Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

Une DRH privée de ressources humaines 1 commentaire

MainKiEcritMarielle Dumortier est médecin du travail. Elle a également écrit Mon médecin du travail. Pour Et voilà le travail, elle tient une chronique régulière. Nouveau témoignage.

Clémence est une femme de 45 ans est sans aucun doute jolie. Mais ce matin elle est mal coiffée, pas maquillée, habillée sans recherche. Elle porte de grosses lunettes noires malgré la pluie.

Elle m’explique en sanglotant avoir fait des missions de « DRH de transition » pour des entreprises en situations difficiles pendant une dizaine d’années. Elle dit avoir toujours réussi à faire du travail de qualité et se décrit comme une bonne professionnelle, attachée à des valeurs.

Misogynie et injonctions paradoxales

Il y a six ans, elle a eu envie d’un travail fixe. Elle accepte le poste de DRH dans une association connue, en sachant « que ce [serait] dur », son prédécesseur lui ayant brossé un tableau des obstacles.

Clémence dit qu’elle se sentait « forte » et pensait pouvoir relever tous les défis. Dés son embauche, elle décrit une situation de travail dégradée : misogynie, injonctions paradoxales, procédures qui n’aboutissent pas, sentiment d’être laissée seule et de devoir se débrouiller, management autoritaire de son responsable qui ne se préoccupe pas des relations humaines.

Des dirigeants qui « font gonfler leurs notes de frais »

Il y avait tant de choses à faire qu’elle se sentait capable d’y arriver. Elle essaie d’accomplir sa mission, en acceptant « d’avaler chaque jour des couleuvres ».

Clémence dit que les membres dirigeants étaient plus préoccupés à essayer de « faire gonfler leurs notes de frais » qu’à réaliser un travail de qualité qui passerait par le service qu’ils rendraient aux adhérents. Cela met très vite Clémence en situation de « conflit éthique ».

Sans concertation

Tout devait être réalisé dans l’urgence, sans concertation avec les intéressés ou avec les instances représentatives du personnel. Ce qui pour elle, est contraire aux règles du métier.

Elle a souvent été choquée par les propos de son directeur qui disait ne pas se préoccuper du code du travail. Inconcevable pour Clémence.

Elle dit avoir été pleine d’énergie, s’être bagarrée pendant six ans en vain, mais être maintenant « vidée ».

Au printemps, une réorganisation de l’association doit être mise en place. Le directeur demande à Clémence de réaliser une note économique. Cela n’est pas son travail, mais personne ne veut le faire… Clémence explique avoir réalisé ce qu’elle a pu laissant des éléments à valider par ses collègues.

« Cesser de jouer les idiotes »

Le jour de la présentation du  rapport en comité d’entreprise, Clémence n’est pas en mesure de répondre aux questions posées par l’expert qui veut connaître la stratégie de l’association. Son patron, présent, ne répond pas. L’expert s’énerve et demande à Clémence de « cesser de jouer les idiotes ».

Des propos qui l’humilient. Elle se lève en expliquant ne pas accepter de telles paroles, se voyant répondre par l’expert : « c’est du cinéma ». Son patron ne prend pas sa défense. Cela la blesse.

Idées suicidaires

Clémence part en pleurs. Elle marche plusieurs heures dans Paris sans savoir où elle est allée. Des idées suicidaires lui ont traversé l’esprit. Heureusement, elle réussit à contacter son mari.

Le soir, elle reçoit un texto de son patron : « je suis désolé pour l’incident ». Ce SMS la révolte. Pour elle  ce n’était pas un incident mais une atteinte grave à sa dignité.

Le lendemain,  Clémence, toujours attachée à réaliser du bon travail,  retourne au bureau. Elle espère que son patron et ses collègues lui exprimeront leur soutien. Elle ne trouve qu’indifférence, alors elle craque. Elle est arrêtée huit jours. Elle tente de reprendre son travail mais ne tient pas. Elle pleure sans cesse. Elle est toujours arrêtée et à présent suivie par un psychiatre.

Dépression

Il paraît impossible que Clémence puisse reprendre son poste. Elle espère une rupture conventionnelle de son contrat. Si elle était refusée par son employeur, il faudrait envisager une inaptitude. Je lui en explique la procédure.

Je la dirige vers un psychologue du travail. Je lui explique que pour le moment, elle doit rester en arrêt de travail et soigner sa dépression. Elle a du mal à l’accepter, elle qui n’a jamais été malade et ne s’est jamais arrêtée.

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Publié dans : Témoignages

le 7/11/2016, par Rozenn Le Saint

1 commentaire

  • Une bien triste affaire.
    Ancien DRH, je sait que ce n’est pas un métier facile… et que l’inaptitude est souvent difficile à accepter.
    Merci pour votre article fort intéressant.
    Bien cordialement.

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