Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

« Pour notre société la mort d’un homme au travail ça vaut combien ? » 2 commentaires

fondationcopernicLa Fondation Copernic a organisé samedi 21 mars un colloque, « Travailler tue en toute impunité: pour combien de temps encore? ». Pascal Bianco, le frère de Jérôme Bianco, mort suite à un accident du travail, y a prononcé l’intervention suivante:

Le 2 août 2006 notre vie a basculé. En fin d’après midi un simple appel sur mon portable me disait « Jérôme est mort ».
Ces trois mots terribles marqueront à jamais ma vie. Mon frère, celui avec lequel nous avions partagé tant de joie et tant de peine, n’était plus là.
Jérôme était toujours à l’écoute des autres, disponible, d’une vitalité débordante, un condensé de vie pour rendre service aux autres. Tout cela caché derrière une timidité et une retenue qui ne pouvait qu’attirer l’affection.
Sur les photos, il irradie l’énergie, même sur les plus anciennes, comme sur celles prisent à l’occasion d’une fête dans les Vosges et qui porte au dos un autographe du chanteur Renaud. Mon frère a 2 ans, et le soleil rougissant de la fin d’après midi met en valeur sa chevelure blonde et son sourire radieux.

Nous sommes arrivés à Vitrolles en septembre 1980.
C’est le travail de mon père qui nous y a conduit. Nous avons immédiatement habité au quartier des Pins. C’est là que nous avons rencontré la solidarité et la diversité du quartier.
Il n’était pas rare que Toko, Djamel Oscar, Thomas, nos amis et les amis de Jérôme dorment à la maison. Toute la famille c’est investie dans la vie du quartier, la maman à la bibliothèque de rue, mon père à la CNL, avec Maxime Chaigne le prêtre ouvrier du quartier, et à la cellule du parti Communiste Français.

Jérôme et moi nous avons particulièrement pleuré deux fois, la première pour le décès de notre maman, la seconde le jour où Vitrolles a dû subir l’outrage de la victoire des Megret.
Après ce coup de massue, nous nous sommes vite ressaisis et pour nous le mot résistance c’est imposée naturellement.
Parfois, c’est physiquement qu’il fallait s’imposer sur le marché pour faire respecter la liberté d’expression et Jérôme n’était pas le dernier.
Après cinq années de lutte acharnée contre les idées d’extrême droite, le rassemblement des citoyens vitrollais a permis la victoire et le retour des valeurs de la république dans notre ville.
Ce soir là, nous n’étions pas les seuls à essuyer des larmes de joie. Au mois de mars 2008 mon frère aurait été fier de mon élection au conseil municipal de Vitrolles.

Perdre un frère est une situation terrible, jamais rien ne pourra le remplacer. Perdre un frère qui allait gagner sa vie en travaillant est une injustice insupportable.
D’autant que Jérôme nous a laissé une petite fille qui apprend à dire papa devant une photo.
Pour moi le monde du travail se caractérise d’abord par l’exploitation. Et la mort au travail en est donc l’aboutissement ultime.

Pour moi, mon père, mes frères, nous avons décidé de perpétuer sa mémoire en menant ce combat pour la sécurité au travail. Car nous nous sommes immédiatement rendu compte qu’il y avait un tabou à lever.
Pour nous les accidents du travail ne peuvent plus continuer à être traités par les médias comme un fait divers et donc ignoré par notre société.
Savez-vous comment se termine la procédure pour un accident du travail ?
Par exemple, pour Mr Mustapha Alili, victime d’un accident du travail le 27 janvier 2002 à Vitrolles ? Voici quelques jours, nous sommes à la cour d’appel d’Aix en Provence. Sur les bancs du public : 2 personnes, les enfants de la victime n’ont pas eu la force de venir signale l’avocat des parties civiles.
Le jugement est mis en délibéré, l’avocat général demande la confirmation de la peine prononcée en première instance, soit 9 mois de prison avec sursis. Le 24 février 2009 le jugement tombe la peine est ramenée à 4 mois de prisons avec sursis.
Pour notre société la mort d’un homme au travail ça vaut combien ?
Pour la délinquance du quotidien on réclame l’exemplarité de la peine, mais pour les patrons responsables de la mise en danger de la vie d’autrui ce gouvernement est complice de par son silence.
Il faut donc faire exploser cette vérité : le travail tue, mutile et parfois rend malade.
C’est ce qu’affirme un communiqué de l’organisation internationale du travail, qui chiffre à 2,3 millions le nombre de travailleurs qui perdent la vie chaque année au niveau mondial, autant que la pandémie du SIDA.

