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Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

Jeune ou peu qualifié? Chômage et contrats courts en perspective 1 commentaire

CERC

Le Conseil de l’emploi, des revenus et de la cohésion sociale, CERC a établi en 2006 son 7e rapport de synthèse périodique portant sur les évolutions constatées dans le domaine de l’emploi, des revenus et de la cohésion sociale. Telle est sa mission, auprès du Premier ministre.

La première partie de ce 7e rapport intitulé sobrement « La France en transition, 1993-2005 », concerne le contexte général : la démographie, la croissance et ses facteurs, les prélèvements sociaux et fiscaux et les finances publiques, les transformations de l’Etat-social.

La seconde partie analyse l’emploi, le chômage et les revenus dans trois documents : l’emploi et le chômage, l’évolution des revenus d’activité et enfin l’évolution du revenu des ménages.

Premier constat concernant l’emploi: dans le champ des 25-59 ans, la France connaît en 2006 un taux de chômage de 7,9 %, soit le 17ème plus mauvais résultat parmi l’Union des 25 et le 11ème parmi l’Union des 15. En cause dans la quasi-totalité des pays:

– le taux de chômage des femmes est plus élevé que celui des hommes,

– le risque de chômage diminue lorsque le niveau de formation initiale s’accroît.

Or, pour le CERC, La France ne progresse pas assez dans le niveau de formation de sa population. En particulier, depuis une dizaine d’années, on ne constate plus de progrès significatifs du système éducatif français en matière de réduction du nombre de jeunes sortant de formation initiale sans diplôme ou avec un niveau faible de formation. Ceci est préoccupant dans la compétition en Europe et dans ses conséquences en matière de différentiel de chômage.

le taux de chômage des relativement jeunes (25-29 ans) est presque partout plus élevé que celui des 30-49 ans. Les situations sont plus diverses pour le risque relatif de chômage des plus âgés (50-59 ans).

Les chiffres avancés, surtout en comparaison internationale, en ce qui concerne les taux d’emploi et de chômage des jeunes, font cependant souvent l’objet de contre sens. Si le taux de chômage des jeunes est, en France, de l’ordre de 20 à 25 %, il est erroné de dire qu’un jeune sur cinq (ou quatre) est au chômage. En effet, le taux de chômage est calculé en référence aux actifs. Un jeune poursuivant ses études n’est considéré comme actif que s’il occupe parallèlement un emploi, dans le cadre de la formation en alternance ou sous une autre forme.

De plus, et c’est le deuxième constat, il apparaît que, dans le processus d’entrée dans le marché du travail, la part des contrats temporaires s’est accrue fortement depuis vingt ans (Lire à ce propos les enquêtes Générations du Céreq). Ceci tend en particulier à pénaliser doublement les personnes peu diplômées ou ayant connu l’échec scolaire : elles sont nettement plus nombreuses à demeurer dans cette alternance entre contrats temporaires et chômage. Dans ces premières années (et au-delà), la formation continue en entreprise est davantage orientée vers les salariés en contrats à durée indéterminée.

Pour lutter contre cette tendance, le CERC plaide pour un recours accru de la part des employeurs à la mobilité interne des employés pour faire face aux variables saisonnières et conjoncturelles: car, faute de s’investir dans la mobilité interne, certaines entreprises font un recours excessif à l’ajustement externe par le renouvellement du personnel ou l’utilisation de contrats temporaires.

C’est particulièrement le cas dans le secteur tertiaire marchand. Ainsi, le taux de rotation de la main-d’œuvre atteint 80 % dans
les services opérationnels aux entreprises et dépasse même 100 % dans l’hôtellerie-restauration où le nombre annuel de recrutements et de départs est supérieur à l’effectif présent en début d’année.

Cette insécurité de l’emploi s’est accrue pour les personnes qui occupent des emplois peu qualifiés ou dont le niveau de formation est plus faible. Cela s’explique pour le CERC ar le fait que, pour les employeurs, leur remplacement est peu coûteux : ils ont donc tendance à ajuster étroitement ces effectifs aux fluctuations de la demande et à l’évolution des techniques. En 2000, 27 % des heures travaillées dans des emplois non qualifiés ont été effectuées par des salariés qui sont demeurés moins d’un an dans l’entreprise, contre 17 % pour l’emploi qualifié et 15 % pour l’emploi très qualifié.

La troisième partie traite de certains facteurs affectant la cohésion sociale en quatre documents : les disparités de revenu et de patrimoine, la formation et l’égalité des chances, l’espace vecteur d’inégalités et la pauvreté.

Dans le chapitre final « Entre ombres et lumières », le Conseil a sélectionné, parmi les nombreux constats effectués dans les documents précédents, certains qui lui paraissent particulièrement importants, notamment, en matière d’emploi:

– une proportion importante de jeunes sort de formation initiale sans qualification suffisante,

– l’économie française n’offre pas encore assez d’emplois correspondant à la nette augmentation du nombre de personnes sorties de l’enseignement supérieur. Il en résulte une sous-utilisation des capacités et des phénomènes de déqualification qui sont nuisibles au dynamisme individuel comme à la cohésion sociale.

– sans que l’on puisse parler d’un réel dualisme du marché du travail, des tendances au fractionnement sont à l’œuvre. La mobilité assez élevée de l’emploi est largement la résultante d’une très grande instabilité, d’ailleurs croissante, pour les jeunes et les peu qualifiés (cf. le chapitre II du 5ème rapport du CERC La sécurité de l’emploi face aux défis des transformations économiques)

Consulter le rapport en pdf.

Sommaire

Les auteurs :

Le Conseil de l’emploi, des revenus et de la cohésion sociale est chargé de contribuer à la connaissance des revenus, des inégalités sociales et des liens entre l’emploi, les revenus et la cohésion sociale. Il lui appartient aussi de dresser un état des lieux des inégalités sociales et des mécanismes redistributifs, et d’attirer l’attention du Gouvernement ainsi que de l’opinion publique sur les évolutions souhaitables.

A son initiative ou à la demande du Premier ministre, le conseil établit des rapports particuliers relatifs à des thèmes entrant dans son domaine de compétence.

Le CERC est actuellement présidé par Jacques Delors.

Voir le Rapport n°5 du CERC: La sécurité de l’emploi face aux défis des transformations économiques (2005)

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Publié dans : Entreprises | Marché du travail

le 6/12/2008, par Elsa Fayner

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