Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

Travailler chez soi le soir : forcément un stress ? 9 commentaires

Quand on a un bureau et un employeur, travailler chez soi, le soir tard, voir le week-end, témoigne d’une surcharge de travail, d’une mauvaise organisation ou d’un certain masochisme. Forcément ? Les outils numériques rendent poreux la frontière qui sépare notre vie professionnelle de notre vie personnelle : et si c’était, parfois, pour le meilleur ?

Il devient difficile de réfléchir au bureau

Un point de vocabulaire s’impose pour commencer. Les salariés parlent plus volontiers d’« addiction » que de « perturbation » quand ils abordent la question de leurs relations aux smartphones, aux messageries électroniques, ou aux réseaux sociaux.

Cette addiction quasi-physique a une première conséquence : la journée est vite consommée. Quitte à laisser l’impression de ne pas avoir avancé. Du coup, constate Cindy Felio, qui a mené une enquête auprès de 62 cadres, les salariés travaillent en deux temps :

« Toute la surcharge informationnelle, ce qu’on appelle “l’infobésité”, le fait d’être sollicité sans arrêt par des messages sur le lieu de travail, fait que les cadres préfèrent attendre le soir pour traiter des documents qui demandent de la réflexion, passer des coups de fil à des collègues, approfondir un projet, se concentrer. »

Bref, « ce pour quoi ils sont censés être là, être des managers de leur équipes, ils ne peuvent le faire que chez eux, une fois le reste des informations traitées », poursuit la chercheuse. « Pour bien faire leur travail, ils sont obligés d’élargir leur temps professionnel en débordant sur leur temps privé. »

Ce n’est pas nouveau concernant les cadres, note cependant Sylvie Hamon-Cholet. Ils ont toujours rapporté du travail à la maison. La nouveauté, c’est que la pratique s’impose à tous les degrés de la hiérarchie :

« Avec les nouvelles technologies, le fait d’emporter du travail à la maison se diffuse chez la plupart des salariés qui travaillent dans un bureau. »

Le deal : travailler chez soi, surfer au bureau

Mais, poursuit Sylvie Hamon-Cholet, « ça ne va pas forcément dans le sens d’une perturbation » :

« Tout dépend d’où vient la contrainte. Si c’est le manager qui appelle n’importe quand, cela peut susciter de la souffrance. Mais s’il y a un accord, pas forcément. »

Pour Cindy Felio, si « une négociation s’instaure », le cadre peut même « se réapproprier ses différents temps », pro et perso. Pour cela, poursuit Stefana Broadbent, il faut que le temps personnel puisse lui aussi déborder sur le temps professionnel :

« Il y a aussi un bénéfice à pouvoir faire des aller-retour entre les deux sphères grâce aux nouvelles technologies. Elles permettent une continuité de la vie sociale dans la journée. »

A condition que cela soit autorisé :

« Là où les gens travaillent par projet, l’accès est total à tous les moyens de communication personnels. Mais là où les gens travaillent avec moins d’autonomie, des règles très strictes sont parfois imposées. Les salariés doivent parfois aller jusqu’à enfermer leur portable dans un casier… »

Là, pas de « négociation » possible.

Deux minutes d’e-mails : petit déj’ gâché

Cela dit, les salariés ont beau « négocier », les cadres « se réapproprier leurs temps », comme l’expliquent les trois chercheuses, ne sont-ils pas malgré tout perdants dans l’histoire ?

Ils peuvent certes réserver des billets de train durant leur journée de travail – ce qui prend quelques minutes et donne la satisfaction de la tâche accomplie – mais ils sont aussi vivement encouragés à consulter leurs courriels avant d’arriver au bureau.

Beaucoup le font dès le réveil : quelques minutes suffisent, là aussi, mais l’esprit risque fort de ne plus trouver le repos ensuite. Petit déjeuner gâché, vie privée malmenée, temps de trajet préoccupé ?

