Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

On prend les congés que l’on veut dans ces entreprises : le rêve ? O commentaire

Chez Red Frog, à Chicago, les employés peuvent arriver le matin quand ils le veulent, partir au moment qui leur convient, et prendre autant de congés que désiré, explique Kendra Alley, du service communication.

La société, spécialisée dans l’événementiel, avec ses 70 salariés à plein-temps, n’est pas la seule chez les anglo-saxons à ne pas limiter les congés. Quelques entreprises de petite ou de moyenne taille, comme Netflix (VOD), Evernote (stockage de données), WANdisco (logiciels), LRN (conseil), Inbucon (consulting RH), pour ne reprendre que celles listées par le Financial Times, proposent elles aussi des « vacances illimitées ».

Dit comme ça, ça fait rêver. C’est un peu plus compliqué en réalité.

« Chacun travaille pour les autres »

WANdisco, qui conçoit des logiciels, expérimente le principe depuis plus d’un an. Pour David Richards, le co-fondateur :

« Nous avons fait ce choix pour solidifier la culture de notre entreprise : chacun fait partie d’une équipe, travaille avec les autres, travaille pour les autres. Il n’y a pas mieux pour y parvenir que d’autoriser les employés à “manager” véritablement leur temps.

Nous ne sommes plus dans l’économie de Dickens, où un vieil avare contrôle l’employé minute par minute. »

Concrètement, le salarié dépose une demande, qui est ensuite validée. Ou non, mais cela n’est jusqu’à présent arrivé pour aucun des 130 salariés, remarque David Richards.

Des petits plus : voiture électrique, conciergerie…

Les entreprises contactées en réfèrent avant tout à un « état d’esprit ». Mieux vaut qu’un salarié fatigué, patraque, vidé, ou simplement la tête ailleurs (sur des pistes de ski, par exemple), ne vienne pas au bureau. Quitte à ce qu’il travaille – un peu, beaucoup ? – à distance. Il récupère ainsi quand il en a besoin. Et si son job lui plaît, il n’en aura pas trop besoin.

Ces entreprises offrent d’ailleurs souvent de quoi s’y sentir bien :

  • l’assurance maladie chez l’une,
  • une voiture électrique chez l’autre,
  • voire un mois sabbatique tous les cinq ans,
  • ou encore une conciergerie.

Car, pour les employeurs, la formule présente plus d’un intérêt, remarque Kendra Alley, de chez Red Frog (Chicago) :

  • la productivité augmente ;
  • l’entreprise recrute plus facilement des « talents » : « C’est un excellent outil pour recruter et garder les employés » ;
  • enfin, les coûts de gestion administrative diminuent.

Mille dollars pour prendre des vacances

Du coup, comme personne ne s’occupe de la gestion des congés – ce qui permet des économies, nous l’avons bien compris –, Red Frog assure ne pas recenser les temps de présence. Difficile, donc, de savoir si les salariés profitent du dispositif pour se lancer dans des tours du monde, ou non.

Chez Motley Fool, au siège du groupe américain de médias financiers en ligne, les salariés prennent en moyenne trois ou quatre semaines de vacances par an, explique Kara Chambers, des ressources humaines. Les « vacances illimitées » existent depuis 1993 et l’entreprise n’a pas les chiffres des années précédentes pour pouvoir comparer.

Il a néanmoins été nécessaire de mettre en place un petit jeu pour encourager les salariés à partir :

« Chaque mois, on tire au sort le nom d’un employé, qui est obligé de prendre deux semaines de vacances durant le mois en cours. Ça nous aide à être sûrs que ceux qui prennent trop peu de congés le fassent. »

Evernote doit faire de même : l’entreprise donne 1 000 dollars à celui ou celle qui prend au moins une semaine de vacances, raconte le Financial Times.

WANdisco tient, elle, un registre. Résultat : les salariés partent désormais seize jours par an, contre vingt avant l’introduction de la pratique. Pour David Richards, il est évident que c’est parce que les employés aiment bosser pour la boîte.

Suffit que le travail soit fait… Mais comment ?

On aimerait bien. Mais c’est peut-être aussi parce qu’ils ont beaucoup à faire dans la boîte. Comme on l’explique chez Motley Fool : il suffit que le travail soit fait, c’est le seul critère pour savoir si le salarié prend trop de vacances ou pas assez :

« Nous considérons que certains salariés prennent trop de vacances, par exemple. Ça veut dire qu’ils ne terminent pas leur travail. Ils ne respectent pas les délais, ils évacuent la responsabilité sur d’autres, etc. Et c’est cette remarque que nous leur faisons. Nous ne leur reprochons pas de prendre trop de vacances. »

Comment s’assurer, dès lors, que les délais pouvaient être tenus sans travailler nuit et jour ? Que l’équipe était suffisante ; les moyens alloués, adéquats ? Que faire du salarié perfectionniste qui estime n’avoir jamais terminé ?

« Ça favorise une certaine auto-exploitation »

Thierry Rousseau, chargé de mission à l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact), rappelle que des études ont été menées au Japon dans les années 80-90, et dans des entreprises qui s’inspirent d’un modèle d’organisation en flux tendu, sur l’effet du travail en équipe – avec des objectifs collectifs –, sur les prises de congés et les arrêts maladie :

« Pour ne pas nuire aux objectifs d’ensemble, les individus étaient parfois forcés à renoncer à leurs droits à s’absenter pour maladie et même à des congés. Le groupe joue ici comme un aiguillon obligé à la présence. »

Lire la suite de l’article d’Elsa Fayner sur Rue89

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Publié dans : 35h, retraites: temps de travail | À la une

le 15/03/2013, par Elsa Fayner

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