Ingénieur électronicien : missions, formations, salaire et emploi

Le prototype d’une carte de contrôle moteur redémarre au hasard depuis trois jours : c’est à l’ingénieur électronicien de traquer le parasite à l’oscilloscope, de corriger le schéma, puis de faire valider la carte avant la série. Ce bac + 5 s’exerce dans l’aéronautique, la défense, l’automobile, les télécoms ou le médical, du composant au système embarqué.

AccèsBac + 5diplôme d’ingénieur ou master EEA
Formation5 ans après le bacécole d’ingénieurs ou université, alternance possible
Salaire débutant3 270 € brutpar mois en moyenne, hors primes, tous secteurs
Où travaillerIndustrie, défense, spatialautomobile, télécoms, médical, semi-conducteurs

Ce que fait un ingénieur électronicien

L’ingénieur électronicien, ou ingénieur en électronique, conçoit et fait fabriquer des circuits qui mesurent, calculent, communiquent ou commandent : le calculateur d’un moteur, la carte d’un instrument de bord, le récepteur d’une balise, l’alimentation d’un appareil médical. Le métier n’a pas de fiche ROME à son nom. Il relève de la fiche H1206, « Ingénieur / Ingénieure R&D en industrie », qui décrit la conception de nouveaux produits ou de nouvelles technologies et la coordination possible d’un projet ou d’une équipe. Ses appellations les plus proches sont « Ingénieur de conception et développement en industrie » et « Ingénieur des mesures et tests en industrie ».

Le travail suit le cycle d’un produit. En conception, l’ingénieur traduit un cahier des charges en architecture : choix des composants, schémas, dessin de la carte sous un logiciel de CAO électronique comme Altium, Cadence ou KiCad. Selon sa spécialité, il travaille en analogique (capteurs, amplification, alimentation), en numérique (processeurs, systèmes embarqués, circuits programmables FPGA) ou en radiofréquence (antennes, liaisons sans fil).

Vient ensuite la validation. Le prototype passe sur un banc de mesure, avec oscilloscope, analyseur de spectre et alimentations programmables. L’ingénieur vérifie les performances, la consommation et la tenue en température, puis la compatibilité électromagnétique (CEM) : l’appareil ne doit ni perturber les autres, ni se laisser perturber. Il prépare aussi la conformité au marquage CE et à la directive européenne sur les substances dangereuses (RoHS).

Une même journée peut alterner lecture d’une fiche technique de composant, débogage d’un signal sur la carte, réunion avec le développeur du logiciel embarqué et appel avec un fournisseur de composants. Sur un poste d’ingénieur d’essais ou de qualification, on écrit les plans de test et on conduit les campagnes en enceinte climatique ou en chambre anéchoïque. Dans une usine de composants, l’ingénieur procédés travaille en salle blanche.

Le métier voisine deux fiches déjà publiées : l’automaticien pilote des machines par leur commande, alors que l’électronicien conçoit le matériel qui se cache derrière, et l’ingénieur mécanique dessine le boîtier et les pièces autour de la carte.

Les compétences attendues

Le socle est scientifique : électronique analogique et numérique, traitement du signal, physique des composants, électromagnétisme. À cela s’ajoute la lecture de normes, car un produit destiné à l’avion, à l’automobile ou au médical suit des référentiels de sûreté et de qualité propres à son secteur.

La programmation a pris beaucoup de place. Le C et le C++ servent à écrire le logiciel de bas niveau qui pilote les composants, Python à automatiser les tests, et les langages de description matérielle VHDL ou Verilog à configurer un FPGA. Un ingénieur qui sait dialoguer avec les développeurs logiciel est très recherché, parce que la frontière entre matériel et logiciel s’efface dans les objets connectés.

La fiche ROME H1206 met en avant d’autres compétences : rédiger un cahier des charges, traduire une demande de l’entreprise en solution technique, coordonner des équipes pluridisciplinaires, collaborer avec des équipes internationales. Elle précise que la pratique de l’anglais est exigée, et pour cause : les documentations de composants et les échanges avec les fournisseurs se font presque toujours dans cette langue.

