Bijoutier-joaillier : missions, formation CAP et salaire
Une cliente apporte l’alliance de sa grand-mère, dont la pierre bouge dans son logement. Le bijoutier-joaillier la resserre au binoculaire, puis reprend le même établi pour une bague commandée sur mesure, dessinée sur papier avant d’être fondue, limée et sertie. Entre réparation, fabrication et sertissage, ce métier de précision s’apprend par un CAP, souvent complété d’un BMA.

Bijoutier, joaillier, sertisseur : qui fait quoi
Les deux mots se recouvrent dans l’usage, et l’intitulé officiel du CAP les associe : bijouterie-joaillerie. Le bijoutier désigne deux réalités. En boutique, il vend des bijoux et des montres, répare et transforme. En atelier, il fabrique et façonne la pièce en métal. Ce second sens est celui de cette fiche, la vente en magasin relevant plutôt du commerce.
Le joaillier travaille des bijoux qui portent des pierres précieuses ou fines : il conçoit la monture, la fabrique, puis la prépare à recevoir les pierres. Le sertisseur pose ces pierres, geste si particulier que le CAP en fait une option à part, et que France Travail le décrit dans une fiche distincte. Le polisseur-finisseur, enfin, donne au bijou son éclat.
Les chiffres de la filière montrent le poids de la joaillerie : selon Francéclat, la production française de 2025 s’élève à 3 807 millions d’euros pour la joaillerie contre 679 millions pour les bijoux tout or. La fiche officielle du ministère du Travail (ROME B1609) réunit l’appellation « bijoutier joaillier » sous celle de responsable d’atelier, poste où l’on arrive après dix ans de métier. Pour l’horlogerie et l’orfèvrerie, voisines, voyez les fiches horloger et orfèvre.
Ce que fait un bijoutier-joaillier
Le matin commence souvent par la commande du jour : un dessin, une maquette en cire ou un fichier de conception assistée par ordinateur, et un poids de métal à respecter. Le bijoutier-joaillier choisit l’alliage, or jaune, blanc, rose, argent ou platine, puis façonne la pièce par fonte, laminage, découpe, soudure et assemblage. La précision se mesure au dixième de millimètre : une griffe trop épaisse ou un anneau mal rond se voient tout de suite au porter.
Vient le sertissage, ou la préparation de la monture pour le sertisseur. Suivent les finitions : polissage, rhodiage pour un or blanc, gravure, contrôle de conformité au dessin. Un poinçon marque enfin la pièce. Un fabricant d’ouvrages en métaux précieux doit avoir déclaré son existence auprès du bureau de garantie dont il dépend et fait graver son poinçon de maître, sans dispense possible.
La réparation occupe une part importante du métier, surtout en boutique : ressoudure d’un anneau, remplacement d’une pierre, remise à taille, redressage. La transformation en fait partie, quand un bijou de famille est démonté pour monter ses pierres sur une monture neuve. Dans un atelier de sous-traitance du luxe, à l’inverse, on répète le même geste sur des séries exigeantes.
Les compétences attendues
La première est manuelle : limer, scier, souder à la flamme, tenir une pièce minuscule sous la loupe ou le binoculaire pendant des heures. Le métier demande aussi de la perception dans l’espace, car il faut imaginer en trois dimensions la pièce que le dessin montre à plat. L’école Haute École de Joaillerie l’écrit d’ailleurs parmi ses prérequis : bonne dextérité et bonne perception spatiale.
La connaissance des matières compte autant : alliages de métaux précieux, matériaux naturels ou synthétiques, comportement de chaque pierre à la chaleur et au choc. La conception assistée par ordinateur s’ajoute aux compétences de base. Elle sert à modéliser une monture avant de la fondre, et figure parmi les compétences décrites dans la fiche ROME.
Le reste tient au tempérament : rigueur, patience, sens du détail, discrétion quand on manipule des pièces de grande valeur. En boutique, l’écoute du client s’y ajoute, car il faut comprendre ce qu’une bague représente pour celui qui l’apporte avant de proposer une réparation ou un devis.
Devenir bijoutier-joaillier
Aucun diplôme n’est exigé par la loi, mais tous les employeurs regardent le CAP. Le parcours de référence se fait par l’Éducation nationale et l’apprentissage.
- CAP Art et techniques de la bijouterie-joaillerieNiveau 3, trois options : bijouterie-joaillerie, bijouterie-sertissage, polissage-finition. Deux ans après la 3e, un an en apprentissage avec un diplôme préalable.
- BMA bijouBrevet des métiers d’art, niveau bac, deux ans après le CAP (un an en apprentissage avec un BMA préalable), avec le choix entre bijouterie-joaillerie et bijouterie-sertissage.
- DN MADE joaillerieDiplôme national des métiers d’art et du design, trois ans, équivalent licence, ouvert aux bacheliers ou aux titulaires d’un BMA.
- Haute École de JoaillerieÉcole privée qui prépare ces diplômes à Paris et à Lyon, avec des parcours de formation continue.
Le CAP est enregistré sous le numéro RNCP36336, valide jusqu’au 31 août 2027 d’après France compétences : la fiche sera renouvelée ou remplacée, vérifiez-la avant de vous inscrire. Les places sont comptées : le lycée Edgar Faure de Morteau annonce 22 places en option joaillerie et 8 en sertissage pour le CAP.
En reconversion, la voie rapide est un CAP en formation continue. La Haute École de Joaillerie propose l’option bijouterie sur 850 heures, du 1er octobre 2026 au 30 juin 2027, à Paris et Lyon, pour 19 668 €, éligible au compte personnel de formation. Des Greta proposent aussi un CAP en un an. Le CAP est accessible par validation des acquis de l’expérience, utile pour un bijoutier autodidacte. Le projet de transition professionnelle permet à un salarié de se former en gardant tout ou partie de sa paie.
