Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

Profession: remonteur de moral O commentaire

Remonteur de moralOuvrier du textile licencié sans indemnités, à 39 ans et sans diplôme, Daniel Steyaert a réussi une belle reconversion professionnelle. Il est devenu « référent social », pour aider les salariés licenciés à se reconvertir justement. Un poste créé pour lui en 2003 dans la métropole lilloise et, pour l’instant, unique en France. Comment devient-on « remonteur de moral » ? C’est ce que Daniel Steyaert raconte dans son premier livre qui mêle l’autobiographie aux récits de vies, celles des personnes croisées sur la pente glissante du chômage.
Elevé avec ses six frères et sœurs dans une maison ouvrière, ce « vrai fils du Nord » est rapidement devenu ouvrier du textile chez Mossley. Durant 20 ans, jusqu’au poste d’agent de maîtrise, et de délégué syndical CGT. Elu à temps pour prendre part au combat le plus âpre : le dernier, celui de la liquidation judiciaire, en 2001. Trois cents jours de colère. Le patron ne débourse pas un sous. Les salariés doivent s’organiser eux-mêmes. Contacter les structures pour résoudre les problèmes de finances, de reclassement, de logement et de santé. Daniel Steyaert, devenu entre temps « Dany le Rouge », dresse un constat : les salariés licenciés après des décennies de service, qui n’ont jamais sollicité les services sociaux, vont rarement frapper à la porte des travailleurs sociaux, des médecins et des psychologues. Il faut que quelqu’un fasse le lien. C’est la compétence qu’il se découvre dans le combat. Celle que la Direction départementales du travail lilloise vient, un an plus tard, lui proposer de mettre au service des licenciés de toutes les industrie de la métropole. Daniel Steyaert accepte.
Le dispositif ARRMEL – Appui, reconversion, reclassement dans la métropole lilloise – voit le jour. Son fonctionnement est simple : après un licenciement, une réunion d’information est organisée pour rappeler aux salariés l’existence de la structure. A ceux qui souhaitent bénéficier de son soutien, un premier rendez-vous est donné, avec un agent de l’ANPE pour les questions d’emploi, et un entretien est proposé avec le « référent social » pour les problèmes d’endettement, de logement, de santé, de dépression, d’alcoolisme, etc. Le suivi dure 18 mois au maximum. Daniel Steyaert, qui a effectué des stages dans différents services sociaux, rencontre environ 150 personnes par an. Moyenne d’âge : 48 ans. Mais l’ex-syndicaliste n’aime pas les chiffres. Il préfère le cas par cas. Et il excelle dans le récit de ses rencontres, les descriptions des parcours personnels, l’histoire de l’aide qu’il a pu fournir. Précis, humain, passionné. On aimerait cependant en savoir plus sur les solutions concrètes apportées, le travail d’équipe, et notamment avec les structures sociales de la région : CCAS (centre communal d’action sociale), secteur, associations, mairies, Conseil général. Contacté par téléphone, il a bien voulu nous éclairer. « Souvent, les gens qui viennent ont une mauvaise image des assistantes sociales, sans jamais avoir eu à faire à elles. Ils pensent qu’elles créent des problèmes, qu’elles vont fouiller dans leur vie, voire même leur retirer les enfants », relate Daniel Steyaert. « Je suis là pour signaler que les dispositifs existent et qu’il faut faire le premier pas. De l’autre côté, je contacte les assistantes sociales du secteur pour leur demander d’envoyer une lettre aux nouveaux demandeurs d’emploi, leur signalant leur mise à disposition. Comme la lettre semble personnalisée, ceux-ci viennent beaucoup plus facilement alors qu’ils n’iraient jamais d’eux-mêmes aux permanences ni aux guichets. C’est ce genre de détail qui fait la différence ». Le « référent social » tient également à être informé du suivi réalisé par les travailleurs sociaux, quitte à les rappeler pour en savoir plus. Et, quand ceux-ci ont estimé qu’un usager ne remplissait pas les critères appropriés, Daniel Steyaert parlemente longuement, pour tenter de les faire changer d’avis. « Au départ, les travailleurs sociaux étaient un peu réticents. Maintenant, ça va beaucoup mieux. Ils ont peur des fraudes, c’est normal. Et puis ils manquent souvent de moyens. Mais, de mon côté, je vérifie toujours bien que les personnes ont des demandes justifiées. Je vais même chez elles. Cela dit, bien sûr, certaines ne me racontent pas exactement la vérité. C’est le travail de partenariat ouvert qui permet d’avancer ».
Et, même si le livre ne relate pas en détail ce partenariat unique, cela a suffi pour que des dizaines de lecteurs écrivent à « Dany le rouge » pour lui signaler leur intention d’imiter son expérience.

Remonteur de moral, Daniel Steyaert, Le cherche midi, 174 p., 13 euros, 6 octobre 2005.

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Publié dans : Culture

le 17/11/2008, par Elsa Fayner

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