Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

Viré, mais accompagné O commentaire

100 licenciements de didier SchneiderJean Martin est technicien en informatique, en charge de la hot line et des serveurs d’une entreprise. Il y a un an, on lui a offer un cadeau: un pistolet à air comprimé, qui tire des diabolos, des petits plombs. Un jouet rangé dans un carton, laissé dans un tiroir du bureau. Et trouvé en son absence par son supérieur hiérarchique, qui l’a confisqué. Jean Martin est mis à pied depuis ce jour-là.

Lors de l’entretien préalable de licenciement, la DRH accuse le salarié d’être quelqu’un de dangereux. Et de négligent: il a oublié de rendre le marteau emprunté au service d’entretien. Comme Jean Martin, Didier Schneider, le « conseiller du salarié » qui l’accompagne, reste interloqué. En revanche, il se rend aussitôt au commissariat pour dénoncer la confiscation d’un bien personnel du salarié par son employeur. « Tout salarié a le droit d’apporter des objets personnels sur son lieu de travail. C’est pour cela qu’il doit disposer d’un vestiaire ou d’une armoire fermant à clé. Ce qui n’était pas le cas ici. Une des missions d’un délégué du personnel est, entre autre, d’expliquer ce genre de choses », raconte Didier Schneider dans son livre, « 100 licenciements« , paru en mars 2008.

Convoqué à un entretien préalable de licenciement, tout salarié peut se faire accompagner, par un membre du personnel ou par un représentant du personnel. En l’absence d’instances représentatives du personnel, le salarié peut se faire assister gratuitement par un conseiller de son choix, dont il trouvera la liste auprès de l’inspection du travail ou de la mairie de son lieu de travail.

Ces conseillers sont des personnes choisies en fonction de leur expérience des relations professionnelles et de leur connaissance du droit social. Dans les faits, ces conseillers sont très majoritairement présentés par les syndicats.

Didier Schneider est l’un de ces conseillers du salarié. Il a assisté à 100 entretiens préalables au licenciement, qu’il raconte un par un, par moments forts. Le salarié qui abuse des coups de fil personnels passés depuis le poste du bureau. L’employeur qui insulte l’employé ou, plus souvent, le convainc d’avoir commis une faute et le pousse à craquer. L’intimidation, l’absence de raison valable au licenciement, les prétextes. Le non respect des obligations de proposer un reclassement dans les groupes, ou une formation. « Une arène: c’est l’endroit dans lequel j’ai eu l’impression de vivre certains entretiens. Tout est bon: le ton haut, le doigt pointé, les documents que l’on claque sur le bureau… Quand ce ne sont pas des allusions graveleuses… », résume l’auteur.

Raconter 100 licenciements. L’idée séduit. Mais l’énumération se fait parfois tellement détaillée, le ton tellement militant qu’il devient difficile de mesurer le drame humain de certaines situations. L’accumulation permet toutefois de dresser un constat, peu encourageant, de la situation: quand l’entretien préalable de licenciement arrive, il est déjà trop tard. « Dans deux ou trois cas sur cent, l’entretien ne débouche pas sur un licenciement, mais simplement sur une sanction, voire rien du tout », explique Didier Schneider. Le reste du temps, son intervention permet, dans le meilleur des cas, de négocier un départ sur un pied plus favorable, ou d’obtenir de l’argent au prud’hommes après une longue procédure. Mais « un salarié licencié sans cause réelle ni sérieuse ne retrouvera jamais son emploi, malgré la sanction des juges », rappelle en conclusion Didier Schneider. Et c’est quand même sacrement problématique.

« 100 licenciements« , de Didier Schneider, éditions Négatif, 378 p, 20 euros.

Comment faire trembler votre patronÀ lire, sur le même thème, « La révolte des virés. Comment faire trembler votre patron« , de la journaliste Sylvie Bommel et de l’avocate Anne-Laure Reveilhac, paru en 2006 chez Bourin Éditeur.

Les auteurs ont recueilli des dizaines d’histoires de licenciements. Une vendeuse en hypermarché licenciée pour avoir mangé des morceaux d’ananas destinés à une dégustation client. Un employé modèle remercié le jour où son employeur découvre des photos érotiques dans le tiroir de son bureau. Une star de la télé, Anne Sinclair, virée sans ménagement parce qu’on lui reproche de ne pas travailler assez. Un entraîneur d’un grand club de foot renvoyé pour résultats insuffisants. Une auditrice congédiée parce qu’elle a refusé de certifier les comptes d’un grand groupe français.

Les témoignages sont regroupés par grandes étapes: personne n’est à l’abri, puis, comment se comporter quand la direction veut vous virer, les erreurs à éviter, les conseillers, les avocats, les prud’hommes. Un livre utile sur un sujet presque tabou.

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Publié dans : Culture

le 8/12/2008, par Elsa Fayner

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