Orfèvre : missions, formation CAP et BMA, salaire

Une soupière en argent arrive à l’atelier avec un bec cabossé et un pied dessoudé. L’orfèvre la redresse au marteau, la brase, la polit, puis la pièce repart chez son propriétaire. Ce métier d’art, peu connu, fabrique et restaure des pièces de table et de décoration en argent, en or ou en métal argenté, dans quelques maisons et de petits ateliers.

AccèsCAP à bacCAP orfèvre, BMA orfèvrerie, DN MADE
Formation2 à 5 ansdeux ans de CAP, deux de BMA en plus
Salaire débutant1 900 € brut minimumplancher de la convention BJOH, juillet 2026
Où travaillerMaisons d’orfèvrerieateliers de restauration, installation à son compte

Orfèvre, bijoutier, ciseleur, graveur : qui fait quoi

L’orfèvre fabrique des objets en or, en argent massif ou en métal argenté, pour les arts de la table, la décoration intérieure ou le culte, selon la fiche métier de l’Institut pour les savoir-faire français : couverts, gobelets, coupes, candélabres, plats, pièces liturgiques. Il travaille des volumes, souvent plus grands qu’un bijou, avec des techniques à froid comme le planage, le repoussé ou la rétreinte, et à chaud, comme la fonte à cire perdue.

Le bijoutier-joaillier travaille lui aussi les métaux précieux, mais sur des pièces à porter, avec des pierres à sertir. La fiche du bijoutier couvre la vente et la réparation en boutique. Les deux métiers partagent une convention collective, celle de la bijouterie, joaillerie, orfèvrerie et horlogerie, et parfois les mêmes formations d’entrée.

Le ciseleur et le graveur sont des spécialités voisines : ils décorent le métal au burin et au marteau, en creux ou en relief. Le brevet des métiers d’art d’orfèvrerie leur consacre une option, « gravures-ciselure ». Le fondeur d’art coule des sculptures en bronze, alors que l’orfèvre ne recourt à la fonte que pour certains éléments d’une pièce. Le coutelier, enfin, forge des lames et travaille l’acier, pas les métaux précieux. Nous n’avons pas de fiche pour le ciseleur, le graveur ni le fondeur d’art.

Ce que fait un orfèvre

La fiche officielle de France Travail (ROME B1613) décrit un métier d’assemblage et de restauration : l’orfèvre assure l’assemblage de pièces unitaires ou de petite série, et le restaurateur répare des pièces existantes. Il brase, soude, cisèle, débosselle et ajuste, et prépare aussi les outillages nécessaires aux pièces simples ou complexes.

Une journée type mêle plusieurs gestes. Monter un plat, c’est assembler des éléments planés ou tournés, les souder à l’étain ou les braser, puis reprendre les défauts que la chaleur a laissés. Restaurer un service ancien, c’est diagnostiquer les bosses, les fissures et les piqûres de brasure, refaire une pièce manquante d’après un dessin, puis retrouver l’aspect d’origine, dans le souci de ressemblance que demande le ROME. Le polissage et l’avivage donnent son éclat à l’ensemble.

À chaque étape, l’orfèvre contrôle la conformité au cahier des charges : dimensions, assemblages, finition. Il participe aussi à l’élaboration du devis technique, compétence citée par le ROME, et suit une gamme de montage, c’est-à-dire l’ordre des opérations que la pièce doit subir.

Les compétences attendues

Le métier est d’abord manuel : scier, limer, souder, tenir un marteau de planeur avec régularité pendant des heures. Le ROME range dans les qualités demandées l’autonomie, la persévérance, la rigueur et la précision, et cite la motricité fine parmi les conditions de travail. Une soudure mal conduite laisse des déformations que l’on ne peut plus cacher sous le polissage.

La connaissance des matières compte autant. Le référentiel évoque les alliages, l’argent massif, et la capacité de détecter les défauts et les nuances d’un métal. L’orfèvre lit aussi un dessin ou un plan de montage, et sait réaliser des plans de pièces manquantes. L’histoire de l’art fait partie des domaines d’expertise, car restaurer un plat du XVIIIe siècle suppose de reconnaître son style.

