Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

Peut-on vous mettre en concurrence avec vos collègues ? O commentaire

Tous les jours, à n’importe quel moment les 3 000 salariés peuvent observer sur leur écran d’ordinateur les résultats de leurs collègues commerciaux : crédits placés, assurances vendues, etc. Tous les critères – il peut y en avoir une trentaine – sont consignés, raconte Marc Jeannin, délégué du personnel SUD à la Caisse d’épargne Rhône-Alpes :

« Le manager peut savoir et dire à Untel qu’il est à 30% des premiers sur la vente d’assurances vie par exemple, quand c’est la semaine de l’assurance vie et qu’il faut en vendre à tout prix. »

A la Caisse d’épargne Rhône-Alpes, les agences sont comparées entre elles, et les commerciaux aussi, classés dans cinq groupes de performance en fonction de leurs résultats. Mais sans objectif fixé, précise le syndicaliste :

« Il faut faire mieux que les autres, point barre. Peu importe que vous tombiez sur des clients plus difficiles, que vous n’ayez pas vendu de l’assurance vie dans votre entreprise précédente, ou que vous ne travailliez pas douze heures par jour. Vous êtes comparé en permanence à ceux qui surperforment. »

La Caisse d’épargne a mis en place ce système, qu’elle appelle « benchmark », fin 2007. Il permet de déterminer la part variable de la rémunération des commerciaux. Il permet surtout, estime la direction :

« D’identifier les processus les plus efficaces et professionnels pour aider l’organisation à atteindre ses objectifs. »

C’est ce qu’elle a déclaré au tribunal de grande instance de Lyon quand le syndicat SUD du groupe BPCE, auquel les Caisses d’épargne appartiennent, a porté l’affaire en justice.

Et là, surprise, les juges ont donné raison aux représentants des salariés. C’était en septembre dernier.

Des risques pour la santé des salariés

Dans sa décision, le tribunal de grande instance de Lyon rappelle la loi et la jurisprudence : l’employeur doit prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger la santé et la sécurité de ses salariés. Si l’employeur a connaissance d’une situation qui altère l’état de santé de l’un de ses salariés, il doit agir au plus vite.

Or, soulignent les juges, les risques pour la santé – stress notamment – d’un tel système ont été dénoncés par l’inspection du travail, les assistantes sociales, un cabinet chargé d’une expertise par l’entreprise et les médecins du travail, dans leurs rapports pour 2008, 2009 et 2010.

Toutes ces instances sont citées par le TGI pour dénoncer :

  • une multiplication des troubles physiques et mentaux constatés chez les salariés, troubles anxio-dépressifs, accidents cardio-vasculaires, troubles musculo-squelettiques ;
  • une atteinte à la dignité des personnes par leur dévalorisation permanente ;
  • un sentiment d’instabilité du fait qu’il n’y a aucune possibilité de se situer ;
  • un sentiment de honte d’avoir privilégié la vente au détriment du conseil du client (la satisfaction de la clientèle ne représente que 5% de l’évaluation) ;
  • une incitation pernicieuse à passer outre la réglementation pour faire du chiffre.

Lire la suite de l’article d’Elsa Fayner sur Rue89 Eco

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Publié dans : À la une | Actualité | Néo-management

le 5/12/2012, par Elsa Fayner

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