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Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

Plus de risques qu’avant de se retrouver au chômage en France? 2 commentaires

cercDans son cinquième rapport, La sécurité de l’emploi – Face aux défis des transformations économiques, publié en 2005, le CERC (Conseil de l’emploi, des revenus et de la cohésion sociale) a souhaité apporté un éclairage sur ce que sont et comment évoluent l’instabilité et l’insécurité de l’emploi.

La première partie de ce rapport intitulé « La sécurité de l’emploi face aux défis des transformations économiques » propose, dans une note de synthèse, un état des lieux de la sécurité de l’emploi face aux contraintes de l’environnement économique et aux caractéristiques des salariés (mobilité des salariés, instabilité de l’emploi, disparités de l’instabilité et de l’insécurité de l’emploi…).

Les analyses du CERC sont détaillées dans sept cahiers. Le premier cahier, « transformations de l’emploi et risques », dresse un état des lieux chiffré des évolutions récentes de l’emploi en France (intérim, CDD, temps partiel, services, emploi des femmes, annualisation du temps de travail…).

Dans le deuxième cahier, « phénomènes d’instabilité et d’insécurité de l’emploi », les auteurs rappellent d’abord deux définitions importantes:

– La stabilité de la relation d’emploi (ou stabilité de l’emploi) désigne la continuité du lien d’emploi entre un salarié et une entreprise. La rupture du lien d’emploi peut être le fait du salarié (démission) comme de l’entreprise (fin de contrat, licenciement). Si ces évènements sont « rapidement » suivis d’une nouvelle embauche, la situation pour la personne en cause est bien différente de celle qu’elle connaît si elle reste durablement au chômage.

– C’est dans ce second cas que l’on parlera d’insécurité de l’emploi. La sécurité de l’emploi désigne ainsi le fait, pour une personne, de demeurer employée sans interruption « durable », même s’il y a changement d’entreprise.

Il y a en France à la fois un peu plus de stabilité de l’emploi et un peu moins de sécurité de l’emploi qu’en moyenne en Europe.

La question est de savoir si celles-ci ont augmenté. Si l’instabilité a effectivement augmenté (lire à ce sujet le rapport de Yannick L’Horty, Le marché de l’emploi est-il de moins en moins stable?, et L’Eloge de la stabilité, de Christophe Ramaux), il faut surtout noter que les disparités (entre non-qualifiés et qualifiés, entre jeunes et plus expérimentés, entre embauchés récents et salariés anciens dans l’entreprise) sont importantes. Et qu’elles ont tendance à s’accroître.

Les écarts se sont ainsi creusés entre les cadres, qui étaient déjà en 1982 les plus nombreux à être depuis au moins vingt ans chez le même employeur et les travailleurs non qualifiés (employés ou ouvriers) pour qui c’était rare : la proportion a augmenté de dix points pour les premiers contre quatre pour les seconds. A l’autre extrémité, c’est pour les employés et les ouvriers non qualifiés que la part des travailleurs de moins d’un an d’ancienneté a le plus augmenté, alors qu’ils étaient déjà les plus nombreux dans ce cas en 1982.

Pour les jeunes aussi, l’instabilité a augmenté. Mais là encore, cela varie avec le diplôme. L’âge moyen au premier emploi stable n’a pas changé pour les cadres et les professions intermédiaires, mais il a augmenté pour les ouvriers et les employés.

La question est ensuite de savoir si l’insécurité (le risque de se retrouver au chômage) a elle-aussi augmenté en France durant les vingt dernières années. Et, là, il y a débat. L’opinion commune est certainement que l’insécurité de l’emploi s’est fortement accrue en France, cette dérive résultant des transformations de l’emploi décrites dans le cahier précédent. Le développement des contrats de travail temporaires (CDD, intérim, etc.), de même que le niveau élevé et persistant du chômagene peuvent que conforter ce sentiment. Les réponses des chercheurs, elles, divergent sur la question.

Pour le CERC, la relative constance sur les vingt ou trente dernières années de l’insécurité globale masque des évolutions quelques peu divergentes selon les catégories de salariés. L’instabilité de l’emploi, plus élevée pour les ouvriers et les employés non qualifiés que pour les cadres, va se retrouver en termes d’insécurité.

Pour le CERC, la priorité est donc d’améliorer les qualifications. Ceci pose la question de la formation initiale, et de la formation permanente, dans l’emploi.

Le cahier suivant traite de « flexibilité et cadre juridique »: le CERC établit que ce n’est pas le cadre juridique (les contrats de travail: CDD, intérim, CDI…) qui segmente l’emploi. Certains salariés ne sont pas plus soumis à l’instabilité parce qu’ils sont en intérim ou en CDD. Ils le sont pour des raisons économiques et sociales, notamment en termes de qualifications. A lire également sur la question, le rapport de Cahuc et Kramarz, De la précarité à la mobilité: vers une Sécurité sociale professionnelle (qui proposent un contrat unique de travail). Si le CERC ne se prononce pas sur ce contrat unique de travail, il lui paraît essentiel de rapprocher les droits associés aux différents contrats de travail. Dans certains domaines, en effet, les salariés en CDD accèdent moins que leurs homologues en CDI à des possibilités de progrès personnel ou de protection sociale.

Le Cahier IV porte sur le « sentiment d’insécurité », le Cahier V sur l' »instabilité de l’emploi et le protection sociale », le Cahier VI sur l’indemnisation du chômage » et le Cahier VII sur la formation permanente.

Consulter le rapport

Sommaire

Les auteurs :

Le Conseil de l’emploi, des revenus et de la cohésion sociale est chargé de contribuer à la connaissance des revenus, des inégalités sociales et des liens entre l’emploi, les revenus et la cohésion sociale. Il lui appartient aussi de dresser un état des lieux des inégalités sociales et des mécanismes redistributifs, et d’attirer l’attention du Gouvernement ainsi que de l’opinion publique sur les évolutions souhaitables.

A son initiative ou à la demande du Premier ministre, le conseil établit des rapports particuliers relatifs à des thèmes entrant dans son domaine de compétence.

Le CERC est actuellement présidé par Jacques Delors.

Voir le Rapport n°7 du CERC: La France en transition, 1993-2005 (paru en 2006).

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Publié dans : Entreprises | Intérim | Marché du travail

le 7/12/2008, par Elsa Fayner

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