Orthoptiste : missions, formation et salaire

L’orthoptiste réalise le bilan visuel et rééduque les troubles de la vision : strabisme, amblyopie, troubles de la convergence, fatigue oculaire. Formé en trois ans après le bac, il exerce le plus souvent en libéral aux côtés d’un ophtalmologiste, parfois à l’hôpital ou en clinique. Depuis 2022, il peut aussi réaliser un premier bilan et renouveler une correction visuelle sans ordonnance, pour certains patients.

AccèsBac + 3Certificat de capacité, grade licence
Formation3 ansen institut universitaire d’orthoptie
Salaire débutant2 186 € brutà l’hôpital public, CTI compris
Où travaillerCabinet, hôpitalclinique, en libéral ou salarié

Ce que fait un orthoptiste

L’orthoptiste est un auxiliaire médical qui évalue et rééduque les troubles fonctionnels de la vision : strabisme, amblyopie, troubles de la convergence, vision binoculaire, fatigue visuelle. Il agit le plus souvent sur prescription d’un ophtalmologiste, dans le cadre fixé par le Code de la santé publique.

Le bilan orthoptique mesure l’acuité visuelle, le champ visuel, la motricité oculaire et la réfraction. Il permet de dépister un strabisme ou une amblyopie chez l’enfant, ou d’objectiver une fatigue visuelle liée aux écrans chez l’adulte. En cabinet, une consultation alterne tests standardisés et observation du comportement visuel du patient.

La rééducation suit un programme d’exercices personnalisés : stimulation de l’œil amblyope, travail de la convergence, réentraînement visuel après un traumatisme crânien ou un accident vasculaire cérébral. À l’hôpital, l’orthoptiste réalise aussi des examens complémentaires (champ visuel automatisé, tomographie en cohérence optique, angiographie) au sein d’une équipe d’ophtalmologie.

Depuis le décret n° 2022-691 du 26 avril 2022, un orthoptiste spécifiquement formé peut réaliser un bilan visuel et renouveler une correction, lunettes ou lentilles, sans ordonnance, pour des patients de 16 à 42 ans sans contre-indication, si le dernier bilan de l’ophtalmologiste date de moins de cinq ans pour des lunettes ou trois ans pour des lentilles souples. Cette délégation vise à réduire les délais de consultation en ophtalmologie.

Les compétences attendues

La précision technique est centrale : un test mal conduit ou mal interprété fausse tout le programme de rééducation. L’orthoptiste doit aussi adapter sa communication à des patients très différents, de l’enfant qui refuse de se laisser examiner à la personne âgée malvoyante.

Le travail en équipe avec l’ophtalmologiste est permanent : transmettre un compte rendu clair, alerter sur une évolution inattendue, respecter le cadre de la prescription. En primo-bilan sans ordonnance, l’orthoptiste engage sa propre responsabilité et doit savoir orienter vers un médecin en cas de doute.

La patience et la pédagogie comptent particulièrement en pédiatrie : les exercices de rééducation se répètent sur plusieurs mois et demandent d’impliquer les parents. La rigueur administrative complète le tableau, puisque chaque bilan et chaque séance sont tracés dans le dossier médical.

Devenir orthoptiste

Une seule voie mène au métier : le Certificat de capacité d’orthoptiste (CCO), diplôme d’État de grade licence, obligatoire pour exercer. La formation dure trois ans, soit six semestres et 180 crédits européens, dans l’un des 16 départements d’orthoptie rattachés à une UFR de médecine, selon le recensement de l’association orthoptie.net, à jour en octobre 2023. Les plus anciens, à Paris, Lyon et Nancy, datent de 1957 ; les plus récents, à Limoges et à Caen, de 2022 et 2023.

  1. Obtenir le baccalauréatToutes les séries sont acceptées, une orientation scientifique facilite la formation.
  2. Candidater sur ParcoursupL’accès se fait sans concours depuis 2020 : dossier scolaire puis, selon l’institut, entretien oral.
  3. Suivre trois ans de formationCours de physique optique, anatomie oculaire et neurologie, alternés avec des stages en service d’ophtalmologie.
  4. Obtenir le certificat et s’enregistrer au RPPSUn numéro RPPS est indispensable pour facturer les actes remboursés par l’Assurance maladie.

En formation initiale, le coût se limite aux frais universitaires : 178 € de droits d’inscription pour 2026-2027, plus 105 € de contribution de vie étudiante et de campus, selon Service-public.fr, deux sommes dont les boursiers sont exonérés.

En reconversion, il n’existe pas de voie d’accès allégée : le certificat s’obtient par la même formation de trois ans, via Parcoursup ou, selon l’institut, une admission directe pour les candidats déjà titulaires d’un diplôme. Les frais pédagogiques peuvent être financés par un projet de transition professionnelle, une région ou France Travail. Le compte personnel de formation ne suffit en général qu’à financer un complément, pas l’intégralité d’un diplôme d’État de trois ans.