Ce quasi réflexe serait au contraire un temps nécessaire, estime Stefana Broadbent :

« Le matin, on met son armure, on entre dans la peau de la personne professionnelle, en écoutant les nouvelles à la radio, en s’habillant, en se maquillant éventuellement, en se remettant à penser au travail, etc.

La lecture des mails sur le smartphone peut avoir cette fonction-là aussi. Elle peut jouer ce rôle de mise en situation, de transition. »

Mais peut-on évaluer l’emprise psychologique, le temps de cerveau occupé par ces micro-activités et les pensées qu’elles suscitent ? Pas encore. Sylvie Hamon-Cholet préconise des études plus larges que celles qui ont été menées jusqu’à présent.

Quant aux cadres interrogés par Cindy Felio, ils ont pour certains établi un lien entre leur démission, leur « burn out », ou leurs troubles cardiovasculaires et leur « hyperconnexion ». Pour la chercheuse :

« Cette vie toujours en pointillé peut causer une certaine blessure. Pour les cadres en question, cela a conduit ensuite à des périodes de déconnexion complète, des périodes où ils ont réorganisé leur vie, revu leurs priorités. »

Il faut être joignable partout, tout le temps

Difficile de rester dans la mesure, de trouver un équilibre, de placer les limites avec les nouvelles technologies ?

Lire la suite de l’article d’Elsa Fayner sur Rue89

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Publié dans : 35h, retraites: temps de travail | À la une | Au bureau | NTIC

le 25/03/2013, par Elsa Fayner

9 commentaires

  • Hervé dit :

    N’oublions pas la passion, qui fait que les meilleurs idées vous viennent justement au moment où on les attends le moins, et parfois chez soi.

  • Lachkar dit :

    Bonjour et merci pour cet excellent article. Je partage tout à fait cette analyse (à mettre en rapport avec le culte de l’urgence dans nos vies modernes). La phrase « il faut être joignable partout, tout le temps » est à creuser car effectivement (à mon sens) ce n’est pas le fait de travailler en dehors des heures de bureau qui est source de stress mais bien l’éternelle course à répondre en temps et en heure à toutes les sollicitations …
    Très bonne journée

  • Al hyène dit :

    Bon, ben je vais arrêter de bosser et aller me coucher… Il est tard… C’est en lisant ça qu’on s’en aperçoit…

  • La concentration au travail est d’autant plus difficile quand on travaille en open space ! Il est vrai qu’à la fin de la journée nous sommes parfois plus aptes à réfléchir calmement.

  • Chapeau l’artiste! Quel bel article

  • aurel dit :

    Je fais partie de ceux qui pensent que travailler à la maison est nettement meilleur. Non seulement ce mode de travail aide à mieux se concentrer, mais il permet également de faire quelques économies. D’ailleurs, les employeurs son nombreux a proposer cette facilite à leur employés.

  • Mailhot dit :

    Travailler chez soi peut être une source de distraction et donc une perte de temps au final. De plus il peut devenir difficile de faire la différence entre vie privée et vie professionnelle, et il est plus dur de s’intégrer dans une équipe et de se lier avec ses collègues.

  • Merci pour cet article, cependant je ne suis pas vraiment d’accord, à partir du moment ou le travail est une passion, ça ne devrait pas poser de pb;.. si ce n’est pas le cas, bien malheureux…

  • Flo21 dit :

    Bonjour,

    Merci pour cet article. Pour ma part, en tant que chargé de clientèle pour une enseigne dont je tairai le nom, j’ai chaque jour un tas de mails qui s’accumulent et parallèlement à ça, de nombreux appels à traiter. Je suis contraint de travailler chez moi le soir, sinon il m’est impossible de tout traiter et cela se répercute sur les prochains jours.
    Le problème tient du manque de personnel qui se répercute directement sur la vie des employés…
    Je compte attaquer mon entreprise aux prud’hommes et faire appel à un avocat acceptant l’aide juridictionnelle. Bref, tout ça pour dire qu’il ne faut pas se laisser ronger par le travail car cela peut devenir un véritable enfer… Bon courage à ceux qui subissent le même sort.

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