Devenir ingénieur électronicien

La fiche ROME décrit un accès par un bac + 5, diplôme d’ingénieur ou master dans un secteur technique. Le titre d’ingénieur diplômé est protégé : seuls les établissements habilités sur avis de la Commission des titres d’ingénieur (CTI) peuvent le délivrer, en application du code de l’éducation, et son usage indu relève des sanctions de l’usurpation de titres, selon la CTI.

  1. Classe préparatoire, puis école d’ingénieursDeux ans de prépa scientifique, puis trois ans dans une école à dominante électronique : ENSEIRB-MATMECA à Bordeaux, Grenoble INP-Phelma, Toulouse INP-ENSEEIHT, ENSEA à Cergy, ESIEE Paris, ou une école généraliste comme CentraleSupélec.
  2. École à cycle intégréCinq ans dès le bac, dans le réseau des INSA, les écoles Polytech ou les universités de technologie, avec une filière électronique ou systèmes embarqués.
  3. Admission parallèle depuis un BUTUn BUT génie électrique et informatique industrielle (GEII), ou un BTS en électronique, ouvre les concours parallèles des écoles d’ingénieurs, souvent en apprentissage.
  4. Master universitaireUn master électronique, énergie électrique, automatique (EEA) ou microélectronique mène aussi aux postes de conception, sans le titre d’ingénieur diplômé.

L’apprentissage est très répandu dans les écoles d’ingénieurs : l’étudiant signe un contrat de travail, perçoit un salaire et arrive sur le marché avec trois ans d’expérience. Les groupes de défense, les équipementiers et les sociétés d’ingénierie s’en servent comme d’un vivier. Vérifiez auprès de chaque école que la spécialité électronique existe en alternance, car l’offre varie.

En reconversion, un technicien en électronique ou en maintenance titulaire d’un bac + 2 peut viser un diplôme par la validation des acquis de l’expérience, ou reprendre une formation d’ingénieur en cours d’emploi. Le compte personnel de formation finance une certification enregistrée avec 150 € de participation, et le projet de transition professionnelle permet de conserver sa rémunération pendant l’absence.

Où travailler et dans quelles conditions

Les employeurs se répartissent en trois familles. Les groupes industriels emploient des ingénieurs en conception et en essais : aéronautique et défense (Thales, Safran, MBDA, Airbus), spatial (CNES, ArianeGroup), automobile, énergie, dispositifs médicaux et, pour la fabrication des puces, les fabricants de semi-conducteurs comme STMicroelectronics ou Soitec. Les sociétés d’ingénierie placent leurs ingénieurs en mission chez ces clients. Les organismes de recherche, comme le CEA ou le CNRS, offrent des postes plus rares.

Les entreprises industrielles relèvent en général de la convention collective nationale de la métallurgie, IDCC 3248, et les sociétés d’ingénierie de la convention Syntec, IDCC 1486. Notre outil pour trouver sa convention collective confirme la vôtre à partir du nom de l’employeur. Le travail suit un mode projet, avec des pointes avant les jalons de validation, et des déplacements chez les clients, les sous-traitants et les sites d’essais.

Certaines règles s’imposent : une habilitation électrique pour intervenir sur des équipements sous tension, la tenue antistatique pour manipuler les composants, et en salle blanche, une combinaison et des accès contrôlés.

Ce qui plaît

  • Un objet concret qui s’allume, mesure ou communique.
  • Des secteurs très variés pour une même compétence.
  • Un chômage bas chez les ingénieurs.
  • Des technologies qui bougent : IA embarquée, batteries, radio.

Ce qui pèse

  • Des délais longs entre une idée et une carte qui marche.
  • Des pannes difficiles à reproduire, qui usent le moral.
  • Des pénuries de composants qui bousculent un calendrier.
  • Des sites spécialisés, parfois éloignés des grandes villes.

Combien gagne un ingénieur électronicien

Aucune enquête publique lue ne mesure l’ingénieur électronicien isolément : les baromètres publient des chiffres par secteur ou par niveau d’expérience. Les jeunes diplômés touchent en moyenne 39 284 € brut par an hors primes, selon l’enquête d’insertion de la Conférence des grandes écoles publiée en juin 2026. Dans l’industrie, la médiane des ingénieurs atteint 66 500 € brut par an, d’après l’IESF 2025. Dans la métallurgie, le premier groupe cadre commence à 35 200 € brut par an.

