Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

Quand le médecin du travail se fait manipuler 4 commentaires

mainkiecritMarielle Dumortier est médecin du travail. Elle a également écrit Mon médecin du travail. Pour Et voilà le travail, elle tient une chronique régulière.

Ce matin, j’ai rencontré à sa demande François. Il est le directeur d’une entreprise de travaux publics, et il vient de recevoir une déclaration de maladie professionnelle pour une tendinite de la coiffe chez un maçon, c’est-à-dire que le salarié en question a des douleurs très invalidantes au niveau d’une épaule. C’est la quatrième déclaration de maladie professionnelle pour troubles musculo squelettiques que je fais dans cette entreprise depuis le début de l’année.

François est furieux. Il parle fort, tape du poing sur son bureau, gesticule dans tous les sens. Il me dit que qu’il ne peut accepter, que cela lui coûte cher, que vraiment je dépasse les bornes. Il dresse une longue liste des divers outils de levage, me rappelle que tous ses chantiers sont bien équipés, qu’il traite tous les salariés comme ses enfants, que leur travail c’est de la rigolade à côté de ce que lui-même a connu dans sa jeunesse. Pour lui, les ouvriers qui se plaignent ne sont que des imposteurs et je me fais manipuler.

Quand je lui parle de personnel vieillissant, de mouvements répétitifs, de postures pénibles et prolongées, de manutentions lourdes, de matériel en mauvais état ou inexistant, du nombre d’accident du travail, il s’emporte violemment.

J’observe fréquemment ces réactions : dans les grandes entreprises (plus de 200 salariés), le coût des maladies professionnelles, comme d’ailleurs celui des accidents de travail, est totalement à la charge de l’entreprise par l’intermédiaire d’une augmentation de son taux de cotisation. Alors, forcément, l’entreprise préfère ne rien payer et que la maladie soit prise en charge par lé régime commun.

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Publié dans : Médecin du travail | Témoignages

le 15/11/2010, par Elsa Fayner

4 commentaires

  • BERA dit :

    Bonjour,
    Je travaille dans l’administration et j’ai un collègue qui a fait un AVC sur le lieu de travail. Le responsable de l’établissement reconnait volontiers avoir donné du travail supplémentaire à cette personne et l’avoir sollicité d’avantage. C’est d’ailleurs ce qu’il a écrit dans son premier rapport. Ce collègue et depuis presque 5 mois à l’hôpital et son état ne s’arrange pas; il est paralysé du côté droit et éprouve beaucoup de difficultés à s’exprimer.
    Il y a 15 jours, l’expert de la médecine du travail a rendu son verdict en stipulant qu’un AVC ne pouvait donner lieu à une reconnaissance d’accident de travail surtout qu’il avait des antécédents maladifs concernant la fluidité de son sang. Sa fille  » la seule à s’occuper de ce monsieur » fait appel et notre employeur refait un courrier en expliquant que ce monsieur a bien été sollicité plus qu’à l’habitude par diverses taches supplémentaires à sa fiche de poste.
    Pour son devenir, la décision qui a été prise, va le mettre dans une situation catastrophique.
    Pourriez-vous s’il vous plait m’en dire un peu plus et me renseigner sur le fait de poursuivre ou non dans cette voie qu’est la reconnaissance d’un accident de travail.
    Par avance merci.

  • médecin dit :

    Je réponds à Bera, qui a envoyé un commentaire le 14 octobre: les AVC sont de deux types: ischémiques et hémorragiques. Les premiers sont dûs à un caillot de sang (le plus fréquemment) que bouche une artère menant au cerveau, d’ou l’ischémie ou l’infarctus de la zone respective du cerveau. Ils représentent 85% des AVC et du fait de leur méchanisme il y a toujours un terrain prédisposant. Je ne vois pas en quoi le stress professionnel aigu pourrait favoriser cet événement. Les derniers, les AVC hémorrhagiques (soit 15% de tous les cas), arrivent souvent lors d’une poussée hypertensive, une élévation importante de la tension artérielle. Là, éventuellement, on peut considérer que le stress professionnel aigu/la surcharge de travail peut jouer un rôle, bien que à mon sens, ce n’est jamais un rôle exclusiv, mais favorisant.

  • quiniou francine dit :

    une réponse à BERA : il y a plus de 12 ans maintenant un accident de ce genre a été reconnu comme accident du travail pour un fonctionnaire du ministère des finances en eure et loir… qui a du aller jusqu’au bout de la procédure d’appel pour obtenir cette reconnaissance. Peut etre pourriez vous vous approcher du médecin de prévention ou des syndicats de cette administration pour vous servir de l’antériorité d’une décision..

  • Enquêteur ATMP dit :

    Bonjour,
    Pour faire suite au commentaire de BERA, et sans rentrer dans le détail des aspects médicaux:
    Le Code de la Sécurité Sociale (et la jurisprudence sur les AT) prévoit que toute lésion de l’organisme survenue au temps et au lieu de travail est présumée être un accident du travail, même si l’activité n’était pas différente de celle des autres jours.
    En l’occurrence, si la lésion est survenue au temps et au lieu de travail le salarié bénéficie de la présomption légale d’imputabilité. Il appartient à la CPAM (par le biais du Médecin Conseil de l’ELSM) de démontrer que le travail est totalement étranger à la lésion. Si l’enquête menée par l’Inspecteur de la CPAM (ou les questionnaires adressés aux parties) montrent en plus que l’activité était plus importante, il apparaît difficile de refuse la qualification d’AT.
    Si la CPAM vous a notifié un refus, vous pouvez contester cette décision au regard de la jurisprudence. N’hésitez pas à faire appel à une association de victime d’AT pour vous aider (FNATH par exemple).

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