Criminologue : métier, formation, salaire et débouchés

Une jeune diplômée passe six mois à lire des dossiers de condamnés et à interroger des détenus libérés, pour comprendre pourquoi certains récidivent et d’autres non. Elle ne mène aucune enquête et ne dresse aucun portrait de tueur en série. En France, le criminologue est d’abord un chercheur ou un spécialiste venu du droit, de la psychologie ou de la sociologie, et le métier ne se résume pas aux séries.

Chercheuse en criminologie analysant des dossiers judiciaires et des statistiques sur un bureau, à côté d'un ordinateur portable
AccèsBac + 5master de criminologie, de droit, de psychologie ou de sociologie
Formation5 ans et pluslicence, master de 2 ans, doctorat pour la recherche
Salaire débutantPas de grille propreil dépend du statut : chercheur, conseiller pénitentiaire, psychologue
Où travaillerRecherche, justiceadministration pénitentiaire, police, associations, conseil

Ce que fait un criminologue

Le criminologue étudie le crime comme un phénomène : qui commet quoi, dans quel contexte, avec quels effets sur les victimes et comment la société y répond. Il combine le droit pénal, la psychologie, la sociologie et les statistiques. La fiche officielle du répertoire des métiers de France Travail le range parmi les chercheurs en sciences humaines et sociales (code ROME K2401), avec l’appellation « chercheur en criminologie ».

Sa journée type dépend de l’endroit où il travaille. Un chercheur analyse des bases de données de condamnations, conduit des entretiens avec des personnes suivies par la justice, rédige des articles et enseigne. Un chargé d’études dans une administration mesure l’effet d’un programme de prévention de la récidive. Un salarié d’une association d’aide aux victimes s’appuie sur la victimologie pour améliorer l’accueil.

Le métier est non réglementé : il n’existe ni titre protégé, ni concours de criminologue, ni corps de fonctionnaires qui porterait ce nom. On entre dans un poste de criminologie par un autre statut, par exemple celui de chercheur, de psychologue, de juriste ou de conseiller pénitentiaire. Le diplôme de criminologie ajoute une spécialité, il ne donne pas un droit d’exercer.

Ce que les séries ne montrent pas

Le criminologue ne mène pas d’enquête, ne porte pas d’arme et ne rencontre pas de suspects en garde à vue. Dans la gendarmerie, les spécialistes du comportement sont des enquêteurs et des psychocriminologues intégrés à un service, et un article de la gendarmerie titre lui-même que leur métier « est à l’opposé du fantasme du profiler ».

Le profilage existe pourtant. La gendarmerie a créé en 2002 un Département des sciences du comportement au sein de son pôle judiciaire. Selon la page de ce service (consultée par extrait, le site bloquant les robots), il réunit cinq analystes formés en psychocriminologie et des enquêteurs expérimentés, traite environ soixante dossiers par an sur saisine officielle et aide à l’analyse de scènes de crime et à la stratégie d’audition. Il oriente une enquête, il ne désigne pas un coupable.

Les compétences attendues

Le criminologue doit d’abord lire et produire de la donnée : statistiques de condamnations, enquêtes de victimation, entretiens qualitatifs. Les fiches de France Travail citent la conception d’enquêtes de terrain, l’analyse quantitative et qualitative et l’usage de logiciels statistiques. Ces compétences s’acquièrent en master et en doctorat, rarement sur le terrain seul.

Il lui faut aussi une solide culture juridique. Comprendre pourquoi une peine est aménagée, ce qu’est une libération conditionnelle ou comment se déroule une procédure permet de parler aux magistrats et aux services pénitentiaires. L’anglais compte, car une grande partie de la littérature de référence est publiée dans cette langue.

Le reste tient au sang-froid. Lire des dossiers de violences sexuelles ou de meurtres, entendre des victimes et des auteurs, sans jugement moral ni fascination, demande de la distance. Un secret professionnel ou une obligation de confidentialité encadre souvent les données manipulées.

Devenir criminologue

Aucun diplôme n’est exigé par la loi. Deux logiques coexistent : le master de criminologie, qui suppose souvent une licence de droit, et la voie d’un métier de base, psychologue ou sociologue, complétée par une spécialisation.

  1. Licence de droit, de psychologie ou de sociologieTrois ans, selon l’angle voulu : le droit pénal, le comportement individuel ou les phénomènes sociaux.
  2. Master de criminologie ou de droit pénalDeux ans, sélection sur dossier. Exemple : le master Droit pénal et sciences criminelles parcours Criminologie de Paris-Panthéon-Assas.
  3. Diplôme d’université (DU) en complémentUne année de spécialisation, parfois ouverte aux professionnels. Exemple : le DU Criminologie et sciences criminelles de Montpellier.
  4. Doctorat pour la rechercheTrois ans, financé par un contrat doctoral, obligatoire pour devenir chercheur ou enseignant-chercheur.

Le master Droit pénal et sciences criminelles parcours Criminologie d’Assas dure deux ans, pour 120 crédits, avec sélection sur dossier et des cours de droit pénal et de procédure pénale déjà suivis en licence. Il prépare aux concours de l’administration pénitentiaire, de la magistrature, de la police et de la gendarmerie, ainsi qu’à la recherche. À Lyon, l’université Jean Moulin Lyon 3 propose un master Pénologie de la mention Droit pénal et sciences criminelles, consacré à l’exécution des peines.

À Montpellier, le DU Criminologie et sciences criminelles dure un an, en formation initiale et continue, et s’adresse à des étudiants de droit, de médecine, de psychologie ou de sociologie. L’Onisep recense d’autres DU de criminologie dans plusieurs universités. Le nombre exact de masters de criminologie en France n’a pas été établi.