Ce combat est de toutes les époques, n’est-ce pas Jean Jaurès qui disait à propos de la catastrophe de Courrière :
« Ce qui est terrible, c’est de se dire, devant ces morts, que la société n’a pas été juste pour eux, qu’elle n’a pas respecté et glorifié en eux la dignité de la vie ».

Il faut agir et démonter les propos démagogiques de Sarkozy « travailler plus pour gagner plus », c’est aussi plus d’accidents du travail, comme le montre les chiffres en augmentation des années 2006 et 2007.

Au final nous avons un regret, c’est que par le biais de la délégation de pouvoir le PDG de TFN, Mr Franck Julien échappe à la sentence de la justice.
Lui qui n’a même pas eu la décence de la compassion au moment du décès de Jérôme.
Cette attitude du dirigeant du groupe TFN, 36 entreprises, 25 000 salariés répartis dans toute l’Europe, en dit long sur la considération de ce Monsieur pour ses salariés.
Ce n’est plus possible que ceux qui prennent les décisions des choix stratégiques des entreprises, des formes de l’organisation du travail, ne soient pas pénalement responsables. Celui qui a été condamné à 6 mois de prison avec sursis par le tribunal correctionnel de Grasse, c’est le chef de l’agence de Nice. Il a très certainement sa part de responsabilités.
Et celui qui encaisse les profits sur la force de travail des salariés est, lui, exonéré. Nous avons souvent entendu, dans les prétoires des employeurs, dire qu’ils se sentaient moralement responsable mais pas coupable.
Et bien, permettez-moi de vous dire, que pour moi, c’est moralement irresponsable et que cette loi il faut la faire évoluer.
Maintenant nous avons un espoir. En première instance nous ne sommes pas arrivés, hormis avec la C.G.T., à constituer une partie civile intersyndicale. Nous comptons sur votre soutien, si les éléments juridiques le permettent, pour construire, en appel à Aix en Provence, cette constitution de partie civile intersyndicale.
Il nous semble que ce serait un signe fort en direction de la justice et des autorités politiques.

Pour terminer permettez-moi de vous dire, qu’il nous revient de déchirer le voile du silence qui règne sur le travail réel dans le quotidien de la vie des salariés.
La mort de Jérôme aura été utile si nous ne laissons pas mépriser la dignité des salariés dans la fierté de leur travail.

Voir la vidéo de Pascal Bianco.

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Publié dans : À l'usine | Entreprises | Stress, santé

le 22/03/2009, par Elsa Fayner

2 commentaires

  • Stéphane Gonçalves dit :

    Bonjour Pascal,

    Je ne connaissais pas ton histoire et je suis tomber dessus par hasard et sa m’as énormément touché.

    Le 22 Août 2009, j’ai perdu mon petit frère seulement âgée de 19 ans à cause d’un accident du travail, mais surtout à cause d’un manque de sécurité évidente dans l’entreprise ou il travaillait.

    Mon frère travaillait depuis trois mois seulement dans une usine de production de viande en tant qu’intérimaire et ce grâce à mon père qui y avais travaillé plusieurs années auparavant et qui connaissait bien le patron de cette usine.

