Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

« Quand je me maquillais, on me traitait de pot de peinture » O commentaire

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Illustration Claire Laffargue

Sonia (1), 39 ans, travaille dans le transport en ambulance, un secteur professionnel majoritairement masculin. Épisode 1/2 d’une série sur les femmes qui exercent des « métiers d’homme ».

J’étais le sous-chef dans l’ambulance : c’est l’ambulancier qui conduisait, je restais à l’arrière avec le patient. La plupart des ambulanciers sont des hommes, et c’est un milieu très macho. Même entre eux, les ambulanciers sont en concurrence. C’est à celui qui aura le plus gros salaire, les meilleures horaires, les plus gros bras.

« Ils m’appelaient  »la lesbienne » »

Moi, quand je me maquillais, on me traitait de  »pot de peinture ». C’était d’ailleurs les autres femmes de l’entreprise qui critiquaient… Mes collègues masculins, eux, disaient que je n’avais pas besoin de me maquiller pour ce métier. Ils disaient aussi que j’étais trop maigre, que j’avais la peau sur les os. Ou que j’étais  »la lesbienne » parce que j’étais célibataire.

« Je ne voulais pas les laisser gagner »

Ca ne me touchait pas trop, c’était tellement habituel que je n’y ai plus fait attention au bout d’un certain temps. Mais je ne pouvais pas me sentir bien dans une telle ambiance, j’allais au travail parce qu’il le fallait bien, je me forçais. Et, puis, j’ai résisté à ma façon. J’ai quand même continué à me maquiller par exemple. Je ne voulais pas les laisser gagner. Tout en restant sobre dans ma tenue -jean, basket, blouse blanche- parce qu’il faut pouvoir porter les malades dans ce métier.

« C’est mon corps qui a craqué »

C’est d’ailleurs ça qui a fini par poser problème. C’est mon corps qui a craqué le premier dans ce métier d’homme. Parce que je portais les malades, parfois dans les escaliers quand il n’y a pas d’ascenseur. Quand j’avais du mal à porter quelqu’un de 100 kg, le chef ne venait pas forcément m’aider. Et si je demandais du renfort à un membre de la famille, il n’était pas content non plus. Il me disait:  »t’as qu’à changer de métier si ça ne te va pas ».
Le patron de la société disait aussi que ce n’était pas un métier pour les femmes. Il ne fournissait aucun matériel pour m’aider, il n’a jamais cherché à faciliter le travail.
Finalement, le médecin du travail m’a arrêtée en voyant l’état de mon dos. Sur le moment, ça a été un grand soulagement, de ne plus avoir à côtoyer cette équipe et ce chef. Mais une crainte aussi. Car j’ai aujourd’hui un statut de travailleur handicapé, et je voudrais faire du secrétariat. Mais je ne trouve pas de travail, malgré tous mes efforts.

(1) Le prénom a été modifié, à la demande de l’intéressée.

Propos recueillis par Elsa Fayner

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Pour aller plus loin:

Lire « Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés« , le livre de Marie Pezé, psychologue, psychanalyste, qui a créé à Nanterre la première consultation « Souffrance au travail ». Dans le premier chapitre, « La fabrique des harceleurs », Marie Pezé développe le cas d’une directrice d’un plateau téléphonique, Madame T, aux prises avec un harcèlement de genre: pour résister et avancer dans une organisation masculine, fondée sur des valeurs « viriles », voire guerrière, Madame T en vient à effacer peu à peu tous les signes de sa féminité. C’est à ce prix qu’elle gravit les échelons, et devient à son tour harcelante vis-à-vis d’une jeune femme téléopératrice.

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Publié dans : À l'hôpital | Égalité professionnelle | Témoignages

le 18/05/2009, par Elsa Fayner

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