Où travailler et dans quelles conditions

Selon les chiffres publiés par orthoptie.net, qui reprend les données de la DREES, la profession comptait 6 633 orthoptistes en France au 1er janvier 2023 : 3 604 en libéral exclusif, soit 54 %, 2 208 salariés exclusifs et 821 à l’hôpital public. Elle est très majoritairement féminine, à 87,7 %, et ses effectifs ont progressé de 76 % en trente ans.

Le cabinet libéral, souvent partagé avec un ou plusieurs ophtalmologistes, reste le cadre d’exercice le plus fréquent. À l’hôpital, l’orthoptiste travaille au sein du service d’ophtalmologie, sur des horaires de journée, sans les gardes ni le travail de nuit qui rythment d’autres métiers du soin. Certains interviennent aussi en centre de santé, en Ehpad pour le dépistage de la basse vision, ou en télémédecine pour transmettre à distance les résultats d’un dépistage à un ophtalmologiste.

Ce qui plaît

  • Des horaires de journée, sans garde ni nuit.
  • Un métier reconnu, aux compétences élargies depuis 2022.
  • La diversité des patients, de l’enfant à la personne âgée.

Ce qui pèse

  • Un investissement de départ en libéral : local, matériel spécialisé.
  • La répétitivité de certains programmes de rééducation.
  • Une forte disparité régionale de l’offre de soins visuels.

Combien gagne un orthoptiste

À l’hôpital public, un orthoptiste débutant touche 2 186 € brut par mois, complément de traitement indiciaire compris. Primes incluses, la DREES situe le revenu net moyen des rééducateurs, catégorie qui regroupe les orthoptistes avec les kinésithérapeutes, orthophonistes, pédicures-podologues et diététiciens, à 2 619 € par mois dans le public en 2023. En libéral, l’UNASA mesurait un bénéfice annuel moyen de 29 724 € en 2022, avant impôt.

2 186 €brut mensuel au 1er échelon de l’hôpital public, CTI compris
2 619 €net mensuel moyen des rééducateurs à l’hôpital public en 2023
29 724 €de bénéfice annuel moyen en libéral en 2022, avant impôt

Salaire orthoptiste en 2026Grille de l’hôpital public, convention FEHAP, libéral et net.Voir les salaires

Emploi et débouchés

La délégation de tâches entre ophtalmologistes et orthoptistes s’élargit depuis 2022 pour répondre aux délais de consultation en ophtalmologie, l’une des spécialités médicales les plus sous tension en France. Les effectifs d’orthoptistes ont progressé de 76 % entre 1993 et 2023, une hausse portée surtout par le salariat, qui a presque doublé sur la période.

Les débouchés restent nombreux à l’hôpital, en clinique ophtalmologique et surtout en libéral, où s’installer aux côtés d’un ophtalmologiste ou dans un centre de santé visuelle est la trajectoire la plus courante. Les zones rurales et les villes moyennes, moins pourvues en ophtalmologistes, offrent souvent davantage d’opportunités qu’une grande métropole déjà bien dotée.

Évolutions de carrière

La primo-prescription introduite par le décret de 2022 a élargi l’autonomie des orthoptistes en cabinet, sans créer de nouveau diplôme : elle exige seulement une formation complémentaire suivie après le certificat. Les spécialisations les plus recherchées portent sur la basse vision, la prise en charge des troubles neurovisuels et le dépistage précoce chez l’enfant, en école ou en protection maternelle et infantile.

À l’hôpital public, l’accès à la classe supérieure suit l’ancienneté et le tableau d’avancement, sans diplôme distinct. Le passage à l’encadrement, comme cadre de santé, demande quatre ans d’exercice puis une formation d’un an, commune à l’ensemble des professions paramédicales. D’autres orthoptistes se tournent vers l’enseignement dans les instituts de formation, ou vers la recherche en santé visuelle.

Métiers proches

Ces métiers partagent la santé visuelle, la rééducation ou le paramédical, avec des formations et des responsabilités différentes.

Un métier porté par la délégation médicale et les écrans

Deux tendances de fond soutiennent la profession. La délégation de tâches, engagée pour pallier le manque d’ophtalmologistes, confie de plus en plus d’actes de dépistage et de suivi aux orthoptistes, y compris hors prescription depuis 2022. En parallèle, l’exposition croissante aux écrans, chez les enfants comme chez les actifs en télétravail, multiplie les fatigues visuelles et les troubles de la convergence qui font toute la spécialité de la rééducation orthoptique.

Cette double dynamique explique pourquoi la profession, restée longtemps confidentielle, a vu ses effectifs croître plus vite que la plupart des autres métiers paramédicaux depuis trente ans, sans que l’offre de formation, limitée à 16 instituts, ait suivi au même rythme.

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