Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

Suicides: les ruptures de parcours professionnels en cause O commentaire

Jean-Claude Delgenes, DG de Technologia

Jean-Claude Delgenes, DG de Technologia

Quatre salariés sur dix se déclarent stressés, et 60% d’entre eux du fait de leur travail, évalue un sondage de l’Anact. Causes invoquées: surcharge de travail, multiplication des tâches, absence de répits. Coupable désignée : l’intensification du travail.
« Le fait d’avoir beaucoup de travail n’est ni bon, ni mauvais pour la santé en soi », tempère pourtant le Dr Philippe Davezies. « Au contraire, parfois, retirer du travail à quelqu’un peut le rendre malheureux ». Pour le médecin, la question est plutôt de savoir si la personne exerce un travail dans lequel elle peut s’approprier les consignes, y mettre « du sien », de sa subjectivité, de sa créativité. Ou si elle doit se contenter d’appliquer les règles, comme c’est la tendance actuellement : puisqu’il faut aller toujours plus vite, il faut faire des choix, et renoncer à cette humanisation des procédures. Se contenter du strict minimum. Ne plus s’appesantir sur les « détails », ne plus adapter la réponse à chaque usager, ne plus faire preuve, donc, d’expérience ni de métier : ces évolutions du monde du travail peuvent mener à des troubles.
Physiques, tout d’abord. « Les situations qui imposent aux salariés de réprimer leur activité et leur subjectivité sont susceptibles d’avoir des effets sur les mécanismes de l’inflammation », prévient le Dr Philippe Davezies. Or, les inflammations peuvent révéler des troubles musculo-squelettiques (TMS), qui constituent aujourd’hui la première maladie professionnelle reconnue en France.
Mais ces évolutions du monde du travail peuvent mener également à une souffrance psychique. Directement : ne plus pouvoir mettre « du sien » dans son travail peut faire souffrir. Ou indirectement : puisque le métier, l’expérience, perdent de leur intérêt -dans certains secteurs au moins-, il est désormais possible d’affecter à peu près n’importe qui à n’importe quel poste. « Du jour au lendemain, on demande à certains salariés de changer de métier, et de lieu de travail », constate Jean-Claude Delgenes, de Technologia, qui intervient auprès d’entreprises ayant connu des suicides, dont Renault ou France Télécom. « Les ruptures de parcours professionnels, et la perte d’identité qui a suivi, ont représenté au moins un cas sur deux des quarante crises suicidaires que j’ai eu à traiter en cinq ans ».

Elsa Fayner

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Publié dans : Entreprises

le 8/10/2009, par Elsa Fayner

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