Luthier
Le luthier est un artisan d’art spécialisé dans la fabrication, la réparation et la restauration d’instruments à cordes : violons, altos, violoncelles, contrebasses, guitares, luths et autres instruments anciens. Métier de niche et de passion, il compte environ 1 200 professionnels en France et s’exerce principalement en atelier indépendant, après plusieurs années d’apprentissage et de perfectionnement.
Missions principales
La fabrication d’instruments à cordes est le cœur du métier : le luthier sélectionne les bois (érable, épicéa), les prépare, les sculpte et les assemble selon des plans et des techniques transmises depuis des siècles. La table d’harmonie, le fond, les éclisses, le manche, le chevalet et l’âme sont façonnés avec une précision millimétrique pour obtenir l’équilibre acoustique recherché.
La réparation et la restauration représentent une part importante de l’activité au quotidien : collage de fentes, remplacement d’éléments endommagés (manche, chevalet, cordier, sillet), réfection du vernis, correction de déformations, traitement des instruments anciens de valeur. Chaque instrument présente des problèmes spécifiques qui demandent diagnostic et solutions sur mesure.
Le réglage acoustique est aussi une mission clé : le luthier ajuste la position de l’âme (petite cheville de bois à l’intérieur de l’instrument), sculpte le chevalet à la morphologie du musicien, règle la hauteur des cordes et conseille sur le choix des cordes et accessoires. Ces réglages ont un impact direct sur la facilité de jeu et la qualité sonore.
La relation avec les musiciens est continue : il écoute leurs demandes, teste l’instrument avec eux, explique les choix techniques et les conseille sur l’entretien. Dans certains ateliers, une activité de vente et de location d’instruments et d’archets complète la lutherie proprement dite.
Compétences requises
Une grande précision manuelle et un sens du détail très développé sont indispensables : les tolérances en lutherie se mesurent en dixièmes de millimètre. La connaissance des bois (leur densité, leur résonance, leur comportement dans le temps) et des matériaux (colles, vernis, cordes) est acquise progressivement par la pratique. Des notions d’acoustique musicale permettent de comprendre les paramètres qui influencent le son.
La patience est une qualité fondamentale dans un métier où la fabrication d’un violon peut prendre plusieurs semaines. La créativité, le sens artistique pour les finitions et la sensibilité musicale — souvent acquise par la pratique d’un instrument — complètent le profil. Des compétences de gestion sont nécessaires pour les luthiers exerçant à leur compte.
Formation et accès au métier
La voie principale est le CAP facture instrumentale (options instruments à cordes frottées ou pincées), suivi d’un bac pro facture instrumentale ou d’un BMA (brevet des métiers d’art) pour ceux qui souhaitent approfondir leur formation. Le DN MADE (diplôme national des métiers d’art et du design) spécialité lutherie représente le niveau le plus élevé de formation initiale dans ce domaine.
En pratique, les professionnels recommandent de compléter la formation scolaire par un apprentissage long (6 à 8 ans) chez un luthier reconnu. La qualité du portfolio, la maîtrise technique et la réputation acquise dans le milieu musical comptent davantage que le diplôme seul pour développer une clientèle de musiciens professionnels.
Salaire
En début de carrière en tant que salarié d’atelier, le luthier est rémunéré au niveau du SMIC, soit environ 1 766 € brut par mois. La moyenne du secteur reste proche de ce niveau pour les salariés, même avec de l’expérience. C’est un métier de passion où la reconnaissance financière est souvent modeste pour les salariés, sauf dans les ateliers les plus réputés.
Pour un luthier indépendant, les revenus varient considérablement selon la clientèle, la spécialité et la notoriété. Un luthier installé avec une clientèle de musiciens professionnels peut dégager des revenus significativement supérieurs au SMIC, notamment sur la restauration d’instruments anciens de valeur ou la fabrication d’instruments haut de gamme.
Évolutions de carrière
La trajectoire la plus courante est de progresser de salarié d’atelier vers l’installation à son propre compte après plusieurs années de perfectionnement. Certains luthiers se spécialisent dans la restauration d’instruments anciens et rares, une activité qui peut mener vers l’expertise pour des collectionneurs, des commissaires-priseurs ou des musées.
L’enseignement de la lutherie (dans les lycées professionnels, les CFA ou lors de stages) est une voie possible pour les luthiers expérimentés souhaitant transmettre leur savoir-faire. La vente et l’expertise d’instruments anciens, la fabrication d’instruments sur mesure pour des musiciens de haut niveau et l’archeterie sont d’autres spécialisations qui permettent de se démarquer dans ce secteur de niche.
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