39 284 €brut annuel moyen des jeunes ingénieurs, hors primes (CGE, promotion 2025)
66 500 €brut annuel médian des ingénieurs de l’industrie en France (IESF 2025)
55 000 à 65 000 €brut annuel proposé à un ingénieur en électronique embarquée expérimenté (5 à 10 ans d’expérience, Michael Page, étude 2026)

Salaire ingénieur électronicien en 2026Minima de la métallurgie et de Syntec, médianes par âge, secteur et région, primes et net.Voir les salaires

Emploi et débouchés

Les ingénieurs sont en situation de quasi-plein emploi. L’enquête IESF 2025 compte 1,2 million d’ingénieurs et de scientifiques en France, relève un chômage de 3,2 % en 2024 et de 6,1 % chez les 25-29 ans. La spécialité « électronique, informatique » est, avec les filières généralistes, la plus citée après la première formation d’ingénieur : 20 % des répondants, contre 17 % pour la mécanique et la production. Le regroupement mêle électronique et informatique, il ne donne donc pas le nombre d’électroniciens seuls.

L’action publique soutient l’industrie des composants. Le règlement européen sur les semi-conducteurs (Chips Act, règlement (UE) 2023/1781 du 13 septembre 2023) vise à renforcer la production européenne. En France, la stratégie Électronique 2030 de France 2030 mobilise 5 milliards d’euros et annonce 5 700 emplois directs créés grâce au soutien de l’État. Ces emplois concernent tous les métiers de la filière, pas seulement les ingénieurs.

L’aéronautique et le spatial restent de gros recruteurs : le GIFAS annonce 222 000 emplois directs et 29 000 recrutements réalisés en 2024, tous niveaux de qualification confondus. L’automobile, elle, perd des emplois : d’environ 375 000 emplois industriels en 2019 à 335 000 en 2024, selon une étude Xerfi relayée par la Plateforme automobile en juin 2025. Nous n’avons pas trouvé, faute d’accès à l’Apec, de suivi public des offres d’emploi d’ingénieur électronicien, ni de chiffre de pénurie sourcé et daté propre à ce métier.

Évolutions de carrière

Deux voies coexistent. La voie experte mène à des titres comme expert CEM, expert radiofréquence, architecte matériel ou référent en électronique de puissance, pour ceux qui préfèrent le fond au management. La voie projet passe par chef de projet, responsable de bureau d’études, puis directeur technique ou directeur de la R&D. Certains deviennent architecte système : ils décident de la répartition entre matériel et logiciel, un poste qui suppose de maîtriser les deux.

Le doctorat ouvre les postes de recherche avancée. L’IESF 2025 montre que 64 % des docteurs-ingénieurs trouvent un emploi stable en moins de six mois, contre 49 % pour les docteurs issus de l’université. Le contrat CIFRE permet de préparer la thèse en entreprise : le salaire d’embauche est d’au moins 27 600 € brut par an à partir de 2026, et l’ANRT verse à l’employeur une subvention annuelle de 14 000 €.

L’ingénieur qui aime le contact bascule vers l’ingénieur d’affaires, en vendant des solutions techniques, ou vers la qualité, l’achat de composants et le conseil.

Métiers proches

Ces métiers partagent avec l’ingénieur électronicien la conception de produits, les systèmes embarqués ou l’industrie.

Choisir sa niche avant sa carte électronique

Le mot « électronique » recouvre des métiers qui n’ont presque rien en commun : un ingénieur qui règle une alimentation de forte puissance, un autre qui conçoit une antenne, un troisième qui écrit le code d’un FPGA. Le marché récompense la spécialité plus que le diplôme, et les offres se lisent par compétence : électronique de puissance, embarqué, RF, CEM, microélectronique.

Avant de choisir des options d’école, ou une alternance, regardez ce que les évolutions du marché font de chaque niche : l’intelligence artificielle embarquée, la cybersécurité des objets connectés, le véhicule électrique et ses batteries, les composants de puissance. Choisissez une niche où vous aimez déboguer, car c’est ce que vous ferez les dix prochaines années.

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