Pour une reconversion, le Cnam propose à distance le master Droit, économie et gestion mention criminologie parcours Expertise criminologique. Les cours ont lieu le soir en ligne, l’accès demande une licence ou un M1 de droit ou de science politique, ou l’expérience de professionnels de la sécurité et du droit, sur dossier déposé en avril et mai. Le diplôme correspond à la fiche RNCP37551, enregistrée jusqu’au 31 août 2030, et le Cnam affiche un tarif réduit d’autofinancement de 3 200 € par année (information relevée sur sa page, non recoupée).

Le compte personnel de formation finance une certification enregistrée, avec 150 € de participation à votre charge. Un salarié peut aussi demander un projet de transition professionnelle. Un policier, un gendarme ou un travailleur social a souvent la meilleure entrée : il connaît déjà le terrain et suit le master en parallèle.

Où travailler et dans quelles conditions

Les employeurs se répartissent en cinq familles. Les universités et organismes de recherche recrutent des chercheurs et des enseignants-chercheurs, à condition d’un doctorat. Le ministère de la Justice emploie des conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation, et des psychologues dans un corps propre depuis le 1er janvier 2022, avec recrutement possible de contractuels selon le site La Justice recrute.

La police et la gendarmerie intègrent des analystes, mais le recrutement passe par le statut de policier, de gendarme ou de contractuel spécialisé, jamais par un titre de criminologue. Les associations d’aide aux victimes et de réinsertion, enfin, recherchent des chargés de projets et d’études. Le conseil et l’expertise indépendante regroupent les experts judiciaires et les consultants en prévention.

Un expert judiciaire est inscrit sur la liste d’une cour d’appel, dans une rubrique de la nomenclature fixée par l’arrêté du 22 août 2022, qui comprend la psychocriminologie. L’inscription est d’abord provisoire pour trois ans, puis renouvelable pour cinq ans après avis d’une commission (Légifrance bloque les robots : ces informations viennent de la synthèse des cours d’appel).

Ce qui plaît

  • Un sujet de société qui mêle droit, psychologie et données.
  • Des débouchés variés : recherche, justice, associations, conseil.

Ce qui pèse

  • Aucun poste sous ce titre : il faut passer par un autre statut.
  • La charge émotionnelle des dossiers de violences.

Combien gagne un criminologue

Il n’existe aucune grille propre : la rémunération dépend du statut de l’emploi. Les seuls chiffres fiables sont ceux des employeurs, et l’ancienne fiche de cette page citait des fourchettes d’agrégateurs sans source vérifiable, que nous ne reprenons pas. Trois repères, tous bruts et mensuels en 2026, donnent l’ordre de grandeur pour un poste public.

2 300 €brut minimum d’un doctorant sous contrat doctoral
2 358 €brut d’un chargé de recherche au 1er échelon
1 867 €brut d’un conseiller pénitentiaire à l’entrée, plancher du SMIC

Salaire criminologue en 2026Grilles de la recherche, de la justice, secteur privé, primes et net.Voir les salaires

Emploi et débouchés

Aucune source publique ne compte les criminologues en France : sans corps ni code de métier propre, ils sont dispersés entre chercheurs, psychologues, juristes et agents publics. Les données du ministère de l’Enseignement supérieur donnent un repère pour la recherche. Pour les docteurs de 2020 en sciences humaines, l’enquête IPDoc de 2025 relève 89,3 % en emploi trois ans après, dont 55,2 % dans l’enseignement supérieur et la recherche publique.

Ce chiffre concerne l’ensemble des sciences humaines, pas les seuls criminologues, et il montre surtout que près de la moitié des docteurs quittent l’académique : 25,8 % travaillent dans le public hors recherche, 8,2 % en recherche privée et 10,8 % ailleurs, selon la même étude. Les autres débouchés passent par des concours, comme celui des conseillers pénitentiaires, ou par des recrutements de contractuels.

Évolutions de carrière

En recherche, la carrière suit les grades du CNRS ou de l’université : chargé de recherche, directeur de recherche, ou maître de conférences puis professeur. Dans la justice, un conseiller pénitentiaire peut évoluer vers un poste d’encadrement, et un psychologue vers une fonction de coordination. Dans le privé, l’expérience mène à l’expertise indépendante ou au conseil auprès de collectivités et d’entreprises de sécurité.

Les passerelles vont dans les deux sens. Un sociologue, un psychologue ou un juriste peut se spécialiser en criminologie, comme un policier peut viser un poste d’analyste après une formation en psychocriminologie. Un criminologue titulaire d’un master de droit pénal peut aussi préparer le concours de la magistrature.

Métiers proches

Ces métiers touchent au même sujet, avec un statut, une formation et un salaire qui leur sont propres.

Choisir sa porte d’entrée selon ce que vous voulez faire

La bonne question n’est pas « comment devenir criminologue » mais « que voulez-vous faire de lundi à vendredi ». Si vous voulez chercher et publier, visez un master de recherche, puis un doctorat financé : c’est la seule voie vers un poste de chercheur.

Si vous voulez évaluer des personnes, dans une prison ou pour un tribunal, le titre de psychologue est indispensable : la loi du 25 juillet 1985 le protège, et il faut un master de psychologie et un stage de 500 heures. Consultez notre fiche psychologue, puis complétez avec un DU de psychocriminologie.

Si vous voulez travailler dans la justice, le master de criminologie sert de préparation aux concours : conseiller pénitentiaire, surveillant pénitentiaire, greffier ou magistrat. Si vous voulez enquêter, il vaut mieux passer le concours de la police ou de la gendarmerie, que le titre de criminologue n’ouvre pas.

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