    Ce samedi matin là mon frère s’est réveillé difficilement car la vieille il été sorti chez une amie qui fêtait ces 18 ans, mais n’est pas rentrer tard car il ne voulait pas être fatigué pour sa journée du lendemain. Il été content de travailler dans cette usine car le boulot n’était pas trop difficile puis on lui avais promis un C.D.I qu’il aurait du signer fin août ce qui le rendait joyeux car il envisageait de passer son permis et de peut-être se mettre en appartement avec sa copine.
    Ce matin là, alors qu’il arrive pile à l’heure sur son lieu de travail, c’est à dire 5h, il demande à boire un café pour s’éveiller, mais la chef de production le lui refuse, expliquant qu’il n’avait qu’à arriver plus tôt et lui demande de commencer d’abord son travail avant de boire son café. Mon frère travaillait sur une machine de près de 2m de hauteur, un hachoir à viande. Son travail consistait à remplir cette machine avec des épices et, pour cela, il devait monter sur une table pour pouvoir être à la hauteur. Mais, ce jour là, on ne sait comment il est tombé à l’intérieur et il est mort sur le coup.

    Mon frère et moi étions très proche malgré mes 28 ans et lui ses 19 ans. Nous étions toujours ensemble, nous étions frère mais surtout amis.

    Alexandre, mon frère, été un jeune tout ce qu’il y à de plus tranquille, il profiter de la vie et de s’amuser avec ces ami(e)s, il été curieux de tout et très intelligent, il à aussi été vice champion de France de boxe thaï. Il adorait la guitare et m’apprenait même à en jouer. Nous étions les mêmes, d’ailleurs il m’arrivait souvent de passer des soirées avec ces collègues qui ne cessais de répéter que j’étaix une version plus âgé de mon frère… mais sans lui je ne suis plus rien, du moins, je ne me sent être plus rien. J’ai énormément de mal à vivre sans lui surtout que depuis l’accident j’ai perdu mon travail, mon appartement ai j’ai du retourner chez mes parents et je dort dans la chambre qu’il occupait, la chambre ou l’on se posait tout le temps rien que tout les deux ou avec ces collègues pour jouer à la console, regarder des dvd ou refaire le monde et je suis là, seul dans cette chambre froide à me demander ou va me mener ma vie.

    Bien sur je m’efforce d’aller de l’avant et de comprendre ce qui lui est arrivé et je serai sûrement fixé le 13 décembre prochain, lors du procès qui, j’espère, démontrera que les responsables sont les patron de cette usine.

    Pourquoi n’y avait-il pas d’échelle comme prévu au lieu de cette table? Pourquoi manquait-il la grille au dessus du hachoir qui évite ce genre d’accident? Pourquoi les détecteurs de présence n’était pas en marche?

    Aujourd’hui ma famille et moi somme anéantis par cette perte. Mon père culpabilise car c’est lui qui à réveillé mon frère ce matin là. Ma mère parce que c’est elle qui l’as conduit à l’usine. Moi tout simplement parce que je n’étais pas là. Il à laissé derrière lui des parents meurtris ainsi que trois soeurs et deux frères qui ne cessent de penser à lui mais aussi tout ces amis.

    Il me tarde d’arriver à ce 13 décembre et d’entendre que les responsables sont bel et bien ces enfoirés de patrons qui eux ne pensait qu’à leurs production et leur putin de bénéfices.

    Voila pourquoi ton histoire ma personnellement touché et que je l’ai comprise.

    Bonne continuation à toi et aux tient et beaucoup de courage à vous tous.

    Merci de m’avoir lu et désolé pour les fautes de français.

  • julien dit :

    bonjour,
    vous crois quand on demande a tfn nos heures suplementes ? a son clef on recois une lettre recommender par la poste pour se faire liencer ,? cette societe qui faire que harceler les salarieres tous les jours .ils ont peur de perte leur place .le directeur menace tous le monde avec son clef de plus parle au client et au association qui son autour de nous . il envoyer mettre des menace par mail ;et verbalement.
    que faire contre ses vouyou!!!!!

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