affaires d’un artisan en micro-entreprise, 2026

Salaire serrurier en 2026Grilles du bâtiment et de la métallurgie, micro-entreprise, primes et brut en net.Voir les salaires

Emploi et débouchés

France Travail présente le serrurier-métallier comme un métier indispensable du BTP, avec des offres d’emploi « par centaines », et rappelle qu’une expérience mène aux postes de chef d’équipe, de responsable d’atelier ou de chef d’entreprise. Nous n’avons pas trouvé de chiffre BMO propre à ce métier : les projets de recrutement du tableau BMO de France Travail se consultent par bassin d’emploi, et il vaut mieux y vérifier votre territoire.

Côté dépannage, la demande est stable mais le marché se lit surtout à travers ses dérives. En 2024, la DGCCRF a contrôlé plus de 600 professionnels du dépannage à domicile, dont les serruriers, et relevé des anomalies chez plus de 60 % d’entre eux, après environ 2 600 signalements, selon son communiqué. Elle a prononcé 189 avertissements, 195 injonctions et 67 amendes administratives, et dressé 64 procès-verbaux.

Évolutions de carrière

En entreprise, la progression suit la classification : ouvrier qualifié, chef d’équipe, responsable d’atelier puis conducteur de travaux, avec un BP ou un bac pro pour les échelons supérieurs. Le passage au bureau d’études demande un BTS Constructions métalliques, en formation initiale ou continue.

La voie de l’indépendance est la plus fréquente pour un serrurier confirmé : micro-entreprise pour démarrer, société quand le chiffre d’affaires dépasse le plafond de 83 600 € des prestations de services en 2026. Un dépanneur peut aussi rejoindre un réseau de franchise, mais nous n’avons pas de donnée publique fiable sur le coût des redevances : demandez le document d’information précontractuel avant de signer.

Métiers proches

Le serrurier partage son atelier et ses chantiers avec d’autres métiers du bâtiment et de la métallurgie, et les passerelles sont nombreuses.

Reconnaître un bon serrurier et éviter les arnaques

Les règles sont fixées par l’arrêté du 24 janvier 2017, applicable depuis le 1er avril 2017. Avant de conclure, le dépanneur doit communiquer son taux horaire TTC, ses forfaits, ses frais de déplacement et dire si le devis est gratuit ou payant. Ces informations sont affichées dans ses locaux et sur son site. Un devis détaillé précède l’intervention, même de nuit, avec les quantités, les prix unitaires, le total HT et TTC et la durée de validité, d’après La Lettre des réseaux. Une facture détaillée est due dès 25 € TTC.

Le schéma des faux dépanneurs, décrit par la DGCCRF, repose sur de la publicité massive : faux ancrage local, fausse ancienneté, fausses recommandations avec logos de grandes marques. Elle conseille de comparer plusieurs devis écrits, de limiter l’acompte à 30 % et de payer par chèque ou par voie électronique.

Pour un serrurier qui veut durer, la règle inverse s’applique : afficher ses tarifs, remettre le devis avant de toucher à la porte et ne jamais percer un cylindre s’il peut être ouvert sans dommage. Sa réputation locale vaut plus que la marge d’une intervention gonflée.

Vous souhaitez vous reconvertir ou évoluer dans ce métier ?

Découvrez les formations disponibles près de chez vous et financez votre projet grâce au CPF.