Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

Travail au rabais: quel intérêt? 4 commentaires

Pour ses 8 mois, Et voilà le travail revient sur l’actualité du premier semestre 2009 dans le monde du travail. RSA, services à la personne, auto-entrepreneur… Quelles tendances se dégagent? Et quels chantiers nous attendent?

Le chômage inquiète, le travail intéresse. Le premier semestre 2009 a vu défiler les plans sociaux, des salariés exaspérés, et désespérés, des patrons séquestrés, des usines prêtes à sauter. La crise financière mondiale précipite le déclin de bassins d’emplois -automobile, textile…- entiers. Les reconversions prendront du temps.

RSA

Heureusement, le gouvernement a prévu le coup et, le 1er juin dernier, le RSA voyait le jour. L’idée : amortir la perte de revenus -d’allocations- qui peut suivre la reprise d’activité. Mais face à la pénurie d’emplois, et aux obstacles autres que financiers à la reprise d’activité, à quels métiers pense le Haut commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté? En juillet dernier, Et voilà le travail le lui avait demandé. Réponse: les aides à la personne, par exemple. C’est donc là que se cache ce vivier d’emplois qui doit faire l’avenir de la France.

Services à la personne

Ce secteur -qui emploie à 98% des femmes, qui ont en moyenne 45 ans-, où le temps partiel et même très partiel domine tout en étant largement subi (40% des salariés voudraient travailler plus). Ce secteur qui, avec 14,8% de femmes concernées, arrive en seconde position pour les troubles dépressifs, toujours d’après les données de l’ergonome Ghislaine Doniol-Shaw. Ce secteur dans lequel le ressenti des employées se distingue de celui de la moyenne des salariées dans trois domaines: la monotonie du travail (44% contre 22%), le manque d’entraide (49% contre 21%) et le fait que ce travail ne permette pas d’apprendre (55% contre 20%).

Offre raisonnable d’emploi

D’autant plus réjouissant que le RSA implique de se présenter au nouveau Pôle Emploi en contrepartie de la prestation. Et, là, le principe des deux Offres raisonnables d’emploi (ORE) s’applique. Le demandeur d’emploi définit désormais avec son conseiller les critères qu’il est prêt à accepter, et que le conseiller juge raisonnables (le tout étant formalisé dans les textes: un salaire égal au salaire précédent est jugé raisonnable par exemple). Cela dit, pour l’instant, Pôle Emploi a vu passer bien peu d’offres d’emploi susceptibles d’être estampillées raisonnables. Par ailleurs, les demandeurs d’emploi qui se voient actuellement proposer des Offres raisonnables les acceptent généralement, car elles doivent être à salaire égal, dans une zone géographique restreinte et en accord avec leurs compétences.

En revanche, régulièrement, les critères acceptés doivent être revus à la baisse. Et, après an de chômage, le demandeur d’emploi doit accepter un salaire égal au montant total de ses allocations, qui ne soit pas inférieur au Smic. En gros, un salarié qui gagnait 2000 euros va devoir accepter tout travail proposé payé au Smic… Rendez-vous en janvier 2010.

Auto-entrepreneur

Autre piste, promue par le gouvernement: créer son entreprise tout seul, avec un minimum de démarche. On s’embauche soi-même et ça s’appelle l’auto-entrepreneuriat. Malin.

Mais qui sont les auto-entrepreneurs? Des hommes à 57% et des femmes à 43%, âgés en moyenne de 41 ans. 51% sont demandeurs d’emploi, 22% salariés, 17% retraités, étudiants, inactifs, fonctionnaires, selon une étude réalisée cet été par la Caravane des Auto-entrepreneurs. La majorité des auto-entrepreneurs créent une activité, majoritairement dans les services, pour un mi-temps ou moins. Pourtant, ils sont plutôt peu organisés. A la question du montant des apports personnels, 68% répondent qu’ils ne savent pas. Ils sont également un tiers à ne pas savoir quels gains ils espèrent tirer de leur activité. Seuls 4% se font accompagnés par un comptable ou une chambre consulaire.

Un mi-temps ou moins, en parallèle d’une autre activité, voire une création d’entreprise sans accompagnement qui permet de faire diminuer d’autant les chiffres du chômage, sont-ce vraiment des solutions?

Tendance sous-traitance

Une chose est sûre: c’est tendance pour les entreprises de sous-traiter. Avec les risques que cela implique, notamment dans l’industrie. Le jugement du TGI de Toulouse dans la catastrophe AZF, le 19 novembre prochain, sera à ce titre instructif. La catastrophe AZF est le fruit de « manquements à des obligations de sécurité ou de prudence imposée par la société TOTAL à sa filiale Grande Paroisse », peut-on lire dans la citation à comparaître. Le procès sera-t-il celui d’une organisation du travail qui privilégie la rentabilité à la sécurité? A suivre.

