Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

Pierre Kosciusko-Morizet : « Au début, j’étais tétanisé par les licenciements » 1 commentaire

Le « PDG-fondateur » du site d’e-commerce PriceMinister inaugure notre nouvelle série sur Rue89, « Métier : patron ». Confidences sur son rapport au pouvoir.

Pierre Kosciusko-Morizet a une assistante, Rita, depuis un an. Elle ne lit pas ses e-mails, précise-t-il. Mais, sur ses hauts talons, elle propose du café aux invités tout en déposant une brique de lait devant le trentenaire branché, co-créateur du site de vente en ligne PriceMinister.

l explique qu’il est bizarre, mais qu’il ne boit pas non plus un litre à chaque rendez-vous. Il est un peu nerveux, parle vite et beaucoup. Il dégaine sur la politique, se dit « ni à droite, ni à gauche, un peu loin de tout ça » – il est le frère de NKM –, parle de la nécessité de faire cohabiter la création de richesses par les entreprises avec la répartition par l’Etat.

Je cherche à le ramener au sujet. La lumière du plafonnier s’adapte au jour qui décline sur l’immeuble industriel du Sentier parisien.

Rue89 : Cette synthèse entre création et répartition, l’appliquez-vous dans votre entreprise ?

Pierre Kosciusko-Morizet : Oui, à mon petit niveau j’essaie d’appliquer cette synthèse. Je ne suis plus le seul à décider maintenant. J’ai vendu PriceMinister au japonais Rakuten. Mais, jusqu’à la vente de mon entreprise, tous les salariés avaient des stock-options.

Mais c’est compliqué à mettre en œuvre en respectant toute la procédure. On a l’impression à chaque étape que l’Etat vous en empêche.

Quelles sont les autres pratiques sociales chez PriceMinister ?

C’est pas vraiment social, mais on a toujours eu la logique de beaucoup communiquer en interne, on a toujours beaucoup parlé de chiffres, essayé d’être très décentralisé comme management. C’est pas social, mais ça fait partie de la motivation donc c’est important.

Vous communiquez avec les salariés sur l’évolution de l’entreprise ?

On fait des réunions d’une demi-heure avec tout le monde le lundi matin. Ça, ça nous vient du Japon. Je raconte tous les chiffres de la semaine passée, pendant dix minutes. Puis les équipes, l’une après l’autre, racontent un truc qu’elles ont fait en dix minutes. Pour partager la vision de l’entreprise.

Une fois tous les mois, les nouveaux chantent. Chacun se présente et chante un truc, ou peut chanter en équipe. Des chansons connues ou de temps en temps il y en a qui arrivent avec une compo, ou une guitare. Une fois il y en a une qui a dansé.

Ça s’apprend de savoir diriger une équipe ? Vous, vous avez appris ?

Je pense qu’il y a un truc qui fait qu’on a une propension plus ou moins forte à suivre les gens. Et moi j’ai remarqué que souvent les gens me suivaient. Je dis ça simplement parce que ça se voit, c’est comme ça. C’est très agréable. C’est une responsabilité aussi. Quand vous créez une boîte, il ne faut pas que ça se plante. Donc parfois c’est dur aussi.

Il faut que les gens vous suivent quand vous démarrez, et après il faut savoir ce que vous faites de ça. Personnellement, je n’ai jamais lu de bouquin de management. J’ai essayé, ça m’a plutôt emmerdé en fait. C’est souvent très théorique. J’ai l’impression que le sujet c’est : est-ce qu’on s’intéresse aux gens ou pas ?

Vous connaissez tout le monde chez PriceMinister par exemple ?

Plus maintenant. Nous sommes 250. Mais j’ai longtemps connu tout le monde. Et j’ai longtemps été dans l’open space, en plein milieu. Là, je suis un peu plus isolé, dans un bureau à part.

J’ai longtemps été très accessible. Les gens venaient me voir pour me parler de leurs problèmes. Pour moi, c’est ça être manager : se rendre accessible pour que les gens viennent vous parler de leurs problèmes. Et pas juste pour être sympa mais parce que, si ça n’arrive pas, il y a plein de trucs que vous ne voyez pas. Si vous ne parlez qu’aux n-1, vous ratez plein de trucs.

Vous vous sentez légitime à votre place ?

Quand on est fondateur, on a une légitimité qui n’est pas très questionnable. Donc ça change beaucoup de choses.

Après, je suis quelqu’un de très consensuel. Ça veut dire que, quand je m’énerve, je m’énerve très très fort, mais c’est vraiment très rare. Comme c’est très rare, peu de gens l’ont vu, mais ceux qui l’ont vu n’ont pas envie de m’énerver. Cela dit, c’est tout sauf la terreur. Et puis ce sont des moments où c’était vraiment justifié.

Après je suis très consensuel : quand je dois imposer une décision, c’est que j’ai mal fait mon job. Pour moi, mon job c’est faire accoucher les gens des bonnes idées, et de les faire converger.

Comment faites-vous pour que les gens « accouchent » de bonnes idées ?

Je délègue énormément. Je passe plutôt du temps à m’assurer que les gens sont les bonnes personnes et qu’ils sont motivés, plutôt qu’à m’assurer qu’ils font les bonnes choses.

Si je vérifie ce que font les gens, je ne suis pas en train de faire du management, je fais du contrôle, voire je fais à leur place. C’est souvent le problème des fondateurs.

Comment faites-vous pour trouver les « bonnes personnes » ?

Lire la suite de l’entretien réalisé par Elsa Fayner sur Rue89.

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Publié dans : À la une | Néo-management

le 3/03/2013, par Elsa Fayner

1 commentaire

  • Patrice MATHIEU dit :

    Un certain nombre de patrons devraient lire cet interview et en prendre de la graine !!!!

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