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Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

Prime: pourquoi ne pas jouer plutôt sur les salaires? 2 commentaires

Nicolas Sarkozy et le gouvernement l’ont donc décidé mercredi 20 avril : toutes les entreprises comptant plus de 50 salariés devront leur verser une prime dès lors qu’elles affichent des dividendes en hausse à leurs actionnaires. Ce week-end, il était question d’une prime de 1000 euros. « Je ne pense pas qu’on puisse lui donner un caractère obligatoire dans son montant », déclarait pourtant lundi 25 avril Christine Lagarde sur LCI. Quel que soit son montant, la prime concernera peu de salariés et peu d’entreprises pourront payer.

Le pouvoir d’achat des Français stagne

+2,9 % en 2007, -1,4 % en 2008 et +0,5 % en 2009. Ce sont évolutions du “pouvoir d’achat arbitrable” créé par l’Insee en 2008, qui prend en compte les dépenses “pré-engagées” des ménages : loyer, factures de téléphone, assurances, etc. Et pour 2010, le pays s’oriente vers une hausse tout aussi modeste.

Travailler plus pour gagner plus, c’est fini

Après Jean-Pierre Raffarin, Nicolas Sarkozy proposait en mars 2005, lors de la convention UMP consacrée aux questions sociales, de « permettre à ceux qui veulent gagner plus de travailler plus ». Et il promettait « la baisse des charges sociales patronales sur les heures supplémentaires » qui « ne coûterait guère plus que les heures normales ».

Une fois élu, Nicolas Sarkozy tient parole. Le nouveau dispositif exonère les employeurs des cotisations sociales sur les heures au-delà de 35 par semaine (ou 1607/an) et les salariés à la fois des cotisations sociales et de l’impôt sur le revenu.

Résultat: pas d’heures sup’ en plus, et des emplois en moins, malgré une mise initiale de 4,4 milliards d’euros pour les finances publiques, comme le rappellent les journalistes économiques Hervé Nathan et Nicolas Prissette dans Les bobards économiques.

Pourquoi ne pas jouer sur les salaires?

« La croissance des salaires nets depuis 20 ans est extrêmement faible » en raison de la faible croissance économique, de l’impact accru des cotisations sociales et de la montée des emplois précaires, note le directeur général de l’Insee Jean-Philippe Cotis dans son rapport sur le partage de la valeur ajoutée.
En revanche, les écarts de salaires se sont creusés, avec notamment une forte accélération dans la dernière décennie pour les 1% ou les 1 pour mille les mieux payés.

Et, peut-on ajouter, le marché du travail s’est fortement dualisé, avec la montée des contrats temporaires et de l’instabilité pour les jeunes et les moins qualifiés (Lire le passionnant 7e rapport de synthèse périodique portant sur les évolutions constatées dans le domaine de l’emploi, des revenus et de la cohésion sociale, du CERC).

Salariés à temps partiel (17% des emplois), intérimaires (2%), salariés en CDD (9%), contrats aidés, sous-traitants, free-lance: quels dispositifs mettre en place pour leur assurer un revenu, des droits à la formation, un minimum de stabilité (sur la sécurisation des parcours professionnels)? Comment exiger une responsabilité sociale plus importante des entreprises donneuses d’ordres vis-à-vis des sous-traitants? Comment refondre la démocratie sociale en entreprise pour que les représentants des salariés soient en mesure de demander des organisations du travail moins délétères et unmeilleur équilibre dans la prise de risque entre le travail et le capital?

Telles pourraient être les questions à se poser. D’autant plus que, selon les selon les calculs du Monde, seuls quelques millions de salariés, dans le meilleur des cas, pourraient être concernés (entre un et trois millions, soit 10% au maximum de la population active) par la fameuse prime. Mais, non, le gouvernement a trouvé une idée Canada dry, qui a l’aspect d’une réforme sans en avoir le goût: il parle désormais de partage de la valeur ajoutée.

Et distinguer grandes entreprises et PME?

Pourtant, dans son rapport sur le partage de la valeur ajoutée, le directeur général de l’Insee Jean-Philippe Cotis fait le constat « d’un partage de la valeur ajoutée assez stable au cours des 20 dernières années, avec un tiers destiné aux profits et deux tiers à la masse salariale » dans les entreprises non financières.

En revanche, il note que le partage de la valeur ajoutée varie fortement d’une entreprise à l’autre. Un quart des entreprises consacrent aux salaires plus de 89 % de leur valeur ajoutée. À l’autre extrême, un autre quart d’entre elles y consacrent moins de 44 %. Une action plus ciblée -sur les grandes entreprises- serait donc plus pertinente.

De même pour la répartition des profits eux-mêmes. En moyenne, ils vont pour un peu plus d’un tiers aux revenus du capital (36%, en forte hausse), pour une grosse moitié à l’investissement (57%, en baisse) et le reste à la participation et l’intéressement (7%, en légère hausse)

Car, là encore, le rapport pointe de fortes différences entre grandes entreprises et PME

Une nouvelle exonération de cotisations sociales?

Dernière idée, sortie ce matin: « Ce à quoi nous réfléchissons actuellement, c’est la chose suivante: un mécanisme d’exonération de charges sociales (…) pour que les entreprises puissent payer des primes exceptionnelles à leurs salariés, à titre négocié », expliquait la ministre de l’Economie, toujours sur LCI.

Autrement dit, l’État demande aux entreprises concernées de donner une prime à leurs salariés (10% des actifs), mais qu’il finance en réalité.

Un peu comme les heures sup’ défiscalisées?

Elsa Fayner

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Publié dans : Actualité | Salaires

le 25/04/2011, par Elsa Fayner

2 commentaires

  • tungstene dit :

    puisque vous évoquez l’INSEE, il est assez intéressant de consulter la ventilation par poste dans le calcul de l’indice de l’INSEE. Ainsi, le logement, l’eau, le gaz et l’électricité et autres combustibles ne sont comptés que pour 14% des dépenses, pourtant la France n’est pas un pays de propriétaires ils ne sont que 58% et beaucoup d’entre eux se saignent pour rembourser des crédits. Par rapport aux individus on est dans le grand n’importe quoi.
    Pour revenir à votre sujet c’est encore une mesure pour priver l’état de ressource et ensuite justifier les coupes budgétaires , la détaxation des heures supplémentaires ayant déjà coûté 2 milliards d’€ à l’état.

  • Si on admet qu’il y a beaucoup de fonctionnaires en France, que le coup de la vie augmente (ne serait-ce que concernant l’essence) et que l’indice salarial des fonctionnaires est gélé depuis deux ans, clairement, on « joue » déjà sur les salaires.

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