Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

Plus de la moitié des salariés français déclarent faire des heures supplémentaires non payées O commentaire

Travailler plus pour gagner plus? La France qui se lève tôt aurait-elle plus de chances de voir son pouvoir d’achat augmenter? C’est la question que je me suis posée, début 2007, en partant pour un reportage de trois mois, en immersion dans le quotidien des travailleurs précaires. J’ai ainsi travaillé comme télévendeuse en interim, serveuse à la boutique suédoise d’Ikéa en CDD à temps partiel, et comme employée d’étage dans un hôtel quatre étoiles. Ca a donné lieu à un livre Et pourtant, je me suis levée tôt… Extrait du chapitre consacré au travail dans l’hôtellerie et aux heures supplémentaires.

L’heure du repas est toujours bienvenue. Ou plutôt la demie heure de repas, car tout le monde disparaît à peine l’assiette terminée. Là encore personne ne peut m’indiquer quelle est la durée exacte de la pause. Nous sommes entre cinq et dix employés à dîner au même moment, parfois dans un silence monacal. Les journaux gratuits traînent sur la table, nous les feuilletons.

Défiscaliser les heures sup’?

La campagne présidentielle a débuté, nous sommes au mois de mars 2007. Nous en discutons vaguement. Augmenter le Smic ? Bof, ça pénaliserait ceux qui gagnent juste un peu plus. Détaxer les heures supplémentaires pour en baisser le coût ? Encore une arnaque puisque c’est le patron qui décidera toujours au final si et quand il a besoin d’heures supplémentaires. Les 35 heures dans l’hôtellerie-restauration ? À condition de garder le même salaire, parce que la vie est devenue vraiment chère. De toute façon, cela paraît trop compliqué à mettre en place. Et puis les patrons n’en profiteraient pas pour embaucher, ils donneraient encore plus de travail à chaque employé.

Journées à rallonge

Les journées à rallonge sont apparemment un grand classique dans le secteur. Les serveurs et les cuisiniers n’en finissent pas de raconter de précédentes expériences aux horaires alourdies et peu pratiques. Ils ne comptent plus les fermetures tard en soirée, les astreintes le samedi, le dimanche, et durant les fêtes.

Dans l’hôtellerie-restauration, 61% des actifs travaillent le dimanche, et 22% la nuit, quand cela concerne 29% et 15% des actifs de la population générale.

Plus d’un tiers des actifs du secteur travaillent plus de 40 heures par semaine, et près de la moitié ont des journées de plus de dix heures .

Sans parler des « coupures », entre les services du midi et du soir : les quelques heures laissent à peine le temps de rentrer chez soi, quand elles ne sont pas passées à la laverie automatique, à regarder tourner dans la machine la tenue de travail.

Les heures sup’, les non-payées aussi

Certes, la durée annuelle du travail ne cesse de diminuer en France, et les Français travaillent désormais moins, en moyenne, sur l’année, que les Américains, les Coréens, les Japonais ou les Britanniques (et plus que les Allemands, les Suédois ou les Norvégiens) . Mais la moyenne masque des situations extrêmes : les ouvriers du bâtiment travaillent aujourd’hui encore jusqu’à 45 ou 55 heures par semaine, les routiers et les chauffeurs dans les transports 56 ou 65 heures, les techniciens de surface dans le nettoyage 50 ou 60 heures, et les cadres près de 45 heures. Au total, en France, deux actifs sur dix travaillent plus de 40 heures par semaine et près de trois sur dix ont des journées de plus de dix heures .
La pratique des heures supplémentaires tend en effet à s’élargir : 37% des salariés à temps complet en ont effectué au moins une fois au cours de l’année, contre 32% en 2003 et 28% en 2002 .

Surtout, plus de la moitié des salariés français déclarent faire des heures supplémentaires non payées. Pour quatre salariés sur dix, la pratique est courante (plus d’une fois par semaine) . D’après Gérard Filoche, auteur du Carnet d’un inspecteur du travail, « neuf plaintes sur dix à l’inspection du travail concernent les heures supplémentaires non payées » . Et c’est dans la restauration que les heures supplémentaires sont parmi les plus nombreuses.

Elsa Fayner

Elsa Fayner

Sur le décodage des bobards

Les autres bobards

  • Bobard 1 – « Travailler plus pour gagner plus »
  • Corollaire au Bobard 1 – « Le temps partiel permet aux femmes de gérer emploi du temps et revenu selon les besoins »
  • Bobard 2 – « Les chômeurs ne veulent pas travailler »
  • Bobard 3 – « Les services à la personne vont créer 500 000 emplois »
  • Bobard 4 – « La France est gagnante dans la mondialisation »
  • Bobard 5 – « Réduire le nombre de fonctionnaires permet de faire des économies » (nombre de fonctionnaires, etc)
  • Bobard 6 – « Il faut des stock-options pour tous »
  • Bobard 7 – « Privatisée, l’entreprise se développera »
  • Bobard 8 – « Les jeunes sont démotivés au travail »
  • Bobard 9 – « La solution au chômage: que chacun crée son entreprise » (dur de créer une entreprise, auto-entrepreneurs, free-lance)
  • Bobard 10 – « Trop de charges en France » (dur d’embaucher, dur de licencier,Licenciements: le boom des ruptures à l’amiable)
  • Bobard 11 – « L’entreprise doit grossir pour ne pas mourir » (témoignages en ETI)
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Publié dans : 35h, retraites: temps de travail | Au resto, à l'hôtel | Bobards

le 20/04/2010, par Elsa Fayner

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