Où travailler et dans quelles conditions
Les employeurs se répartissent en quatre familles : les grandes maisons de joaillerie, surtout parisiennes, avec des ateliers de haute joaillerie ; les ateliers de sous-traitance, qui fabriquent pour des marques ; les bijouteries de ville, où l’on répare et transforme ; et l’installation à son compte, souvent après plusieurs années en atelier. Les salariés relèvent de la convention collective de la bijouterie, joaillerie, orfèvrerie et horlogerie (IDCC 3251).
Le cadre est de l’atelier : station assise, gestes fins, travail au chalumeau et manipulation de produits de polissage, de décapage et de métaux en fusion. La fiche ROME liste l’exposition à de hautes températures et la manipulation de produits à risques. Le port d’une tenue professionnelle est fréquent.
Ce qui plaît
- Un métier de création : on voit naître la pièce, du dessin au bijou porté.
- Des débouchés recherchés : la filière déclare manquer de sertisseurs.
- La possibilité de s’installer avec un savoir-faire rare.
Ce qui pèse
- Des débuts proches du SMIC : le plancher conventionnel est de 1 900 €.
- Une concentration des postes à Paris pour la haute joaillerie.
- La charge de précision : yeux, dos et concentration soutenue.
Combien gagne un bijoutier-joaillier
Un bijoutier-joaillier salarié débute au voisinage du plancher de sa convention, à peine au-dessus du SMIC. Le minimum du niveau 1 est de 1 900 € brut mensuel depuis le 1er juillet 2026, celui du niveau 3, le niveau qualifié, de 2 205 €. Nous n’avons trouvé aucune source publique qui classe le CAP, le BMA ou le sertisseur à un niveau précis : le classement figure sur le contrat. Pour un indépendant, aucune statistique publique de revenu n’existe à notre connaissance.
Emploi et débouchés
D’après Francéclat, comité professionnel de la filière, la bijouterie-joaillerie française emploie 12 064 personnes en fabrication en 2025 (+1 %) et réalise 6 162 millions d’euros de production (+8 %). Les exportations de bijouterie-joaillerie atteignent 8 610 millions d’euros (+5 %). Le marché français est plus calme : 5,9 milliards d’euros de ventes de bijoux précieux et de montres en 2025 (+1 %), avec un recul de 3 % en centre commercial et de 18 % pour la vente à distance.
Le contexte de 2025 pèse sur les entreprises : l’or a gagné 38 % en euros et l’argent 35 %, selon Francéclat, ce qui renchérit la matière première. La filière déclare manquer de bras. En avril 2024, la directrice de la Haute École de Joaillerie disait à L’Officiel Horlogerie et Bijouterie que trois quarts des élèves étaient recrutés pendant leurs études, et que le sertissage manquait de relève. Ce témoignage d’école n’est pas une statistique d’emploi.
Aucun chiffre de l’enquête Besoins en main-d’œuvre de France Travail propre à ce métier n’a été trouvé. La BMO 2026 donne près de 2,3 millions de projets de recrutement tous métiers et 43,8 % jugés difficiles, contre 50,1 % en 2025.
Évolutions de carrière
La progression se fait d’abord par la spécialisation : sertisseur, polisseur de haut niveau, modeleur en conception assistée par ordinateur, joaillier sur mesure. Des maisons comme Cartier et Van Cleef & Arpels ont ouvert leurs propres dispositifs de formation, selon L’Officiel Horlogerie et Bijouterie (avril 2024).
L’encadrement est le second axe : la fiche ROME B1609 décrit le responsable d’atelier, qui anime une équipe, pilote la fabrication et contrôle la qualité, avec dix ans d’expérience dans le métier comme condition d’accès. Le contrôle des pièces mène à la qualité industrielle, et le savoir-faire technique à la formation dans les écoles de la filière.
La troisième voie est l’installation : atelier de création, réparation en boutique, marque à son nom. Elle suppose d’avoir déclaré son activité au bureau de garantie et de s’être doté d’un poinçon, et de réunir un stock de matière dont le prix a fortement monté en 2025.
Métiers proches
Les métiers d’art de la précision partagent des gestes, des matières et parfois des employeurs. Voici six fiches voisines.
Ce que la hausse du cours de l’or change pour un atelier
Le prix de l’once d’or a atteint 3 032 € en moyenne en 2025 (+37 %) puis 4 043 € en janvier 2026 (+33 %), selon les chiffres de Francéclat tirés de la London Bullion Market Association et du Comptoir national de l’or. L’once d’argent est passée de 35 € en 2025 à 78 € en janvier 2026.
Pour un atelier, cela change trois choses. Le stock immobilise plus de trésorerie, ce qui pèse d’abord sur ceux qui s’installent. Un bijou neuf coûte plus cher au client, qui peut hésiter ou choisir un modèle plus léger ; un bijou ancien, lui, peut valoir la peine d’être réparé ou transformé. Enfin, un devis doit préciser si la matière est facturée au cours du jour, sous peine de vendre à perte entre la commande et la livraison.
Savoir aussi transformer et restaurer est donc un atout. Si vous envisagez ce métier en reconversion, posez la question aux ateliers que vous visitez : quelle part de leur chiffre vient de la fabrication neuve, quelle part de la réparation ?
Sommaire
- Bijoutier, joaillier, sertisseur : qui fait quoi
- Ce que fait un bijoutier-joaillier
- Les compétences attendues
- Devenir bijoutier-joaillier
- Où travailler et dans quelles conditions
- Combien gagne un bijoutier-joaillier
- Emploi et débouchés
- Évolutions de carrière
- Métiers proches
- Ce que la hausse du cours de l’or change pour un atelier
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