Enfin, la connaissance des poinçons est une compétence de métier : elle sert à dater une pièce, à identifier son fabricant et à respecter la réglementation quand on fabrique soi-même.

Devenir orfèvre

Aucun diplôme n’est exigé par la loi pour exercer, et le ROME indique un accès de niveau CAP à bac, ou par l’expérience. Les maisons et les ateliers regardent pourtant les diplômes de métiers d’art.

  1. CAP OrfèvreNiveau 3, quatre options : A monteur, B tourneur repousseur, C polisseur aviveur, D planeur. Le diplôme s’obtient en école ou en apprentissage.
  2. BMA OrfèvrerieBrevet des métiers d’art, niveau 4, options « monture-tournure » et « gravures-ciselure », en deux ans d’après l’Institut pour les savoir-faire français.
  3. FMA Métal à l’École BoulleFormation aux métiers d’art en trois ans, à Paris.
  4. DN MADEDiplôme national des métiers d’art et du design, niveau 6, dont la mention Objet, accessible aux bacheliers ou aux titulaires d’un BMA.

Le CAP change de référentiel en 2026. L’ancienne fiche RNCP39788 a cessé d’être enregistrée le 31 août 2026, avec une dernière délivrance possible du diplôme au 31 août 2028. Elle est remplacée par la fiche RNCP42131, active depuis le 1er septembre 2026 et enregistrée jusqu’au 31 août 2027 d’après France compétences. Les quatre options restent les mêmes. Le BMA est enregistré sous le numéro RNCP38307, jusqu’au 31 août 2028.

Certaines formations n’ont pas pu être confirmées. Nous n’avons pas trouvé de DMA propre aux arts de la table, ni de parcours d’orfèvrerie aux Ateliers de Paris : la liste ci-dessus se limite à ce que les sources officielles ou la fiche de l’Institut décrivent. Les listes de places et les coûts varient d’un établissement à l’autre, demandez-les à l’école visée.

En reconversion, le CAP est accessible par la validation des acquis de l’expérience, selon la fiche de France compétences, et par la formation continue ou l’apprentissage. Le compte personnel de formation, l’aide de France Travail et le projet de transition professionnelle peuvent financer une partie du parcours. Aucun tarif de formation d’orfèvre pour adultes n’a été relevé, faute de source lue.

Où travailler et dans quelles conditions

Le secteur est petit et concentré. L’Institut pour les savoir-faire français compte, pour 2017, 34 entreprises et 465 salariés dans l’orfèvrerie française, pour 66 millions d’euros de chiffre d’affaires dont 65 % à l’exportation. Quatre maisons, Christofle, Ercuis, Puiforcat et Odiot, réunissent à elles seules près des deux tiers des salariés du secteur. Les petits ateliers vivent surtout de restauration et de réargenture.

Les statuts sont ceux du ROME : salarié du privé, en CDI ou en CDD, ou travailleur indépendant. Le cadre est l’atelier, avec de la motricité fine et la manipulation d’outils dangereux (chalumeau, tours, polisseuses). Christofle, qui se présente comme Entreprise du Patrimoine Vivant, produit à Yainville et à Saint-Denis. Les salariés d’un atelier d’orfèvrerie relèvent en principe de la convention BJOH (IDCC 3251), mais vérifiez la vôtre avec l’outil de recherche.

Ce qui plaît

  • Un savoir-faire rare : peu de personnes exercent le métier en France.
  • Des pièces qui durent : on restaure des objets de plusieurs siècles.
  • Une clientèle exigeante et souvent internationale.

Ce qui pèse

  • Peu d’employeurs : quatre maisons pèsent les deux tiers des emplois.
  • Des débuts proches du SMIC : le plancher conventionnel est de 1 900 €.
  • Des outils dangereux : chalumeau, tours et polisseuses, comme le signale le ROME.