Tous nomades

Dans les services, la tendance s’observe également, et ricoche jusqu’au salarié lui-même. « Depuis quelques décennies déjà, le lieu unique de travail n’est plus la référence. L’ouvrier de maintenance doit se déplacer pour effectuer son intervention, le cadre doit être dans la relation, le VRP n’a pas de bureau, il travaille dans sa voiture, par téléphone », observe Xavier Baron, membre du Conseil scientifique de l’Observatoire des cadres. « C’est d’ailleurs pour cette population de commerciaux que le management par objectif a été développé au départ, puisqu’il n’est pas possible de contrôler leur activité ». De plus en plus, il est donc demandé aux cadres de gérer leurs missions comme ils l’entendent, à condition d’atteindre les objectifs fixés. « À L’éclatement du lieu de travail vient ainsi s’ajouter une dilution du temps de travail », poursuit le consultant RH. « On ne demande plus aux commerciaux, ni à la grande majorité des travailleurs de l’immatériel, d’appliquer les règles, sous peine de sanction, car le travail est de plus en plus immatériel et on ne sait plus quelles règles instaurer. On leur explique aujourd’hui ce qu’il faut faire dans l’idéal, et, plutôt que de leur donner des conseils, des méthodes, des critères objectifs d’évaluation, on leur demande d’être ‘compétents’ et ‘motivés’. On ne leur demande plus seulement de mettre à disposition leur capacité de production, mais également mettre en œuvre leur puissance productive, donc leur subjectivité, leurs tripes. Et leur temps personnel ».

On parle alors de « télétravailleurs nomades ». En 2004, selon la Dares, ils étaient 1 100 000, soient 5 % des salariés. « Mais cela peut aller plus loin. Puisqu’on ne sait pas mesurer la productivité des travailleurs aujourd’hui, pour les activités intellectuelles, relationnelles et informationnelles, on demande au marché de le faire : on encourage le salarié à s’installer en libéral, en consultant, en auto-entrepreneur. Dans un premier temps, l’entreprise y gagne. Ses coûts de loyer, de téléphone, d’électricité, diminuent. Le travailleur indépendant travaille davantage d’heures qu’en entreprise. Mais, à moyen terme, il s’épuise, ses heures deviennent moins productives. Surtout, il n’est plus solidaire de l’entreprise, qui est devenue un client. La proximité, la solidarité, l’existence d’un devenir commun font défaut, or c’est ce qui permet une productivité collective ».

Des pistes?

Si le lieu ni le temps ne limitent plus la subordination, comment le travailleur peut-il résister à la surcharge?

C’est l’un des chantiers à explorer. Car les employeurs sont en mesure de suivre les déplacements et les temps de travail de leurs salariés : les calendriers sont visibles, et les envois de mails, comme les coups de fil, datés. Il serait donc possible de veiller à ce que certaines règles s’appliquent, celle des onze heures de repos consécutifs obligatoires par exemple. Encore faut-il le vouloir.

Ce serait aussi le moyen de mesurer le temps de travail effectif. Car, si la tendance est à l’individualisation des objectifs, des tâches, des contraintes, et des risques, « à terme, chacun sera porteur de son temps de travail, dont la durée et l’organisation varieront sur la vie », prévoit le sociologue Jean-Yves Boulin, dans une interview réalisée par Anne Fairise pour Liaisons sociales. Chacun sera donc détenteur d’un emploi du temps variant sur la vie active, et non plus sur la semaine, le mois ou l’année: il sera possible de travailler moins au moment d’avoir des enfants, et davantage quand ils ont grandi, par exemple. Et, ce, dans un contexte d’extension de la mobilité professionnelle, inéluctable selon la journaliste de Liaisons.

Mais, alors, qui décidera du temps travaillé, du temps libre, du temps de formation: l’employé ou l’employeur ? Pour qu’il y ait des garanties pour les salariés, et pas seulement une individualisation du temps de travail pour répondre aux besoins du marché, il faut déjà que les outils qui existent en France (Compte Epargne Temps, DIF) soient enfin utilisés massivement. Ca fait partie de la sécurisation des parcours professionnels. Qui, pour l’instant, demeure lettre morte.

Peut-on espérer qu’elle deviennent réalité? « Dans le scénario noir, où coexistent des pénuries de main-d’œuvre et un chômage élevé, la situation des moins diplômés s’aggrave, surtout pour les jeunes hommes, avec un risque d’enfermement dans le chômage, ou les emplois précaires », répond Yves Chassard, chef du département travail du CAS, dans Liaisons sociales. À moins d’une action volontaire de l’État et des partenaires sociaux pour « favoriser les mobilités qualifiantes ». Et professionnaliser les services à la personne par exemple.

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