Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

Services à la personne: à quand la professionnalisation? O commentaire

Photo Cédric Faimali / www.collectifargos.com

Photo Cédric Faimali / www.collectifargos.com

Le Salon des services à la personne se tiendra du 19 au 21 novembre 2009 à la Porte de Versailles. C’est sa troisième édition. Plus de 23000 visiteurs sont attendus. Il faut dire que, chaque année, depuis dix ans, les services à la personne sont de plus en plus nombreux. Mi 2005, ils faisaient travailler 2,5 millions de salariés. Depuis, la tendance se confirme. Et les pouvoirs publics l’encouragent: le deuxième volet du Plan de développement des services à la personne, remis au printemps dernier par Jean-Louis Borloo, prévoit de renforcer l’offre de services de Pôle Emploi dans le secteur, de favoriser la création d’entreprises, ou encore de développer les actions de formation des salariés. Vraiment?

Le 1er juin dernier, Martin Hirsch lançait le Revenu de solidarité active (RSA). L’idée : amortir la perte de revenus -d’allocations- qui peut suivre la reprise d’activité. Mais face à la pénurie d’emplois, et aux obstacles autres que financiers à la reprise d’activité, à quels métiers pense le Haut commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté? En juillet dernier, Et voilà le travail le lui avait demandé. Réponse: les aides à la personne, par exemple. C’est donc là que se cache ce vivier d’emplois qui doit faire l’avenir de la France. Voyons voir de plus près.

Troubles dépressifs

Tout d’abord, 98% des employés sont des femmes, elles ont 45 ans en moyenne, et un quart d’entre elles est diplômé. Le temps partiel et même très partiel domine ces emplois tout en étant largement subi (40% des salariés voudraient travailler plus). Le secteur, avec 14,8 % de femmes concernées, arrive en seconde position pour les troubles dépressifs. Trois facteurs, appartenant au registre des contraintes dites psychosociales, distinguent particulièrement le vécu de ce travail par rapport à la moyenne des salariées : la monotonie du travail (44% contre 22%), le manque d’entraide (49% contre 21%) et le fait que ce travail ne permette pas d’apprendre (55% contre 20%).

Mieux vaut travailler pour une association, et passer le DEAVS

Ce sont les données recueillies par l’ergonome Ghislaine Doniol-Shaw, qui précise: « Dans ce panorama, la part minoritaire de salariées intervenant en prestataires et généralement employées par des structures associatives, bénéficie de conditions d’emploi plus stables et de durées de travail plus élevées, même si le temps partiel continue de concerner une part importante des salariées. Les difficultés accrues de recrutement et surtout de fidélisation des salariées ont aussi conduit le secteur associatif à s’organiser pour revaloriser les métiers, en lien avec la création, avec l’Etat et les partenaires sociaux, du diplôme d’Etat d’auxiliaire de vie sociale (DEAVS) ».

Servir plus qu’aider

Et, depuis, cette volonté de professionnaliser le secteur, de le rendre plus fréquentable, s’est-elle poursuivie, comme l’annonce le plan Borloo de développement des services à la personne? Pas vraiment. « Au début des années 2000, pour répondre au vieillissement de la population et à la demande des Conseils généraux qui géraient la toute nouvelle APA , les organismes prestataires ont fait monter en puissance la qualification des employées. Un nouveau référentiel métier et un diplôme ont même été créés », raconte Ghislaine Doniol-Shaw, ergonome, qui a mené une étude sur les parcours professionnels des femmes dans ce secteur. « Pourtant, la volonté politique a rapidement changé de cap. Le plan ‘Borloo’, de développement des services à la personne, a promu l’emploi privé et la concurrence entre prestataires. Désormais, l’employée doit se mettre ‘au service’ du ‘client’, et non plus ’aider’ la personne. Ce doit même être sa principale qualité. Elle doit être disponible en permanence, mais également pouvoir intervenir en un temps réduit, et en horaires fragmentés ».

Des injonctions contradictoires

Des injonctions pourtant contradictoires : quand chaque tâche est chronométrée, et le temps imparti insuffisant, les employées ne peuvent accompagner la personne dépendante sans la brusquer. Elles ne peuvent faire valoir leur expérience, leur souci de bien faire, et se retrouvent contraintes de travailler dans le stress, l’urgence et le malaise éthique.
La démarche de reconnaissance des qualifications n’est plus de mise. L’opportunité de les rémunérer non plus. D’autant moins que le travail se fait majoritairement à temps partiel. Pire : pour éviter des atteintes trop importantes à leur santé, qui les empêcheraient de continuer à travailler, les salariées expérimentées n’ont trouvé qu’une solution, réduire leur activité. Et, un peu plus encore, leur salaire. Conséquence : même si certaines structures innovent avec des pratiques innovantes (groupes d’échanges sur les pratiques, recours à l’Anact pour faire baisser le stress, binômage, aide à passer le permis de conduire, etc) pour fidéliser leurs salariées, le turn-over reste important dans le secteur, et la professionnalisation bien lente.

Sur ce sujet :

Réalisée entre janvier et novembre 2007 par le LATTS (G. Doniol-Shaw, E. Lada et A. Dussuet), dans un contexte d’importantes recompositions du secteur, l’enquête de terrain a porté sur des structures relevant d’une même fédération associative où les conditions de travail, d’emploi et de qualification des salariées constituent des questionnement forts. Elle s’est intéressée aux parcours de salariées cumulant plusieurs années d’ancienneté dans le secteur afin de comprendre comment celles-ci prennent place professionnellement dans un secteur d’activité structuré par la division sexuelle du travail et caractérisé par des emplois le plus souvent à temps partiel, faiblement qualifiés et présentant peu de perspectives de carrière, conduisant à un turn-over important.

Télécharger le rapport du Latts (4.2 Mo)

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Publié dans : À la maison | Égalité professionnelle | Services à la personne

le 19/11/2009, par Elsa Fayner

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