Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

« Quand l’obstination est reconnue, la souffrance se transforme en plaisir » 6 commentaires

Entretien avec Christophe Dejours, professeur de psychologie au Conservateur national des arts et métiers

Le travail est-il d’abord souffrance pour vous?

Travailler, c’est faire l’expérience du réel, de l’échec. Il y a donc de la souffrance, quand le travailleur n’arrive pas à réaliser correctement sa tâche, qu’il apprend, qu’il fait des essais. Le génie de l’intelligence ne se déploie qu’après avoir dominé, dépassé cet échec.

Faut-il conseiller alors aux travailleurs de s’investir, de s’approprier leur travail pour aller bien?

L’investissement dans le travail peut avoir deux conséquences. La souffrance initiale peut pousser vers la maladie mentale, ou au contraire vers une transformation favorable à la santé.

Quels sont les éléments qui orientent la transformation?

Deux éléments s’avèrent déterminants dans ce devenir de la souffrance. La reconnaissance par soi-même de son travail, tout d’abord. la satisfaction à trouver la solution à un problème, à débloquer une situation, à progresser.

Deuxième élément : la reconnaissance des autres, hiérarchie et collègues. Quand l’obstination, l’endurance, la qualité du travail sont reconnues, par un jugement d’utilité ou de beauté, la souffrance se transforme en plaisir. En revanche, quand l’organisation est déloyale envers le salarié, la santé mentale se détériore.

Or, plus on est investi dans son travail, plus on est sensible. C’est là que le risque pour la santé mentale est le plus grand. Ceux qui se suicident au travail sont les trahis de l’entreprise, ceux qui ont beaucoup donné. Il y a donc un risque à l’investissement au travail. Et ce risque augmente avec l’augmentation de la déloyauté de l’entreprise, et de l’État en ne faisant pas respecter le droit du travail

Propos recueillis par Elsa Fayner

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Publié dans : Stress, santé | Travail, souffrance ou d'émancipation?

le 9/02/2011, par Elsa Fayner

6 commentaires

  • lemiere jacques dit :

    Oui…ça semble évident tout cela.. on s’attend à ce qu’un article donne des clefs…
    Ceci dit c’est court…et quant au suicide…je crois que la solidarité entre les travailleurs est plus importante que les tensions hiérarchiques en tant que telles.
    Et la compétition entre les cadres est morbide.
    Allez dans une usine chinoise…pourquoi ne se suicident-ils pas?
    Car leur travail est dévalorisé?

  • La reconnaissance de son travail est une promesse. L’espoir de satisfaire le besoin d’être reconnu demeure et soutient la motivation dans le travail. S’il est ruiné, il engendre, amertume, découragement, absentéisme. Voire suicide car sans cette reconnaissance qui fournit les bases de la dignité et de l’estime de soi, nous ne saurions vivre.
    L’inacceptable aujourd’hui est que cette démarche identitaire s’inscrit dans un contexte devenu délictueux.

  • billy dit :

    Je travaille pour payer ma voiture, je paye ma voiture pour aller travailler. Le travail en entreprise, travail salarié est il l’épanouissement de l’homme?

  • magnard dit :

    D’une façon plus générale et plus personnelle, nous sommes face à une perte de valeur de soi aux yeux des autres. Et si l’on commençais à avoir une valeur à notre propre regard, la seule valeur durable . La meilleur façon d’y arriver, apporter un regard bienveillant sur soi-même en étant tourné vers les autres;Je sais c’est trop simple, mais dans la pratique quotidienne c’est immense. Les symptômes du travail nous révèle ce changement de civilisation qui bouleverse tout nos repères d’ou la nécessité absolue de ne pas perdre le nord, ne pas perdre la raison de notre utilité humaine. A quoi je sers?
    Et là nous sommes devant des réponses qui dépassent le cadre du travail.

  • Je partage l’analyse du professeur Dejours, en particulier sur l’impact de la reconnaissance et de la loyauté.

    Je souhaiterais cependant faire trois commentaires :

    – l’une des difficultés réside dans la perception différente que chaque collaborateur va avoir d’une même situation. Y compris sur le mode de reconnaissance et le concept de loyauté. En la matière, je ne crois guère à la possibilité d’instaurer des règles générales (au delà naturellement de ce que je considère comma allant de soi…dire « bonjour » ou « bonsoir » ou « merci »…)
    – le « sur-investissement » est aussi une notion difficile à cerner concrètement. Car elle nécessite, à un moment donné, d’entrer dans la sphère privative du collaborateur : lui faire remarquer qu’un équilibre de vie professionnelle/personnelle est nécessaire, cela peut être aussi ressenti comme souligner une absence de vie personnelle…
    – seul un management « sur mesure », attentif à chaque collaborateur, peut (ce n’est malheureusement pas une certitude mathématique) permettre cette « transformation positive » dont parle le Professeur Dejours. Plus que le fait que « l’Etat ne fait pas respecter le droit du travail » (ce qui me semble un résumé un peu laconique), je pense qu’il est surtout important que les directions d’entreprises comprennent qu’une des missions de leurs « managers » est précisément celle là et qu’elle nécessite du temps…qui n’est en rien du temps perdu, improductif…mais aussi que les managers se sentent investis de cette mission.

  • Gabrielle dit :

    Qu’en est-il de la reconnaissance quand vos supérieurs gagnent 50 fois plus que vous et sont des incompétents notoires recrutés grâce à leur réseau ?

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