Combien gagne un orfèvre

Un orfèvre salarié débute près du plancher de sa convention, à peine au-dessus du SMIC. La grille de la convention BJOH place le minimum du niveau 1 à 1 900 € brut mensuel depuis le 1er juillet 2026, celui du niveau 3 à 2 205 €. Aucune source lue ne dit à quel niveau est classé un orfèvre : le classement figure sur le contrat. Les fourchettes de l’ancienne version de cette page, sans source, ont été retirées.

Pour un orfèvre indépendant, aucune statistique publique de revenu n’a été trouvée : l’Institut pour les savoir-faire français n’en donne pas et nous n’en donnons donc aucune.

1 900 €brut mensuel, minimum du niveau 1 de la convention BJOH au 1er juillet 2026
2 205 €brut mensuel, minimum du niveau 3 échelon 1, même grille
1 867,02 €SMIC brut mensuel depuis le 1er juin 2026

Salaire orfèvre en 2026Grille BJOH, indépendant, primes, brut en net et comparaison.Voir les salaires

Emploi et débouchés

Les chiffres disponibles datent de 2017 : 465 salariés dans 34 entreprises, selon l’Institut pour les savoir-faire français. C’est un ordre de grandeur, pas un baromètre de l’emploi actuel, et aucun chiffre plus récent propre à l’orfèvrerie n’a été trouvé. Le comité professionnel Francéclat publie chaque année des chiffres pour la bijouterie-joaillerie, qui compte 12 064 personnes en 2025, mais ce périmètre n’est pas celui de l’orfèvrerie.

Aucune donnée de l’enquête Besoins en main-d’œuvre de France Travail propre au métier n’a été trouvée. La BMO 2026 donne près de 2,3 millions de projets de recrutement tous métiers, dont 43,8 % jugés difficiles. Les petits ateliers, selon l’Institut, vivent surtout de restauration et de réargenture.

Évolutions de carrière

La progression passe d’abord par la spécialisation : monteur, planeur, tourneur repousseur, polisseur aviveur, ou ciseleur et graveur après le BMA. La fiche ROME B1613 réunit l’orfèvre et le restaurateur en orfèvrerie : passer de la fabrication à la restauration est une évolution naturelle. Aucune source lue ne décrit de progression hiérarchique propre à ce métier.

La transmission est un autre axe, le ROME citant la compétence de transmettre une technique ou un savoir-faire. La conception en dessin et en modelage de maquettes ouvre vers la création d’objets, à la frontière du sculpteur.

La troisième voie est l’installation. Pour se dire artisan d’art, la Direction générale des entreprises décrit une reconnaissance et non un statut : il faut exercer l’un des 281 métiers de la liste de l’arrêté du 24 décembre 2015 et justifier d’un diplôme, d’un titre ou d’une expérience. D’après Bpifrance Création, il s’agit d’un CAP, d’un BMA, d’un DMA ou de trois ans d’expérience. Ces informations ont été relevées par recherche, pas sur le texte lui-même.

Métiers proches

Les métiers d’art du métal et de la précision partagent des gestes, des matières et des employeurs. Voici six fiches voisines.

Le poinçon, la garantie et ce qu’ils imposent à l’atelier

Un orfèvre qui fabrique en métaux précieux entre dans le champ de la garantie. Selon la Douane, le fabricant doit se déclarer au bureau de garantie dont il dépend, puis faire insculper son poinçon de maître sur une plaque de cuivre. Les ouvrages portent alors deux marques : celle du fabricant et celle de garantie, qui atteste le titre du métal.

Le titre légal de l’argent va jusqu’à 999 ou 925 millièmes, et 800 millièmes est le minimum pour vendre un ouvrage comme argent. La Douane indique avoir six bureaux en métropole et quatre outre-mer, et admettre le marquage au laser pour les poinçons de garantie. Le coût de la déclaration et du poinçon n’est pas publié sur la page lue, renseignez-vous auprès du bureau.

Pour un candidat à l’installation, c’est la première démarche à budgéter, avant même l’outillage. Pour un restaurateur, c’est aussi une méthode de lecture : le poinçon d’une pièce ancienne indique son titre et son fabricant.

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