Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

« Steevy dit ne plus pouvoir travailler et souffrir beaucoup » O commentaire

Marielle Dumortier est médecin du travail. Elle a également écrit Mon médecin du travail. Pour Et voilà le travail, elle tient une chronique régulière.

Il y a quelques années j’ai du mettre Steevy en inaptitude définitive pour un poste d’électricien, il souffrait terriblement de ses deux genoux. Les bilans confirmeront une maladie dégénérative des cartilages. Malgré de nombreux essais thérapeutiques, il ne pouvait plus travailler à genoux et exercer son métier d’électricien était devenu impossible.

Je retrouve ce jeune homme 4 ans plus tard en visite d’embauche comme cariste dans un magasin de bricolage. Il est toujours reconnu travailleur handicapé. Il va très bien et me dit ne plus souffrir de ses genoux. Je le mets apte à ce poste de cariste en m’assurant qu’il ne fera aucunes manutentions manuelles.

Tout se passe bien, jusqu’ en ce début d’année. Steevy a de nombreux petits arrêts de travail, il se présente plusieurs fois en état d’ébriété à son travail, le responsable le renvoie chez lui. Steevy devient agressif.

Je le vois en mai en visite systématique. Steevy me dit avoir des problèmes d’argent, reconnait faire la fête avec les copains mais nie boire trop. Je lui donne des adresses de centre et le dirige vers notre assistante sociale. Steevy refuse toutes aides, et se remet en arrêt de travail quelques jours après sa visite médicale.

Je le revois fin juin, il me dit avoir de nouveau très mal aux deux genoux. Son examen clinique est normal, mais je l’adresse tout de même à son médecin en lui demandant un nouveau bilan. Quelque temps après Steevy revient il a fait un bilan complet qui ne montre aucune évolution de sa pathologie. Steevy dit ne plus pouvoir travailler… et souffrir beaucoup. Je le dirige alors vers un spécialiste qui me confirme que ce patient n’a aucune pathologie évolutive, qu’il doit éviter le port de charges lourdes, et qu’il peut sans souci conduire. Je lis à Steevy la lettre du confrère : il est furieux, se montre extrêmement agressif, me dit en hurlant que de toute façon il ne veut plus faire ce travail, qu’il a des projets de départ en province, et avoue vouloir être licencié comme la première fois pour raisons médicales.
Ce que je refuse énergiquement.

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Publié dans : Témoignages

le 31/12/2010, par Elsa Fayner

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